SUÈDE

Des agents de sécurité suédois brutalisent un garçon de 9 ans

Ces images ont choqué la Suède. Deux agents de sécurité d’une compagnie privée ont été filmés alors qu’ils interpellaient violemment un garçon de 9 ans à la gare de Malmö, dans le sud du pays, le 6 février. Une enquête policière a été ouverte mais les militants des droits de l’Homme s’inquiètent de mauvais traitements répétés de la part de ces gardes privés.

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Capture d’écran de la vidéo. On y voit un garde d’une compagnie de sécurité privée tenir au sol un enfant de 9 ans à la gare de Malmö, en Suède, le 6 février 2015.

Ces images ont choqué la Suède. Deux agents de sécurité d’une compagnie privée ont été filmés alors qu’ils interpellaient violemment un garçon de 9 ans à la gare de Malmö, dans le sud du pays, le 6 février. Une enquête policière a été ouverte mais les militants des droits de l’Homme s’inquiètent des mauvais traitements répétés de la part de ces gardes privés.

Trois vidéos de la même scène, sous des angles différents, ont été postées sur les réseaux sociaux : on y voit l’agent plaquer au sol le jeune garçon, s’asseoir sur lui et lui tenir violemment le visage. Ce dernier récite à cet instant la chahada, la profession de foi musulmane. 

Le jeune garçon et son ami de 12 ans s’étaient échappés d’un centre d’accueil un peu plus tôt et avaient été expulsés d'un train dans lequel ils voyageaient sans titre de transport. Les agents, des employés de la compagnie Svensk Bevakningstjänst, les ont ensuite interpellés dans la gare. Selon plusieurs sources, c’est la police qui a demandé à la compagnie de sécurité privée de les intercepter.

 

Des témoins ont rapporté que les garçons ne parlaient pas suédois. L’un des vidéastes a précisé au journal Sydsvenskan qu’il s’est mis à filmer juste après que le garde a frappé la tête du garçon au sol si fort que le bruit a résonné dans la station. Une autre vidéo de la scène filmée de plus près est disponible ici. 

Une vidéo montrant la scène dans la gare de Malmö (YouTube)

"Ces gens doivent apprendre à éviter la violence et à communiquer"

Omar Abdullahi est le directeur de l'organisation de défense des droits de l’Homme "Stand Down Sir", qui plaide pour un meilleur encadrement des services de sécurité privée. Il vit à Stockholm.

Évidemment, c’est dramatique qu’un garçon de 9 ans soit traité de la sorte, mais il faut savoir que ce n’est pas nouveau. J’ai fondé mon organisation en 2013 après avoir été personnellement malmené par les agents de sécurité d’un restaurant de Stockholm.

En Suède, la police donne des formations aux éléments des compagnies privées pour leur apprendre à travailler dans les espaces publics comme les hôpitaux, les centres commerciaux ou les gares. Au bout de 80 heures de formation, les agents obtiennent un certificat [le porte-parole de Securitas, une des plus importantes compagnies suédoise de sécurité privée, explique que cet entrainement vient compléter 300 heures de formation déjà reçues par les agents]. Et après seulement deux semaines de formation, ils ont quasiment les mêmes droits que les policiers [avec ce certificat, les gardes ont le droit de faire appliquer la loi dans les lieux publics]. Évidemment que cette situation peut amener à des abus. Les agents filmés sur cette vidéo, par exemple, n’ont certainement pas été formés pour intervenir sur des enfants, bien qu’ils en aient le droit.

"Ces deux jeunes ont finalement eu de la chance d’être filmés"

 

On connaît les chiffres des brutalités policières mais il n’existe pas de statistiques concernant les violences des agents privés. Comme dans la police, ils ont obligation de faire des rapports sur toutes leurs interventions mais la différence, c'est que personne ne lit ces documents dans les compagnies privées, si bien que de nombreux abus ne sont donc pas punis. Sans compter que les agents de sécurité interviennent souvent dans des lieux en retrait, comme les boîtes de nuit par exemple, et non sur la place publique. Il est déjà arrivé que des violences aient lieu dans leurs locaux de service, où il n’y a pas de témoins.

 

Ces deux jeunes ont finalement eu de la chance d’être filmés. Moi aussi, le jour de mon agression, il y avait des témoins, ce qui m'a permis de porter plainte contre le garde qui m’a molesté. Il m'a indemnisé et a été mis en probation mais a gardé son emploi.

 

Ces gens doivent apprendre à éviter la violence et à communiquer. Le problème est au cœur du débat depuis la diffusion de ces vidéos, mais j’ai assez peu d’espoir que cette affaire aboutisse à quelque chose.

 

Le porte-parole de l'entreprise Jernhusen, qui exploite la gare et emploie les gardes de la compagnie de sécurité, a expliqué au journal The Local qu’aucun usage excessif de la force ne serait toléré. Il a précisé qu’une enquête interne avait été ouverte au sein de la compagnie et qu'ils en attendaient les conclusions.

Après l’incident, les deux garçons ont été ramenés à leur maison d’accueil. Mercredi, ils avaient fugué à nouveau a expliqué Radio Sweden.

 

Billet écrit avec la collaboration de Brenna Daldorph, journaliste à France 24. (@brennad87)