Photo d'une rue de Yarmouk postée jeudi 02 avril sur la page Facebook "Yarmouk Offline".

Dans le camp de Yarmouk, près de Damas, de violents combats ont éclaté entre des groupes armés palestiniens et les jihadistes de l’organisation de l’État islamique qui ont pénétré dans la zone mercredi. Une situation qui paralyse un peu plus encore les habitants qui vivent depuis des mois dans des conditions humanitaires désastreuses.

Les jihadistes sont parvenus à s’emparer mercredi d’une grande partie du camp de réfugiés palestiniens. Des groupes armés palestiniens, dont celui d’Aknaf Beit al-Maqdess proche du mouvement islamiste Hamas, ont alors lancé une contre-offensive contre l’organisation jihadiste et réussi à reprendre certains secteurs du camp, a indiqué Anouar Abdelhadi, un représentant de l’OLP à Damas cité par l’AFP.

Selon lui, six personnes ont été tuées et 17 blessées dans ces affrontements. Yarmouk est assiégé depuis plusieurs mois par les forces du régime syrien qui essaye de chasser les groupes rebelles du camp. Ils sont 18 000 à souffrir de pénuries de nourriture, d’eau et de médicaments.

"Personne n’ose plus distribuer les aides"

Ahmed est un réfugié palestinien de Yarmouk.

Les conditions de vie étaient déjà difficiles dans les camps depuis plusieurs mois, mais là c’est intenable. Il y a des tirs et des snipers partout, je n’ai pas osé mettre le nez dehors depuis deux jours. Pour s’approvisionner en eau, nous avons l’habitude de remplir des jerricanes dans des puits dans certains quartiers du camp mais ces endroits sont devenus trop dangereux. Mercredi, un ami photographe, Jamal Abou Khalifé, a été tué alors qu’il couvrait ces combats. C’est désolant, il était jeune et plein d’espoir.

Des habitants de Yarmouk prient devant la dépouille de deux personnes décédées, dont  le photgraphe Jamal Abou Khalifé. Photo Facebook.
 
Le seul hôpital qui était tenu par les volontaires du Croissant-Rouge a été évacué mercredi [Selon certaines sources, il serait dans une zone désormais contrôlée par les jihadistes de l’organisation État islamique] car il a été touché par des tirs d’obus.

La distribution des denrées alimentaires est également interrompue. Des ONG ont fait parvenir des aides à l’intérieur du camp hier mais personne n’a osé les distribuer car le point de distribution est situé dans la rue de la Palestine où les combats ont lieu aujourd’hui.

L'hôpital Palestine, le seul de Yarmouk, a été touché par des tirs d'obus. Photo Facebook.

C’est vraiment dommage parce la situation commençait à s’améliorer ces dernières semaines et les aides de l’ONU étaient distribuées trois fois par semaine depuis le 5 mars [les autorités syriennes avaient interrompu l’acheminement de l’aide humanitaire en décembre 2014 en raison d’affrontements entre des factions palestiniennes proches du régime et des groupes d’insurgés retranchés dans le camp, notamment des combattants du groupe jihadiste Jabhat al-Nosra, ndlr].

Omar K. est secouriste. Il travaille dans un dispensaire improvisé depuis le début des combats. Dans ce centre médical, trois personnes sont mortes sous ses yeux.

Personne ici ne souhaite que les jihadistes de l’EI prennent le contrôle du camp. C’est vrai que des formations islamistes comme de Jabat al-Nosra sont présentes depuis plusieurs mois ici, mais ils ne persécutent pas les gens comme le fait l’organisation de l’EI ailleurs. Par exemple, ils n’ont pas interdit la vente de tabac. En revanche, ils sont inflexibles avec le blasphème [en janvier 2015, l’organisation Jabat al-Nosra avait exécuté un jeune accusé de blasphème].

Les combats ont lieu un peu partout dans le camp mais les jihadistes de l’EI contrôlent déjà toute la zone ouest au niveau de la rue Loubya ainsi que la zone est. Ils ont aussi coupé les accès vers les quartiers de Yelda et Babila jouxtant le camp à l’ouest, et où les habitants se rendent régulièrement pour acheter de la nourriture. Si ces combats continuent, on court vers une véritable catastrophe quand les habitants auront épuisé leurs stocks de nourriture.

Un homme, apparemment mort, gisant sur un trottoir à Yarmouk. Photo Facebook.