BURUNDI

Concert de klaxons pour adresser un "carton rouge" au président burundais

Du bruit pour réclamer la démocratie. Quelques centaines d’habitants de Bujumbura ont abondamment klaxonné et crié leur colère jeudi midi, pendant deux minutes dans les rues de la capitale burundaise. Un capharnaüm qui vise à dénoncer les velléités du président Nkurunziza de se présenter en mai pour un troisième mandat, ce que la Constitution burundaise lui interdit..

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Des policiers notent les numéros de plaques des véhicules qui participent au concert de klaxons contre un troisième mandat du président Nkurunziza. Image : Teddy Mazina.

Du bruit pour réclamer la démocratie. Quelques centaines d’habitants de Bujumbura ont abondamment klaxonné et crié leur colère jeudi midi, pendant deux minutes dans les rues de la capitale burundaise. Un capharnaüm qui vise à dénoncer les velléités du président Nkurunziza de se présenter en mai pour un troisième mandat, ce que la Constitution burundaise lui interdit.

A 12h20 jeudi, une clameur est montée dans les rues de Bujumbura pour répondre à un appel lancé la veille par l’opposition et le Forum des organisations de la société civile au Burundi. "Nous demandons à tout Burundais de klaxonner, de siffler, de sonner sur les ustensiles de cuisine et autres objets résonnants pendant deux minutes pour signaler notre ras-le-bol face à l’obstination de Pierre Nkurunziza de briguer le troisième mandat. C’est notre façon de lui faire un carton rouge", avait fait valoir le délégué général de la Forsc, Vital Nshimirimana. Si les autorités ont laissé la manifestation se tenir, des forces de l’ordre ont tenté de lister les contestataires et ont commencé à les verbaliser vendredi matin, raconte notre Observateur.

Vidéo du concert de klaxons, jeudi à Bujumbura. Vidéo : Teddy Mazina.

"Les manifestants klaxonnaient, tapaient sur des casseroles, sur la carrosserie des bus ou criaient"

Jean B.(pseudonyme) travaille à Bujumbura et a observé la manifestation des klaxons.

La manifestation des klaxons a vraiment fait un bruit impressionnant. En terme de niveau sonore, c’est un peu comme si toutes les cloches des églises d’une ville avaient sonné en même temps. Ceux qui n’étaient pas en voiture ont trouvé des moyens de se faire entendre : des gens tapaient sur des casseroles, les passagers des bus sur la carrosserie, d’autres criaient.

Des policiers relevaient les numéros des plaques d’immatriculation, et photographiaient les véhicules. Et ce matin, à l’entrée de la ville, ça n’a pas loupé : les forces de l’ordre avaient fait un entonnoir pour réduire à une voie la route aux entrées de la ville et contrôlaient un à un les véhicules. Les policiers avaient une feuille sur laquelle était noté au stylo les numéros des plaques des voitures qui ont klaxonné hier et ont verbalisé certains conducteurs.

Le contexte politique ne cesse de se tendre au Burundi. Après une guerre civile entre 1993 et 2005 ayant opposé, comme au Rwanda voisin en 1994, Tutsis, minoritaires et au pouvoir, et Hutus, le pays s’est doté d’une constitution. Ce texte, signé en 2000, prévoit des équilibres de représentativité ethnique dans les institutions politiques et administratives du pays et limite le nombre de mandats présidentiels à deux.

Bien que l’Assemblée nationale a refusé en février de modifier la Constitution pour changer cette disposition et permettre au président Nkurunziza de se présenter une troisième fois, le ministre de l’Intérieur avait peu après invité "les politiciens qui vont être candidats à la présidentielle [à] se préparer en sachant qu'ils auront en face d’eux le président actuel, qui sera candidat". Le camp présidentiel soutient que puisque Pierre Nkurunziza a été élu une première fois en 2005 par le Parlement, au suffrage universel indirect, et qu’il n’aurait donc effectué qu’un seul mandat (2010-2015) à la suite d'une élection au suffrage universel direct, il serait en droit de concourir à nouveau cette année.

Ses opposants balayent cet argument, estimant que le président a fait ses deux mandats et dénoncent des velléités dictatoriales. Mais, alors que Pierre Nkurunziza doit annoncer sa décision d’ici à la fin avril, un autre de nos Observateurs fait part d’une inquiétude croissante. Notamment depuis que les anciens combattants du groupe rebelle hutu des Forces de Défense démocratique, que dirigeait Pierre Nkurunziza, ont menacé, cette semaine, de "ne pas laisser de répit [à] la société civile qui se cache derrière la question d'un deuxième mandat du chef de l'Etat pour déstabiliser le pays, et appeler la population à manifester".

"Je crains qu’on aille vers une confrontation entre pro et anti-Nkurunziza"

Teddy Mazina est journaliste à Bujumbura.

Je suis inquiet, et ce sentiment est partagé par beaucoup de Burundais. Je crains qu’on aille vers une confrontation entre pro et anti Nkurunziza. L’élection est dans à peine trois mois maintenant, et, à moins que le président ne se résolve à présenter un autre membre de son parti, je crains que le pays ne soit menacé par de prochaines effusions de violence.

Article écrit par Corentin Bainier (@cbainier), journaliste à France 24