Peu après l’attaque perpétrée contre la rédaction de "Charlie Hebdo", la police d'Andalousie, en Espagne, a reçu une liste de "recommandations" l’incitant à accorder une attention particulière aux "personnes d’origine arabe". Révélé par le site Internet 20 minutos à la mi-janvier, ce document a provoqué un incident diplomatique, avant d’être annulé par la police nationale.

Ces recommandations ont été émises par la Brigade provinciale de l’information de la Préfecture supérieure d’Andalousie occidentale. Le document préconise tout d’abord d’"éviter tout type de commentaires racistes ou xénophobes" en cas d’intervention policière.

Les policiers sont également invités à "vérifier les visas d’entrée" sur les passeports des individus, en particulier de ceux s’étant rendus en Irak, en Syrie, en Arabie saoudite, en Jordanie, en Turquie et au Liban.

Une "attention spéciale" doit être portée aux "individus de nationalité algérienne", décrits comme "plus conflictuels que les Marocains".

De même, il est recommandé de prêter attention aux "personnes d’origine arabe qui réalisent des vidéos dans des endroits non touristiques, en particulier au niveau d’infrastructures critiques : stations de bus, de train, de métro, etc.". L’explication avancée ? "Les cellules terroristes ont l’habitude d’enregistrer leurs actions pour les mettre sur Internet."

"Quand des individus d’origine arabe sont localisés dans un véhicule, en train d’utiliser un ordinateur portable, ils sont probablement en train de 'craquer' un réseau wi-fi, pour ne pas laisser la trace de leur adresse IP', ajoute la directive, qui précise ensuite : "S’ils sont en train de consulter des pages islamistes, il faut les identifier et les faire connaître auprès de la Brigade provinciale de l’information".

Par ailleurs, il est demandé aux policiers de vérifier, lors des fouilles, si les personnes "d’origine arabe" ne disposent pas d'engins explosifs.

Le document controversé, intitulé "Recommandations concernant les interventions avec les personnes d'origine arabe".

Ces recommandations – en particulier celle concernant les Algériens – ont provoqué la colère de Mohamed Hanèche, l’ambassadeur d’Algérie en Espagne. Noureddine Benmeddah, le président de la Fédération européenne des associations algériennes, basée en Espagne, a fait savoir qu’il enverrait une plainte au Ministère de l’Intérieur. Des internautes ont également dénoncé le caractère raciste et xénophobe de telles recommandations.

"Les 'recommandations aux agents concernant les interventions avec les personnes d'origine arabe' font honte et dégoûtent", écrit cet internaute sur Twitter.


Face aux réactions suscitées par cette circulaire, la direction générale de la police espagnole a ordonné à la Préfecture supérieure d’Andalousie occidentale de la retirer, le 14 janvier. Le directeur adjoint des opérations de la police nationale a précisé qu’elle était contraire aux principes régissant les interventions policières, et non conforme au droit.

De fait, la Convention européenne des droits de l’Homme précise que "nul ne peut faire l’objet d’une discrimination de la part d’une autorité publique quelle qu’elle soit fondée notamment [sur] le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation".

Depuis les événements survenus à Paris entre le 7 et le 9 janvier, les mesures de sécurité ont été renforcées en Espagne, notamment aux abords des bâtiments publics, dans le cadre de la lutte antiterroriste.

"Les recommandations concernant les interventions de la police auprès des personnes d'origine arabe. Un torrent de préjugés et de stéréotypes...", écrit cet internaute sur Twitter.