Des élèves du lycée Lymas à Abobo armés de boucliers et de pierres s'opposent à des élèves grévistes qui veulent que ces derniers rejoignent leur cause. Capture d'écran de la vidéo ci-dessous.

Une élève d’un lycée d’Abidjan a filmé des affrontements entre lycéens s’opposant à coups de jets de pierres. Des grévistes, proches du syndicat étudiant Fesci, reprochaient aux élèves de ce lycée de ne pas suivre leur mouvement. Des méthodes violentes qui rappellent celles employées par ce syndicat avant la crise post-électorale.

Les uns reprochent aux autres de continuer à aller en cours, malgré une grève lancée par le principal syndicat d’élèves, la Fesci. Un dérapage qui fait tâche pour un syndicat habitué à ces méthodes par le passé.

Depuis lundi, les écoles, lycées et universités d’Abidjan sont paralysés suite à une grève de trois jours lancée par la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci). Ce syndicat dénonce pèle-mêle des "problèmes de paiement des bourses, l’absence de matériel de laboratoire à l’Université Houphouët Boigny d’Abidjan, ou encore la fin du repêchage au baccalauréat décrété par le ministre de l’Enseignement supérieur". Les étudiants ajoutent leurs revendications à celles des enseignants du secondaire, en grève depuis deux semaines à cause des salaires impayés depuis le mois de janvier.

Mardi 24 mars à Abobo, des élèves de lycées grévistes de la commune ont donc fait irruption dans le lycée privé Lymas, non-gréviste. Après de vifs échanges verbaux, les grévistes, à l’extérieur de l’enceinte de l’école, ont lancé des pierres sur ceux qui refusaient de les rejoindre.

Vidéo filmée par Christelle, élève du lycée Lymas à Abobo, Abidjan, mardi 24 mars.

"Vous devez être solidaires, si on ne fait pas cours, vous non plus !"

Christelle (pseudonyme) a filmé la scène de sa salle de cours.

Dans la matinée, les lycéens grévistes ont fait le tour des établissements non grévistes du quartier pour tenter de les déloger. Ils disaient ‘vous devez être solidaire, si on ne fait pas cours, vous non plus’. Un étudiant en économie et deux élèves de notre lycée ont été blessés par des pierres.

C’est la deuxième fois que des lycéens nous attaquent cette année pour nous forcer à rejoindre leur cause. Il n’y avait aucun leader syndicaliste à ma connaissance avec eux, seulement deux professeurs qui accompagnaient les élèves, mais qui n’ont pas lancé de pierre.

Marion précise que les cours dans son lycée ont été arrêtés pendant 48 heures suite à cet événement. Des lycéens ont tenté de revenir s’en prendre à son établissement jeudi matin, mais n’étaient pas assez nombreux pour réitérer le même assaut.

La Fesci "pas responsable de tels agissements"

Depuis le début de la grève lundi 24 mars, la Fesci se félicite d’avoir le soutien de "85% des établissement privés et publics". Un chiffre qui n’a pas été vérifié pour l’instant.

Contacté par France 24, le secrétaire général de la Fesci, Fulgence Assi, explique "refuser de tels comportements" et ne pas être "responsable de tels agissements". Selon lui, "les revendications que [la Fesci a] sont suffisantes pour que le maximum d’étudiants rejoignent [la] cause sans utiliser la violence".

"Ces images rappellent les sombres heures de la Fesci"

A l’origine du mouvement de grève, la Fesci est le syndicat historique des étudiants et élèves ivoiriens. Née au début des années 1990, elle est officiellement apolitique, mais historiquement proche du Front populaire ivoirien (FPI), le parti fondé par Laurent Gbagbo.

Avant la crise électorale, le syndicat avait été à plusieurs reprises accusé de régner en maître sur les campus et de menacer avec des gourdins ou des machettes les étudiants ou lycéens qui ne partageaient pas leur opinion. Un rapport d’Human Rights Watch les avait épinglés à l’issue des troubles post-électoraux de 2010, accusant le syndicat d’être à l’origine de la mort d’au moins une personne.

Pour Seriba Koné, rédacteur en chef de Lepointsur.com, cette vidéo est une mauvaise publicité pour le syndicat :

Lorsque de tels heurts interviennent, cela évoque forcément aux Ivoiriens les sombres heures où la Fesci utilisait la violence sur les campus universitaires. Cependant, le syndicat a récemment appelé ses membres à la non-violence [il a notamment changé son secrétaire général jugé trop belliqueux l’été dernier NDLR]. Ce genre d’images est regrettable pour le mouvement étudiant qui donne l’impression de ne pas maîtriser sa base, alors même qu’il communique sur ses méthodes ‘non-violentes’.

La grève, qui devait initialement durer de lundi à mercredi, a été prolongée jeudi pour une durée indéterminée. La Fesci réclame d’être entendue par le ministre de l’Enseignement et que leurs leaders étudiants arrêtés depuis lundi soient relâchés.


Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à France 24.