Capture d'écran d'une vidéo amateur postée  vendredi 6 février sur Facebook.

Le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, près de Damas, connaît une situation humanitaire dramatique. Ses habitants sont pris au piège des combats entre les factions rebelles et l’armée du régime syrien. Alors quand un camion de pain parvient à briser le blocus, c’est la panique.

Vendredi 6 février, le Croissant-Rouge a pu faire entrer un camion chargé de galettes de pain pour la première fois depuis plusieurs semaines. Les images amateures montrant la scène sont impressionnantes. Des centaines de personnes prennent d’assaut le véhicule dans une confusion totale.


"On meurt de faim, Abbas. Et toi tu es tranquillement installé à Ramallah"

Sur cette deuxième vidéo, un réfugié palestinien pousse un coup de gueule contre le président Mahmoud Abbas.

‎‎منشور‎ by ‎شهاب‎.‎
"On meurt de faim, Abbas. Tu es tranquillement installé à Ramallah et tu ne te préoccupes pas du sort du peuple palestinien. Des milliers de gens qui souffrent. Tu ne sais pas que le peuple palestinien est affamé. Qu’est-ce que tu comptes faire pour nous ? "


L’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) comptait livrer au camp des paniers de denrées lundi 9 février, mais l’organisation a indiqué ne pas y être parvenue. L’Office onusien n’a pas eu accès au camp depuis le 6 décembre 2014.

Environ 18 000 civils sont aujourd’hui enfermés dans le camp de Yarmouk qui manque de tout. Ses occupants sont privés d’eau potable depuis plus de quatre mois et n’ont quasiment plus accès à des soins médicaux.
Amine Abou Rached est directeur de la campagne européenne Wafa qui distribue régulièrement de l’aide humanitaire dans le camp depuis deux ans.

Cela fait huit semaines que nous attendons une accalmie et un feu vert des autorités pour pouvoir délivrer nos denrées alimentaires qui sont entreposées dans des dépôts à Damas.

Les autorités syriennes ont interrompu l’acheminent de l’aide alimentaire via l’entrée principale du camp, au nord, depuis plusieurs semaines, et ce en raison des combats [entre des factions palestiniennes proches du régime et des groupes d’insurgés retranchés dans le camp, notamment des combattants du groupe jihadiste Jabhat al-Nosra, ndlr].

Les denrées alimentaires livrées par le Croissant-Rouge lundi ont été acheminées via le quartier de Yelda, situé au sud-est du camp, à la faveur d’une accalmie dans cette zone. Malheureusement, seule une infime partie de l’aide est parvenue aux réfugiés [selon d’autres sources, les denrées ont été "confisquées" par des hommes de Jabhat al-Nosra qui contrôlent la zone et qui en ont ensuite redistribué une partie aux habitants du camp de Yarmouk, NDLR]. C’est ce qui explique cette scène de panique à l’intérieur du camp.

En général, la distribution se déroule de façon plus organisée. Nous distribuons dans un premiers temps des cartes aux réfugiés qu’ils nous présentent pour recevoir leurs colis.

Il est très difficile d’accéder au camp de Yarmouk. En général, des négociations doivent avoir lieu entre les factions rivales pour obtenir un cessez-le-feu. [Un accord a été conclu en juin 2014 pour faire du camp une zone "neutre", mais il n’est pas respecté, NDLR]. Mais les pourparlers prennent beaucoup de temps.

Il est par ailleurs très délicat de travailler dans ce camp, car comme on y accède en général par la porte principale, située au nord et sous le contrôle des autorités, certains groupes d’opposants nous accusent d’être à la botte du régime. Nous tentons de leur expliquer qu’on se contente de faire notre travail humanitaire sans se mêler du conflit.

Il y a actuellement des négociations en cours et les autorités nous ont promis de nous laisser distribuer 1 300 colis alimentaire dans camp dans les prochaines 24 heures. Chaque rations contient des sacs de riz, du sucre, du thé, des dates, de la confiture, et du lait pour enfants notamment. Nous avons bon espoir.