YEMEN

Au Yémen, la jeunesse à la rescousse des citernes historiques d’Aden

Les citernes d’Attawila comptent parmi les plus vieux édifices d’Aden, dans le sud du Yémen.  Mais comme de nombreux monuments de la ville, elles sont aujourd’hui à l’état de quasi abandon dans un pays ravagé par des années de guerre. Des jeunes ont donc décidé de faire pression sur les autorités et ça marche.

Publicité

Des employés municipaux nettoient le site des citernes.

Les citernes d’Attawila comptent parmi les plus vieux édifices d’Aden, dans le sud du Yémen.  Mais comme de nombreux monuments de la ville, elles sont aujourd’hui à l’état de quasi abandon, dans un pays ravagé par des années de guerre. Des jeunes ont donc décidé de faire pression sur les autorités.

 

Destinées à l’origine à stocker l’eau de pluie dont l’usage était propre à la consommation, les citernes d’Aden, situées sur les hauteurs des montagnes Shamsan, seraient vieilles d’au moins 1 500 ans. D’abord au nombre de 53, elles ne sont aujourd’hui plus que 18 à avoir survécu grâce à des rénovations successives. 

Escalier sur le site des citernes.

Lorsque les conditions sécuritaires permettaient la visite de touristes étrangers, ces citernes constituaient un site touristique de premier ordre. Aujourd’hui, elles continuent d’attirer des visiteurs, pour la plupart yéménites, malgré le manque d’entretien. Fort de ce constat, un groupe de jeunes gens regroupés autour de l’initiative Amana a entrepris de faire campagne pour leur réhabilitation. Ils ont rencontré les autorités compétentes et peuvent déjà se réjouir de certains succès. 

"Des moyens ont été débloqués pour le nettoyage et le réaménagement paysager du site"

Heba Aidrous est membre de l’initiative Aman.

Depuis la guerre civile de l’été 1994 (qui a opposé les forces armées du Yémen du Nord aux forces armées sécessionnistes du Yémen du Sud) le site des citernes d’Aden, comme bien d’autres monuments historiques dans le gouvernorat, est négligé par les pouvoirs publics. 

 

Ces citernes font partie des plus vieux monuments historiques et témoignent d’une incroyable ingéniosité. Leur entretien et leur réhabilitation relèvent de la compétence des autorités en charge des monuments historiques à Sanaa et non des musées ou organismes pour la conservation des antiquités à Aden. Mais les organismes gouvernementaux à Aden s’en désintéressent et les autorités locales ne faisaient rien jusque-là pour y remédier.

Des chaises installées sur le site.

 

Lorsque nous avons débuté notre campagne, le site était en piteux état. L’éclairage de nuit ne fonctionnait plus. Il n’y avait pas une chaise pour que les visiteurs puissent s’asseoir. Personne ne se souciait de la propreté des lieux. Les allées n’étaient pas déblayées, des papiers jonchaient le sol ici ou là et certains endroits étaient même devenus impraticables. Il n’y avait même pas de panneau pour indiquer le site à l’entrée. Par ailleurs, les citernes ont été abîmées avec le temps, l’érosion et les constructions sur le site. Elles ont aujourd’hui besoin d’être restaurées.

 

"L'instabilité politique ne change rien à notre détermination"

Nous avons décidé de faire campagne auprès des autorités locales compétentes pour nettoyer, entretenir et réhabiliter les citernes d’Aden. La formation que nous avions suivie grâce au soutien de la fondation américaine NED (National Endowment for Democracy) nous a été très utile. Nous avons d’abord cherché l’appui de représentants de la société civile qui travaillent à la réhabilitation et à la rénovation du patrimoine historique et culturel du Yémen. Nous sommes ensuite allés à la rencontre de responsables nationaux et locaux, notamment l’Autorité générale des antiquités, des représentants de la maire et du gouvernorat d’Aden.

 

Puis des moyens ont commencé à être débloqués pour le nettoyage et le réaménagement paysager du site. Des employés chargés de la propreté urbaine de la mairie d’Aden se sont attelés à la tâche pendant trois jours. Il reste encore beaucoup de travail, au vue de la quantité de déchets et des réaménagements nécessaires. 

Un lampadaire sur le site des citernes.

 

La campagne n’est pas terminée. Les derniers événements politiques [des miliciens houthis ont forcé le président à la démission à la fin du mois de janvier] ne changent rien à notre détermination. Nous sommes aujourd’hui habitués à l’instabilité de la situation à Aden. Les coups de feu, les explosions, les assassinats ciblés sont presque quotidiens. Plusieurs membres de l’initiative passent  en ce moment leurs examens à l’université. Dès qu’ils en seront libérés, nous reprendrons notre travail de plaidoyer auprès des autorités pour faire de ce site un lieu agréable pour les visiteurs. 

Il est d’ailleurs déjà prévu que nous rencontrions à nouveau des responsables locaux pour discuter des prochaines étapes, notamment l’installation d’éclairages et de mobilier. Nous allons aussi demander à ce que le site soit placé sous la surveillance d’un gardien. Car certains ont profité de la négligence des pouvoirs publics pour construire de façon anarchique sur le site.

 

Une fois ce travail réalisé, nous ne comptons pas nous arrêter là. Bien d’autres sites ont besoin de toute l’attention des pouvoirs publics. 

 

Billet écrit avec la collaboration de Dorothée Kellou, journaliste à France 24.Toutes les photos ont été postées sur ce site.