MOZAMBIQUE

Au Mozambique, des rats géants pour dépister la tuberculose

Déjà connus pour leur capacité à désamorcer les mines, des rats géants sont désormais dressés pour détecter la tuberculose. Cette technique est utilisée au Mozambique depuis 2013, après avoir été introduite en Tanzanie par une ONG belge. Une méthode moins chère et surtout plus efficace que les tests de dépistage traditionnels.

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Un rat examine des échantillons de crachats humains. Photo de Jeroen Van Loon.

Déjà connus pour leur capacité à désamorcer les mines, des rats géants sont désormais dressés pour détecter la tuberculose. Cette technique est utilisée au Mozambique depuis 2013, après avoir été introduite en Tanzanie par une ONG belge. Une méthode moins chère et surtout plus efficace que les tests de dépistage traditionnels.

Les premières expériences avec des rats géants – des cricétomes des savanes – ont été menées en Tanzanie en 2002, impulsées par l’ONG belge Apopo, avant d’être réalisées à plus grande échelle cinq ans plus tard. En janvier 2013, la technique est exportée à Maputo, la capitale du Mozambique, où l’ONG ouvre un laboratoire de recherche au sein de l’école vétérinaire de l’Université Eduardo Mondlane. Grâce à leur excellent odorat, les rats dressés détectent la tuberculose dans des échantillons de crachats humains.

Photo de Jeroen Van Loon.

"Un rat peut examiner une centaine d’échantillons en vingt minutes, au lieu de quatre jours pour un technicien travaillant en laboratoire"

Emilio Valverde est responsable du programme de détection de la tuberculose à l’école vétérinaire de l’Université Eduardo Mondlane, à Maputo.

Dans de nombreux pays en développement, la tuberculose est encore dépistée au microscope. C’est une technique assez lente, sans compter que 20 à 80 % des cas positifs peuvent ne pas être repérés, selon nos estimations. [D’autres sources donnent le chiffre de 50 % de cas non repérés environ, NDLR]. En revanche, lorsqu’un échantillon est identifié comme positif, c’est généralement vrai.

Les rats géants utilisés pour détecter la tuberculose sont aussi précis – voire plus – lorsqu’ils identifient des cas positifs. Mais l’avantage principal, c’est surtout qu’ils le font plus de vingt fois plus vite. Un rat dressé peut examiner une centaine d’échantillons en vingt minutes, au lieu de quatre jours pour un technicien travaillant en laboratoire. Par ailleurs, un rat est capable de détecter 67 % des cas positifs.

Des rats mesurant 25 à 30 cm. Photo de Brian Johnson.

Dans le laboratoire de Maputo, on fait travailler quatre rats à la fois sur un ensemble d’échantillons. Un échantillon détecté positif par au moins deux rats est considéré comme positif. Cette méthode permet d’augmenter la fiabilité du résultat. Et on a aussi un autre groupe de cinq rats qui fait la même chose.

"Les rats vivent en moyenne 8 ans, donc ils peuvent travailler longtemps une fois dressés"

Les rats qu’on utilise mesurent 25 à 30 cm environ, sans la queue, et pèsent entre 1 et 1,5 kg. Ce sont des animaux assez calmes et intelligents. Leur dressage commence à l’âge de 4 ou 5 semaines. On leur apprend d’abord à associer des bruits particuliers à une récompense : des bananes ou des cacahuètes généralement.

On les entraîne ensuite avec des odeurs, en complexifiant progressivement les exercices. Une fois dressés, les rats sont capables d’analyser dix trous, sous lesquels se trouvent des échantillons de crachats humains. Ils les reniflent, et lorsqu’ils détectent la tuberculose, ils gardent leur museau dans le trou pendant trois secondes pour signaler sa présence.

Les rats gardent leur museau pendant trois secondes au-dessus des échantillons de salive, lorsqu'ils détectent la tuberculose. Photo APOPO.

Une fois le dressage terminé, au bout de 9 mois, ils peuvent travailler pendant des années, dans la mesure où ils vivent en moyenne 8 ans.

Depuis que le laboratoire de Maputo a ouvert ses portes, 36 561 échantillons ont été analysés. On a repéré 1 182 cas de tuberculose dans des échantillons qui n’avaient pas été détectés positifs dans les centres de santé traditionnels. Grâce à notre travail, on estime qu’environ 8 500 infections supplémentaires ont été évitées.

Photo de Jeroen Van Loon.

Le Mozambique est l’un des pays les plus touchés par la tuberculose, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En 2013, le taux de prévalence de la maladie était de 559 cas pour 100 000 habitants. Par ailleurs, environ 60 % des tuberculeux sont également porteurs du virus du sida. C’est problématique car la tuberculose est l’une des principales causes de décès chez les personnes ayant le sida.

Après le sida, la tuberculose est la maladie infectieuse la plus meurtrière dans le monde. En 2013, 9 millions de personnes ont contracté la tuberculose, et 1,5 million en sont mortes, selon l’OMS. Plus de 95 % des décès ont lieu dans les pays à revenu faible et intermédiaire, en Afrique subsaharienne généralement, où la moitié des cas ne sont pas repérés en raison du manque de moyens.

La tuberculose est causée par une bactérie touchant généralement les poumons. Elle se propage d’une personne à l’autre par voie aérienne, en toussant, en éternuant ou en crachant.

Echantillons de salive humaine. Photo de Briana Marie.

Depuis une dizaine d’années, l’ONG Apopo utilise également des rats pour effectuer des opérations de déminage au Mozambique, mais également dans d’autres pays. Là encore, cette méthode s’avère moins chère, plus simple et plus efficace que les techniques traditionnelles (détecteurs de métaux, chiens dressés).

Cet article a été rédigé en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à France 24.