NIGER

Vidéo : arrestations de manifestants en mode cow-boy à Niamey

L’opposition nigérienne devait organiser une marche pacifique dans la capitale, dimanche. Mais, après 48 heures de violences en marge de manifestations contre "Charlie Hebdo", les autorités ont préféré interdire le rassemblement pour éviter tout débordement. Ceux qui ont décidé de braver l’interdiction ont été interpellés sans ménagement par la police comme le montre cette vidéo.

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Capture d'écran de la vidéo ci-dessous.

L’opposition nigérienne devait organiser une marche pacifique dans la capitale dimanche 18 janvier. Mais, après 48 heures de violences en marge de manifestations contre "Charlie Hebdo", les autorités ont préféré interdire le rassemblement pour éviter tout débordement. Ceux qui ont décidé de braver l’interdiction ont été interpellés sans ménagement par la police comme le montre cette vidéo.

                                                      

 

 

Cette scène a été filmée, dimanche, dans le quartier du collège Mariama à Niamey par l'un de nos Observateurs, qui a souhaité garder l’anonymat. On y voit un homme se faire arrêter par un policier en civil, arme au poing. Puis il est embarqué à l’arrière d’un pick-up par des hommes en uniforme, dont certains de la police nationale. L’homme est frappé à plusieurs reprises, alors qu’il ne semble pas opposer de résistance.

"Et si l’homme avait résisté ?"

Les manifestants qui s’étaient rassemblés malgré l’interdiction au siège de l’opposition avaient été dispersés par la police quelques instants plus tôt. À ce moment, je suivais certains d’entre eux qui s’échappaient dans les ruelles et suis tombé sur cette scène que je me suis empressé de filmer avec mon téléphone portable. L’inspecteur de police en civil reprochait visiblement à cet homme d’avoir participé à l’installation de pneus sur la route. Pas très loin, il y avait effectivement une femme qui transportait un pneu. Mais lui disait qu’il n’avait rien à voir là-dedans. L’homme a donc essayé de partir mais le policier l’a attrapé par le cou et a sorti son arme pour l’impressionner. On se serait cru dans un film. Que se serait-il passé si l’homme avait un tant soit peu résisté ?

 

Mais il faut remettre les choses dans leur contexte. La veille, Niamey avait vécu la pire journée de tension depuis les dix ans que je suis journaliste. Et pour moi, les torts sont partagés. D’une part, l’opposition aurait dû prendre des dispositions pour reporter la marche et respecter la demande des autorités. Partant du principe que la manifestation devait être pacifique, je ne comprends pas pourquoi la police a été aussi agressive envers les manifestants.

France 24 n’a pas pu identifier la personne arrêtée sur ces images. Mais le fait qu’il soit équipé d’un masque en papier laisse penser qu’il était sorti manifester explique nos Observateurs sur le terrain. Au total, les forces de l’ordre ont procédé à plus de 80 arrestations dimanche, parmi lesquelles celles de plusieurs responsables de l’opposition toujours en détention lundi.

 

La mobilisation était organisée sous la bannière de l'Alliance pour la réconciliation, la démocratie et la République (ARDR) et devait dénoncer "les dérives économiques et sociales du pouvoir". Pour l’opposition, le rassemblement n’avait rien à voir avec les violences des jours précédents et ne méritait donc pas cette interdiction. Mamouda Mourtala, membre du bureau politique du parti d’opposition MNSD explique :

 

Depuis des semaines, nous avions l’autorisation. Jusqu’au dernier moment, nous nous sommes organisés avec les forces de l’ordre pour nous prémunir contre toute infiltration [de casseurs, ndlr]. Nous avions un itinéraire bien précis et sécurisé mais les autorités ont décidé, samedi soir, de bloquer la mobilisation via une décision du gouverneur de la région de Niamey. C’était totalement injustifié.

 

Les journalistes affirment aussi avoir fait les frais des violences policières et ont exprimé leur colère via un communiqué publié lundi 19 janvier.

 

Le Niger a traversé trois jours de troubles depuis les premières manifestations organisées, vendredi, contre les caricatures de "Charlie Hebdo" à Zinder. Après l’attaque d’un centre culturel français et de plusieurs églises, les chrétiens de la ville ont été placés sous protection militaire. Plus d’une vingtaine d’églises ont été attaquées le lendemain dans la capitale. Au total, une dizaine de personnes sont mortes dans les violences.