La diffusion récente d’une vidéo montrant des policiers en train de battre et d’humilier des étudiants, a fait un tollé et poussé les autorités tchadiennes à annoncer l’ouverture d’une enquête. Mahamat A., 17 ans, est un des lycéens suppliciés apparaissant sur ces images.

Selon plusieurs témoignages, ces images ont été tournées dans un camp du Groupement mobile d'intervention de la police (GMIP), lundi 9 mars, à N’Djamena. Ce jour-là, les forces de police avaient réprimé une manifestation d’étudiants contre le port obligatoire du casque moto dans la capitale tchadienne, faisant au moins un mort.

Sur la vidéo, qui dure deux minutes, des adolescents torses nus sont forcés à se rouler par terre tandis que des hommes vêtus d’uniformes du GMIP leur infligent des coups de fouet. On leur demande ensuite de se soumettre à des exercices humiliants.

Vidéo éditée par France 24.

"Ils nous ont obligés à nous raser la tête"

Mahamat A. (pseudonyme), un lycéen 17 ans, raconte son calvaire au camp du GMIP.

Les policiers m’ont embarqué à la sortie du lycée, avec environ 25 autres élèves. C’était vers 9 heures du matin. Ils nous ont entassés dans des 4x4 puis nous ont conduits au camp du GMIP. Une fois là-bas, ils nous ont demandé d’enlever nos vêtements. Nous n’avons finalement enlevé que le haut.

Ils nous ont ensuite ordonné de nous baigner dans une eau très sale. Puis, ils nous ont demandé de nous rouler par terre. Le sable nous collait à la peau et quand ils nous frappaient, cela amplifiait la douleur.

Après nous avoir obligés à nous enduire le visage et la tête de sable, ils nous ont ordonné de nous frotter les oreilles en répétant : "Mes oreilles n’écoutent pas" [comprendre : "Je n'en fais qu'à ma tête", NDLR]. Et ils nous ont demandé de marcher sur les genoux en même temps. À ce moment, j’ai vu un jeune qui semblait mal en point, car il n’arrêtait pas de tomber alors que les policiers continuaient de lui crier dessus.

Les policiers ont exigé que l’on se tienne une oreille en tournant sur nous-mêmes, l’autre main toujours au sol. Quand ça s’est arrêté, après plusieurs minutes, j’avais la nausée et des maux de tête.

Notre calvaire était encore loin d’être terminé, car ils nous ont ensuite fait courir pendant 15 minutes et celui qui se retournait recevait des coups. Ensuite, ils nous ont rasé la tête. Au début, ils ont essayé avec des bris de verre, mais comme ça ne marchait pas, ils ont ramené des lames de rasoir et nous ont obligés à nous raser les uns les autres.

Vers 13 h, ils nous ont redonné nos vêtements et enfin permis d’appeler nos parents. Et quand mon cousin est venu me chercher, ils lui ont dit : "On a son nom, s'il recommence il le paiera très cher".
Les autorités tchadiennes ont annoncé, samedi 14 mars, l’ouverture d’une information judicaire sur cet incident et sur les circonstances de la mort d’un étudiant lors des manifestations du 9 mars. Dans le cadre de cette enquête, 11 policiers du GMIP ont été interpellés et étaient entendus mardi par la police judicaire, a indiqué le directeur de la police Tahir Erda, joint par France 24.

Depuis ces incidents, les établissements scolaires et universitaires dans la capitale tchadienne ont été fermés pour une duré indéterminée.