LIBAN

La police libanaise investit "l'émirat jihadiste" de la prison de Roumieh

Les forces de sécurité libanaises sont intervenues pour évacuer une aile d’un centre pénitentiaire surnomé "l'émirat". Le fameux bloc B de la prison de Roumieh, près de Beyrouth, était considéré comme un QG des jihadistes et les gardiens n’osaient plus y entrer depuis des mois.

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Photo de l'opération menée par les forces de l'ordre libanaises dans la prison de Roumieh, postée sur Twitter par Charles Lister.

Les forces de sécurité libanaises sont intervenues pour évacuer une aile d’un centre pénitentiaire surnomé "l'émirat". Le fameux bloc B de la prison de Roumieh, près de Beyrouth, était considéré comme un QG des jihadistes et les gardiens n’osaient plus y entrer depuis des mois.

Au terme de cette opération, les forces de sécurité ont transféré plus de 900 occupants du bloc B vers une autre aile, contrôlée par l’administration pénitentiaire. Les prisonniers ont tenté de résister à leur évacuation, notamment en bloquant les portes avec divers objets et en jetant des projectiles sur les policiers.

Des détenus ont pu filmer ces scènes d’affrontements et les poster sur les réseaux sociaux.

Vidéo de l’évacuation postée sur YouTube.

Les prisonniers ont fait état de plusieurs blessés au cours de cette opération, des accusations démenties par les autorités libanaises qui affirment qu’elle s’est "déroulée dans le calme", malgré les images qui montrent clairement le contraire.

Les autorités libanaises ont indiqué que cette opération était prévue de longue date. Mais la décision de passer à l’action a été prise après l’interception de communications téléphoniques mettant en causes des détenus de Roumieh dans le double attentat-suicide qui a visé samedi un restaurant du quartier alaouite de Jabal Mohsen dans la ville de Tripoli (nord), a indiqué le ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk.

Tweet de Nouhad Machnouk, ministre de l’Intérieur libanais.

Traduction : "La base de données des communications a montré qu’une partie de l’opération terroriste qui frappé Jabal Mohsen récemment a été planifiée depuis le bloc B."

Au cours de cette intervention, les forces de l’ordre on trouvé des téléphones portables, des ordinateurs avec une connexion Internet et même des armes, ont indiqué les autorités.

Dans cette prison sont détenus des membres de plusieurs organisations jihadistes, dont le Front al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, ainsi que celle de l'Organisation de l'État islamique. En représailles à cette opération, le Front al-Nosra a menacé d'exécuter des militaires libanais que l’organisation détient depuis août 2014.

"Les autorités ont installé un système de brouillage des communications dans cette prison, mais ne l’ont jamais mis en marche"

Wadih Al Asmar travaille pour Centre libanais des Droits de l’Homme, qui rend régulièrement visite aux détenus de Roumieh.

Le bâtiment est normalement interdit depuis plusieurs années aux organisations humanitaires. Mais nous avons tout de même pu y entrer à plusieurs reprises. Les prisonniers dans cette aile ne sont pas particulièrement maltraités, mais il faut savoir que cette prison, qui est la plus grande du Liban, est surchargée car elle héberge 40% à 50% des détenus du pays.

Face à cette surcharge, l’administration manque cruellement d’effectif. C’est pour cela qu’elle a mis en place un système de "kapos" pour assurer le maintien de l’ordre. Ces "kapos" sont des prisonniers qui ont de l’influence parmi les autres détenus et qui assurent le maintien de l’ordre dans la prison. Ils ont gagné en influence au fil du temps, à tel point que les gardiens n’osaient plus entrer dans le bâtiment sous leur contrôle.

Et comme pour beaucoup de prisons dans le monde, ces détenus ont réussi à faire rentrer des téléphones et des ordinateurs pour communiquer avec le monde extérieur. Il y a quelques mois pourtant, le ministère de l’Intérieur avait installé un système de brouillage des communications sur le toit du bâtiment. Mais ils ne l’ont jamais mis service. Je ne sais pas si c’était pour relâcher la pression et s’assurer une paix sociale, ou s’il y avait d’autres raisons.

Pour mieux contrôler les prisonniers soupçonnés de terrorisme, il faudrait former des vrais gardiens de prison. Au Liban, ce corps n’existe pas véritablement, les établissements pénitentiaires sont gardés par des simples policiers de commissariat qui n’ont aucune formation spécifique sur l'environnement carcéral. Il faut aussi désengorger les prisons. Cela passe par la réduction des délais entre l’arrestation et le prononcé du jugement. Ces délais sont parfois très longs et il faut savoir que plus de 70% des détenus au Liban sont en détention provisoire.