KENYA

Des écoliers de Nairobi en lutte pour sauver leur cour de récré

Un terrain revendiqué par un promoteur privé, une mobilisation qui s’organise, des gaz lacrymogènes lancés par les forces de l’ordre. Ce schéma est relativement classique, direz-vous… Sauf que les manifestants sont des enfants, et le terrain convoité, leur cour de récréation.

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La police tire des gaz lacrymogènes sur les manifestants, dont des enfants que l’on reconnaît à leurs uniformes. Photo prise par notre Observateur.

Un terrain revendiqué par un promoteur privé, une mobilisation qui s’organise, des gaz lacrymogènes lancés par les forces de l’ordre. Ce schéma est relativement classique, direz-vous… Sauf que les manifestants sont des enfants, et le terrain convoité, leur cour de récréation.

Les représentants de cette école de Nairobi, ainsi que plusieurs personnalités politiques locales, affirment que le terrain a été récupéré illégalement au milieu du mois de décembre. Un mur avait alors été construit entre le bâtiment de l’école Langa’ta road et le terrain vague qui lui servait jusque là de cour de récréation. Un lopin de terre situé à un endroit à fort potentiel, puisqu’il jouxte un hôtel haut de gamme et est situé face à un aéroport national.

Mi-janvier, un sénateur de la capitale a rédigé une pétition demandant que l'espace soit restitué à l'école publique. Selon le gouverneur de Nairobi, Evand Kidero, les écoles sont des cibles faciles pour les expropriateurs, car ces établissements ont du mal à produire les titres de propriété de leurs terrains.  

Des écoliers renversent les restes du mur qui sépare l’école de leur ancienne cour. Photo de notre Observateur.

"Je n’en reviens pas que la police ait pu jeter des gaz lacrymogènes sur des enfants"

Jeremy Mutiso est photographe et travaille pour l’organisation Inuka Ni Sisi, qui se bat pour le changement social au Kenya. Il était sur place au moment des manifestations.

Je suis arrivé à 10 h du matin. Les enfants quittaient leurs classes pour se diriger vers le mur qui bloque l’accès à la cour de recréation. La police était arrivée tôt le matin car la mobilisation avait été annoncée depuis un certain temps par les parents, les professeurs et les politiques [l’élu local Kenneth Okoth avait exigé la restitution du terrain avant une certaine date, ce qui n’a pas été respecté.] Les policiers étaient en tenue anti-émeute et assistés de chiens. Les enfants ont commencé à taper sur la palissade qui bloque l’accès au terrain vague. C’est à ce moment que les policiers ont lancé les gaz lacrymogènes.

 

Terrifiés, les écoliers se sont enfuis. Quelques uns se sont évanouis et des adultes les ont transportés en urgence à l’hôpital. [Les médias locaux rapportent que cinq personnes ont été blessées]. Un homme était tellement en colère qu’il a lancé une pierre sur un officier qui a été touché à la tête. Il saignait tellement qu’il a dû lui aussi être emmené.

 

Après les premiers gaz lacrymogènes, la plupart des enfants sont revenus à la charge. Ils scandaient : "Notre cour, notre droit". Certains ont fait remarquer que ça n’avait pas de sens que le gouvernement promette des ordinateurs portables aux enfants, tout en acceptant qu’on leur vole leur cour de récréation.

Les manifestants ont finalement réussi à faire tomber la palissade et les enfants se sont mis à courir sur le terrain. Des professeurs essayaient de les retenir mais c’était impossible, ils étaient fous de joie.

À ce moment là, la police avait battu en retraite. Certains officiers ont clairement désobéi. Ils disaient ne pas vouloir effrayer les enfants davantage. Plusieurs adultes ont toutefois été arrêtés. [Les médias locaux ont annoncé l’arrestation de deux activistes connus, Houghton Irungi et Boaz Waruku ] Personnellement, je n’en reviens pas que la police ait pu jeter des gaz lacrymogènes sur des enfants.

L'officier en charge de cette opération a finalement été suspendu. Lundi après-midi, des personnalités politiques de premier plan, dont le secrétaire à l’Aménagement du territoire et le président de Commission nationale foncière, ont chacun promis que la terrain serait rendu à l’école.

Billet écrit avec la collaboration de Gaelle Faure (@gjfaure), journaliste à France 24.