MALI

Tirs de roquettes à Gao : "Même sous les islamistes, on se sentait plus en sécurité"

Des tirs de roquettes ont tué une jeune femme et blessé trois autres personnes à Gao, dans le nord du Mali, dimanche 5 avril. Nos Observateurs sur place s’inquiètent d’une situation sécuritaire qui n’a jamais été aussi mauvaise dans leur ville.

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La maison endommagée par les tirs de roquettes à Gao, dimanche 5 avril, ayant fait quatre victimes. Toutes les photos de cette maison ont été transmises par l'un de nos observateurs vivant dans cette ville.

Des tirs de roquettes ont tué une jeune femme et blessé trois autres personnes à Gao, dans le nord du Mali, dimanche 5 avril. Nos Observateurs sur place s’inquiètent d’une situation sécuritaire qui n’a jamais été aussi mauvaise dans leur ville.

Cinq roquettes ont été tirées à partir de 6h du matin. L’un des projectiles a endommagé une maison au nord de Gao et blessé quatre personnes, transférées ensuite à l’hôpital de la ville. L'une d'elles, une élève de terminale, âgée d’une vingtaine d’années, a succombé à ses blessures. Les trois autres se trouvent toujours à l’hôpital. D’autres roquettes ont visé le camp de l’armée malienne, mais n’ont pas fait de victimes.

L’attaque n’a pour le moment pas été revendiquée. La piste islamiste est privilégiée. Plusieurs groupes jihadistes – dont le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) – sont en effet toujours actifs dans la zone, en dépit de la présence de soldats maliens, français et de la mission onusienne pour la stabilisation au Mali, créée en avril 2013 (Minusma).

Maison endommagée par les tirs de roquettes à Gao, dimanche 5 avril.

"C’était la première fois que des tirs de roquettes visaient des civils"

El Hadj Tandina vit à Gao. Il est le président du mouvement citoyen "Soni Ali Ber" (du nom d'un légendaire guerrier de l'empire Songhaï, constitué en Afrique de l'Ouest entre le XVe et le XVIe siècle).

La situation sécuritaire à Gao et les alentours s’est dégradée depuis deux ou trois mois. Dimanche, c’était la première fois que des tirs de roquettes visaient des civils. D'habitude, ils s’en prennent aux camps militaires. Le 30 mars, le conducteur d’un camion du Comité international de la Croix-Rouge avait déjà été tué lors d’une attaque à proximité de Gao, qui a ensuite été revendiquée par le Mujao.

[Le 23 mars, une explosion dans un domicile privé a également tué deux personnes à Gao. Quelques jours plus tôt, une autre explosion a frappé le marché central, sans toutefois faire de victimes. Les jihadistes ont également de plus en plus recours aux mines antipersonnel à Gao et dans la région, depuis quelques semaines, NDLR.]

Par ailleurs, la criminalité augmente. Il ne se passe pas un jour sans qu’il y ait un braquage à Gao ou dans les villages voisins. Et les auteurs de ces braquages ne sont pas de simples bandits ! Il s'agit de gens armés de kalachnikov qui s’emparent de véhicules ou dévalisent des boutiques.

 

Maison endommagée par les tirs de roquettes à Gao, dimanche 5 avril.

 

"Cette insécurité grandissante est en train de tuer l’économie"

Cette insécurité concerne Gao, mais également Tombouctou et Kidal. Les populations sont terrorisées. En fait, les gens se sentaient plus en sécurité lorsque les groupes islamistes occupaient la zone en 2012... À l'époque, il n'y avait pas autant de bandes armées qui sévissaient dans la région par exemple.

Cette insécurité grandissante est en train de tuer l’économie. Gao a toujours constitué un point de passage pour de nombreux camions, notamment en provenance d’Alger. Mais actuellement, les commerçants ont peur de se déplacer d’une ville à l’autre, car ils craignent d'être attaqués sur la route.

Gao est une ville de moins de 100 000 habitants. Mais plus de 10 000 militaires sont présents dans la zone, entre les casques bleus, les Français et les Maliens, sans oublier les policiers et les gendarmes. Pourtant, ils ne parviennent pas à gérer cette insécurité. Donc il y a quand même un sérieux problème ! [D'autres observateurs, joints par France 24, estiment que les militaires devraient faire davantage de patrouilles à l'extérieur de la ville de Gao, d'où sont tirées les roquettes, NDLR.]

 

"Ne faudrait-il pas également négocier avec le Mujao ?"

Selon moi, l'attaque du 5 avril visait à saper le processus de paix engagé entre le gouvernement malien et la Coordination des mouvements de l’Azawad [composée des principaux groupes rebelles touaregs du nord du Mali, NDLR]. En fait, on pense que le Mujao est à l'origine de cette attaque. Ce mouvement a été exclu des négociations avec le gouvernement, tout comme d'autres groupes jihadistes. On dirait donc qu'il cherche à faire pression. Donc je m'interroge : ne faudrait-il pas également négocier avec le Mujao ?

Le 5 avril, le conseil des jeunes de Gao a organisé un rassemblement à Bourem, au nord de Gao, afin d'appeler la Coordination des mouvements de l'Azawad à signer l'accord paraphé le 1er mars à Alger, pour obtenir la paix. Photo publiée sur Twitter par Olivier Girard.

La France avait envoyé ses soldats dans le nord du Mali en janvier 2013, dans le cadre de l'opération Serval. Le but : soutenir les troupes maliennes dans leur tentative de repousser les combattants islamistes ayant pris le contrôle de Kidal, Gao et Tombouctou en particulier, au cours des mois précédents. Les militaires français et maliens étaient parvenus à chasser les groupes jihadistes de ces villes, sans toutefois parvenir à sécuriser l'ensemble de la zone. C'est d'ailleurs pour lutter contre la "reconstitution de sanctuaires terroristes" que l'opération Barkhane avait été lancée le 1er août 2014, à la suite de l'opération Serval.

Cet article a été écrit en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à France 24.