L'entrée des douches au service d'oncologie.

Kamel Mensari s’est rendu à plusieurs reprises dans le Centre Pierre et Marie Curie à Alger, au chevet d’une proche atteinte d'un cancer. Murs dégradés, traces de sang dans les toilettes, il a été scandalisé par l’état d’insalubrité de l’établissement hospitalier, l'un des plus importants centre de traitement de cette maladie en Algérie.



"J’ai dû lui acheter un masque pour la protéger des infections"

Kamel Mensari vit à Alger et accompagnait une cousine lors de son séjour au Centre Pierre et Marie Curie (CPMC).  
 
Ma cousine était soignée pour un cancer à l’hôpital Mustapha Bacha. Mais les infirmiers se sont trompés et ont triplé sa dose de chimiothérapie. Du coup, elle a été transférée dans le département d’oncologie  du Centre Pierre et Marie Curie, où elle est restée près de trois semaines. Son système immunitaire était très vulnérable et le moindre microbe ou bactérie pouvait aggraver considérablement son cas. Mais malgré cela, il y avait des moustiques et des cafards dans sa chambre, qui était par ailleurs très sale. Elle était contrainte d'utiliser des toilettes et des lavoirs infects, comme le montrent ces photos. J’ai dû lui acheter moi-même un masque pour la protéger des infections.


Il y avait des va-et-vient incessants dans sa chambre parce que c’était là que se trouvait le seul frigo fonctionnel à l’étage. Autant dire qu’elle n’a bénéficié ni de tranquillité, ni d’intimité. 

Je devais aussi moi-même lui acheter certains médicaments qui n’étaient pas disponibles à l’hôpital et lui ramener ses repas parce que les infirmiers eux-mêmes me disaient que la nourriture était infecte.

Dire qu’il y a des patients, parfois en stade terminal, qui finissent leurs jours dans cet endroit. C’est inadmissible.
Le pire est que les délais d’attente pour être admis au service des cancéreux peuvent aller jusqu’à 6 mois car le service est surchargé. Certains patients meurent avant d’avoir une place.
 
En mai 2013 déjà, une trentaine de manifestants s’étaient rassemblés devant ce centre pour crier leur indignation, au moment même où le président Abdelaziz Bouteflika se rendait à l’hôpital du Val-de-Grâce, à Paris, après son AVC.

En Algérie, plus de 20 000 cancéreux meurent chaque année sans avoir été hospitalisés, selon le Professeur Kamel Bouzid, chef de service oncologie au Centre Pierre et Marie Curie (Cpmc). Ce dernier a, à plusieurs reprises, fait part de son indignation quant à la saturation des structures anti-cancer. [Il a aussi préconisé le transfert des patients atteints de cancer à l'étranger, en attendant l’ouverture prévue de 20 centres, NDLR].

Les défaillances de prise en charge dans les hôpitaux en Algérie sont régulièrement dénoncées sur les réseaux sociaux. En juin dernier, un père de famille avait filmé les services vides de la clinique pédiatrique El-Mansoura, à Constantine, alors qu’il cherchait désespérément un médecin pour son enfant souffrant.

Le système de santé en Algérie est en déliquescence, et pourtant l’État augmente chaque année le budget alloué au secteur de la santé. Les dépenses dans ce domaine sont passées de 2 milliards d’euros en 2010 à 3 milliards et demi d’euro en 2014. Pour Djilali Hadjajd, président de Transparency International Algérie, si de nombreux malades algériens sont laissés sur le carreau, c’est surtout à cause de la corruption qui gangrène le secteur.

"La plupart des structures datent de l’ère coloniale et ne sont pas faites pour accueillir tant de monde"

Lyes Merabet, Président du Syndicat National des Praticiens de la Santé Publique (PSNPS), souligne lui un problème de "gestion".
 
Ces images sont vraiment choquantes et ce qui se passe dans ce centre est injustifiable. Les patients souffrant de cancer doivent être pris en charge dans un milieu complètement aseptisé. Toutefois, la compétence des médecins et du corps paramédical n’est pas à remettre en cause. Il y a un vrai problème de gestion de ces structures, notamment concernant l’entretien et l’hygiène.

La dégradation de la qualité de l’accueil est en partie due à la surcharge des hôpitaux.  La plupart datent de l’ère coloniale et ont été conçus pour accueillir un nombre beaucoup moins important de patients. Ces dernières années, les autorités ont lancé des chantiers de construction de plusieurs hôpitaux à travers le pays, notamment un grand CHU à Alger. J’espère que la situation va s’améliorer avec l’ouverture de ces nouvelles structures.



À en croire des témoignages que nous avons reçus de nos Observateurs, le centre Pierre et Marie Curie n’est pas un cas isolé. Des problèmes concernant la formation des équipes médicales et le manque de matériel ont également été signalés dans plusieurs autres établissements.


"Pas de seringues aux urgences pédiatriques de Hussein Dey"

Abderrahmane Semmar, membre du collectif de journalistes citoyens "Les Envoyés Spéciaux" a récemment passé 24 heures au service des urgences pédiatrique de l’hôpital de Hussein Dey, à l’est d’Alger.

Les médecins résidents étaient en plein désarroi face au manque de médicaments, surtout les seringues et les antibiotiques. Ces mauvaises conditions de travail poussent beaucoup de médecins algériens à immigrer vers d’autres pays. J’ai beaucoup d’amis dans la profession qui sont récemment partis en Jordanie, parce que là-bas les conditions de travail sont de loin meilleures.

Toutes les photos ont été prises par Kamel Mensari.