Protesters scuffle with police in Gyumri. (Screen grab from the video at the bottom of the article.)

Depuis 48 heures, des centaines d’Arméniens manifestent leur colère dans les rues de la ville de Gyumri, où une famille a été décimée à l’arme à feu en début de semaine. Le meurtre aurait été commis par un soldat originaire de Sibérie, actuellement détenu dans la base russe de la ville, où il travaillait. Mais la population exige qu’il soit remis aux autorités arméniennes.

Gyumri, seconde plus grande ville d’Arménie, accueille depuis 1995 la base militaire russe "102 "où résident 3 000 hommes, dont le soldat Valery Permyakov qui a avoué être l’auteur du crime. La police arménienne explique que ce dernier a quitté la base, puis a marché deux kilomètres en direction de Gyumri. Il dit être entré "par accident "dans la maison où il a tué six personnes, un couple, leur fille, leur fils, leur belle-fille et leur petit-fils de deux ans. Un autre petit fils de six mois poignardé a finalement survécu. Le soldat, qui était arrivé à la base deux mois plus tôt, a été arrêté lundi par des gardes-frontières russes alors qu’il tentait de passer en Turquie. Les raisons de ces meurtres ne sont pas connues, a expliqué la police.

Permyakov a été ramené au camp militaire de Gyumri, où il est actuellement enfermé. Russes et Arméniens ont expliqué qu’ils travaillaient conjointement sur l’enquête, mais sans définir clairement qui jugera le soldat. Un flou qui a provoqué la colère des habitants pour qui un jugement dans un tribunal russe serait une atteinte à la souveraineté arménienne. Ils invoquent un traité datant de 1997 stipulant que le personnel militaire russe du sud du Caucase suspecté de crime en dehors de leur base doit être jugé par les autorités locales.

Vingt-quatre heures après les premières manifestations à Gyumri mercredi, des rassemblements ont été organisés dans la capitale Erevan. Plusieurs dizaines de personnes ont été blessées dans des échauffourées.

La police bloque les manifestants devant l’ambassade russe d’Erevan jeudi. À 1’58, un drapeau russe est piétiné. Video : RFE/RL.

La base militaire russe de Gyumri a été établie au milieu des années 90 après que la Russie a réussi à imposer un cessez-le-feu entre l’Arménie et l’Azerbaijan en guerre dans la région du Haut Karabach. Actuellement, pour les Arméniens, la base a surtout un rôle dissuasif vis-à-vis de son voisin turc, avec qui l’Arménie n’a pas de relations diplomatiques, la Turquie ne reconnaissant pas le génocide arménien

"Nous sommes déçus de l’attitude de gouvernement. Il est tellement faible"

Levon Barseghyan est membre du conseil municipal de la ville de Gyumri et un des leaders du mouvement de protestation.
 
Les gens ont été très choqués quand ils ont appris qu’un massacre avait eu lieu mais ils n’ont pas immédiatement protesté.
Ici, les habitants voient la Russie d’un bon œil et les relations avec les militaires de la base sont relativement bonnes. Mais ce qui les a rendus  furieux c’est que ce soient les Russes qui détiennent Permyakov, alors qu’il n’y aucune raison à cela. Puis, mercredi, le procureur général a annoncé que le soldat serait jugé sur le sol arménien… mais sans dire que ce serait par un tribunal arménien. Tout le monde a compris que ça signifiait qu’il serait jugé par le tribunal militaire russe situé à Erevan. On craint vraiment que les militaires ne tentent de protéger l'un des leurs.
Des manifestants à Gyumri mercredi.

Ce n’est pas la première fois qu’il y a de tels incidents. En 1999, deux soldats de la même base avaient tiré en pleine rue et tué deux personnes. Ils ont d’abord été jugés par un tribunal arménien, puis ont été extradés vers la Russie. Or nous voulons que ceux qui commettent des crimes ici soient jugés ici et purgent leur peine dans des prisons arméniennes.

Nous sommes déçus de l’attitude de gouvernement. Il est tellement faible. C’est en fait le Kremlin qui décide de tout. Mais on espère vraiment qu’il entendra notre cri de colère.


Manifestants à Gyumri mercredi. À 6'20, ils forcent le cordon de police pour se diriger vers la base militaire.