ALLEMAGNE

Le mouvement Pegida surfe sur la vague "Charlie Hebdo"

Une grande bannière avec les portraits des dessinateurs Tignous, Charb, Wolinski et Cabu, des panneaux "Je suis Charlie" et des drapeaux français. À Dresde, en Allemagne, les partisans du mouvement des "Patriotes européens contre l'islamisation de l'Ouest" (Pegida) ont rendu hommage à la rédaction de "Charlie Hebdo" lundi. L’objectif : exploiter les attaques perpétrées en France pour démontrer le bien fondé de leurs théories xénophobes.

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Du côté anti-Pegida, des manifestants arborent une pancarte où l’on peut lire : "Tu n’est jamais Charlie Pegida". Photo publiée le 12 janvier sur Twitter par @MSN_Dresden.

Une grande bannière avec les portraits des dessinateurs Tignous, Charb, Wolinski et Cabu, des panneaux "Je suis Charlie" et des drapeaux français. À Dresde, en Allemagne, les partisans du mouvement des "Patriotes européens contre l'islamisation de l'Ouest" (Pegida) ont rendu hommage à la rédaction de "Charlie Hebdo" ce lundi. L’objectif : exploiter les attaques perpétrées en France pour démontrer le bien fondé de leurs théories xénophobes.

Au milieu des manifestants du Pegida, une grande bannière avec les portraits des dessinateurs Tignous, Charb, Wolinski et Cabu a été déployée le 12 janvier.

Né en octobre 2014, le mouvement Pegida entend dénoncer l’influence de l’islam dans les pays occidentaux et la politique migratoire allemande, qu’il juge trop généreuse. À l’origine, quelques centaines d’individus seulement participaient à ses rassemblements organisés chaque lundi à Dresde. Mais le mouvement a pris de l’ampleur au fil des semaines. Lundi 12 janvier, au moins 25 000 personnes selon la police (30 à 40 000 selon les organisateurs) ont défilé dans les rues de la ville. Un record.

En réaction, des contre-manifestations se déroulent également chaque semaine dans cette ville. Plus de 7 000 personnes ont ainsi défilé lundi à Dresde, afin de dénoncer les idées défendues par le mouvement anti-islam. Des rassemblements opposés au Pegida ont aussi été organisés dans d’autres villes allemandes, rassemblant près de 100 000 personnes.

Des manifestants du Pegida portent un panneau où il est écrit "Pegida = Charlie", le 12 janvier. Photo publiée sur Twitter par @FussballggNazis.

Les attaques terroristes perpétrées en France la semaine dernière semblent avoir renforcé les participants aux marches du Pegida dans l’idée que leur combat est nécessaire. Dès le 7 janvier, le jour des assassinats à "Charlie Hebdo", le mouvement avait indiqué que "l’islamisme n’était pas compatible avec la démocratie" sur sa page Facebook, appelant ses fidèles à rendre hommage aux "victimes du terrorisme" en arborant un ruban noir lors de la marche de lundi.

Message écrit sur ce ruban noir, portant le sigle du Pegida : "Notre compassion la plus profonde pour les familles des victimes du terrorisme à Paris". Message de droite : "Lundi 12 janvier 2015 : participons à la marche avec une écharpe". Image publiée sur la page Facebook du Pegida, le 7 janvier.

"Ils défendent aujourd’hui un journal français, alors qu'hier encore, ils dénonçaient les 'mensonges' de la presse"

Frank Olfmann (pseudonyme), un habitant de Dresde, participe régulièrement aux marches anti-Pegida dans la ville.

Lundi soir, il y avait plusieurs pancartes faisant référence à "Charlie Hebdo", du côté Pegida et du côté anti-Pegida. Je pense que j’ai dû en voir 25 environ, mais plutôt du côté des manifestants soutenant le Pegida. Parmi eux, certains portaient des rubans noirs pour afficher leur solidarité avec les journalistes assassinés. Mais ils se contredisent totalement. Ils défendent aujourd’hui un journal français, alors qu'hier encore, ils dénonçaient les "mensonges" de la presse…

Du côté anti-Pegida, un manifestant porte une pancarte où l’on peut lire : "Je suis Charlie - contre le racisme". Photo publiée sur Twitter par @MSN_Dresden, le 12 janvier.

Le leader du mouvement Pegida, Lutz Bachmann, a aussi évoqué le sujet lors du discours qu’il a prononcé lundi soir. Il a condamné l’attaque, ainsi que tous les actes terroristes perpétrés au nom de la religion, en faisant même référence à Anders Breivik et aux 77 personnes qu’ils avaient tuées. [Le 22 juillet 2011, ce Norvégien d’extrême droite avait assassiné 77 personnes lors de deux attaques distinctes dans son pays, NDLR.]

 

Drapeau français, au milieu des manifestants du Pegida. Photo publiée sur la page Facebook du Pegida, le 12 janvier.

"L’ambiance était plus agressive que d'habitude du côté Pegida"

Carsten Enders habite à Dresde depuis 1993. Lui aussi a participé à plusieurs marches anti-Pegida dans la ville.

Je pense que le mouvement Pegida pourrait se renforcer à la suite des événements en France, du moins à Dresde. Hier, ils étaient au moins 25 000, ce qui constitue un nouveau record. Ils ont également marché à Leipzig pour la première fois, où ils étaient 4 000, même si les contre-manifestants étaient au moins 30 000 dans cette ville. À Leipzig, on parle maintenant des "Legida" et "anti-Legida". En-dehors de Dresde, le Pegida se heurte toutefois à davantage de résistance.

Sur cette pancarte brandie par des manifestants du Pegida, où l'on peut lire "Madame Merkel, le peuple est là", la chancelière allemande apparaît avec un foulard. Une critique à peine voilée d'Angela Merkel, qui a récemment critiqué le mouvement Pegida.

Comparé aux manifestations précédentes, j’ai eu l’impression que l’ambiance était plus agressive du côté Pegida, où il y avait beaucoup de hooligans ou encore de personnes saoules. Une centaine de manifestants anti-Pegida ont fait un sit-in dans la rue pour tenter de les bloquer et ça a failli dégénérer…

Ce dessin de Giemsi ironise sur l'exploitation par le Pegida du drame survenu en France la semaine dernière à des fins idéologiques.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à France 24.