Syrie

À Douma, des enfants en cage pour frapper les esprits

Face à l’indifférence médiatique, des activistes à Douma ont imaginé une scène qui rappelle la mort du pilote jordanien brulé vif par le groupe jihadiste Etat Islamique : mettre des enfants en cage vêtus d’uniformes orange et en approcher une torche enflammée.

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Face à l’indifférence médiatique, des activistes à Douma ont imaginé une scène qui rappelle la mort du pilote jordanien brulé vif par le groupe jihadiste Etat islamique : mettre des enfants en cage vêtus d’uniformes orange et en approcher une torche enflammée.

 

Mise en scène à Douma. Photo de Boura Aberrahmane

Douma est un quartier de la banlieue nord-est de Damas. La zone, fief des rebelles syriens, avait été l’objet d’attaques aux armes chimiques en août 2013. Douma est toujours sous le sous contrôle des groupes armés rebelles, et notamment du groupe salafiste Jaish Al-Islam, "l’Armée de l’islam ".

Depuis le début du mois de février, la ville, assiégée par l’armée régulière depuis deux ans, connaît une nouvelle intensification des frappes aériennes, des tirs d’obus, de mortiers et de missiles. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, 183 habitants, dont 55 femmes et enfants, ont trouvé la mort les 10 premiers jours de février. Le 5 février seulement, Douma a été pilonnée plus d’une soixantaine de fois, entraînant la mort de 66 personnes. Cette nouvelle campagne répondait aux roquettes tirées par les rebelles sur Damas, qui ont fait 10 morts. Tirs qui eux-mêmes venaient répondre à de précédentes frappes aériennes qui avaient fait plus d’une quarantaine de morts parmi les civils…

Boura Aberrahmane à Douma après les frappes aériennes.

Le contrôle de Douma est stratégique pour le régime de Bachar Al-Assad car il permettrait de couper les voies d’approvisionnement des rebelles retranchés plus au nord dans les montagnes de Qalamoun, d’où ils tirent sur la région de Damas.

"Des enfants de Douma meurent brulés vifs dans les frappes, et personne ne semble s'en émouvoir"

Boura Aberrahmane, activiste et  journaliste citoyen à Douma, se désole du peu de réactions que suscitent tous ces morts parmi les civils à Douma.  

 

Les images de l’immolation par l’EI du pilote jordanien captif dans une cage ont fait le tour du monde. Elles ont suscité l’effroi de la communauté internationale. La situation à Douma est très grave et pourtant elle semble ne choquer personne. Douma est assiégée par les forces du régime. Nous ne pouvons pas entrer et sortir de la ville. Nous subissons chaque jour d’intenses frappes aériennes. J’ai assisté à des douzaines de massacres ces derniers mois. Des centaines d’enfants sont morts, dont ma fille qui avait à peine un an. Certains d’entre eux meurent brûlés vifs et personne ne semble s’en émouvoir. [Les frappes peuvent déclencher des incendies, et certaines roquettes utilisées par l’armée régulière sont de nature inflammable, NDLR]. L'envoyé special de l'ONU en vient même à dire que Bachar Al-Assad, auteur de crimes de guerre,"fait partie de la solution" !

Les enfants revendiquent de vivre en sécurité à Douma. Photo: Boura Aberrahmane

Pour attirer l’attention sur ce qu’il se passe à Douma, avec un petit groupe d’activistes, nous avons imaginé une mise en scène macabre, sorte de réplique de la mort par immolation du pilote jordanien. Nous avons récupéré des vêtements de couleurs orange qui rappellent la couleur des combinaisons que portent les prisonniers de l’EI. Nous les avons portés chez un tailleur qui les a coupées à la taille des enfants. Nous avons placé la cage dans un endroit symbolique, juste à côté d’immeubles qui s’étaient récemment effondrés sous l’effet des frappes aériennes et où des corps de nombreux civils se trouvaient encore coincés. La plupart des enfants qui avaient accepté de participer avaient 8 ou 9 ans. Les plus jeunes d’entre eux étaient impressionnés par l’installation. Certains avaient même peur mais ils tenaient à rester. J’ai demandé à l’une d’entre eux ce qu’elle ressentait. Elle m’a dit qu’elle souhaitait que le monde entier sache que le régime de Bachar Al-Assad n’est pas mieux que l’EI, qu’il brûle, tue et bombarde des zones civiles.

Sur la vidéo, les enfants entrent dans la cage en chantant : "Bachar brûle nos maisons et nos écoles "

Les enfants se sont prêtés au jeu et tous sont aujourd’hui prêts à participer à d’autres initiatives. Ils trouvent ainsi un espace d’expression. Les droits élémentaires des enfants sont violés dans cette ville assiégée. Nous tentons de nous organiser pour leur donner des cours dans des caves. Ils essaient de survivre en faisant des petits boulots, en vendant des bonbons dans la rue. Mais depuis que les bombardements ont repris de façon quotidienne, tout ça s’est arrêté."

Billet écrit avec la collaboration de Dorothée Myriam Kellou, journaliste à France 24.Toutes les photos ont été postées sur ce site.