Des refugiés à Maiduguri.
 
Malgré le réseau téléphonique limité dans la région,  France 24 a réussi à parler avec un homme qui a échappé au plus gros massacre perpétré par le groupe Boko Haram depuis sa création en 2002. Arrivé à Maiduguri, la capitale de l’État nigérian du Borno, il nous raconte sa fuite et le chaos dans lequel se retrouvent des milliers de réfugiés.
 
Le groupe de combattants jihadistes a littéralement rasé la ville de Baga et les villages alentours la semaine dernière. Leurs victimes se comptent par centaines. Certaines sources parlent même de plus de 2 000 personnes tuées alors qu’elles essayaient de se réfugier dans la brousse.  Un rescapé interviewé par le journal britannique "The Guardian" a expliqué avoir "marché sur des cadavres pendant cinq kilomètres". Face au feu ennemi, l’armée nigériane a elle aussi pris la fuite. Ce bain de sang a poussé des milliers de personnes sur la route du Tchad, à l’est, et vers la ville de Maiduguri, au sud. Ils seraient 20 000 à avoir fui leur maison, explique Amnesty International.

Ces deux frères orphélins ont fui la ville de Chibok lors d'une précédente attaque. Ils gagnent de quoi vivre en lavant les habits des habitants.
Photo envoyée par un de nos Observateurs.

 

"Avec leur lance-roquettes, ils ont réussi à faucher dans leur course ceux qui ne couraient pas assez vite"

Otunba (pseudonyme) a fui Baga mercredi dernier au moment de l’attaque de Boko Haram.
 
Ils avaient attaqué la ville à plusieurs reprises par le passé, donc j’avais déjà envoyé ma famille à Maiduguri, car je craignais une attaque de grande ampleur comme celle-là. Je ne faisais que passer pour régler quelques affaires quand ils ont attaqué.
 
Heureusement pour moi, ils sont arrivés par un autre côté de la ville et j’ai pu m’enfuir à pied avec deux de mes voisins. Dans notre fuite, on a vu quelques combattants de loin. Certains portaient des lance-roquettes, d’autres des pistolets. On a aussi vu quelques unes des premières victimes. J’ai vu cinq corps, trois femmes et deux enfants. C’était effrayant. On m’a dit qu’ils avaient tué surtout des femmes et des enfants. Avec leur lance-roquettes, ils ont fauché dans leur course ceux qui ne couraient pas assez vite.

Des réfugiés se retrouvent à dormir dans la rue.
Photo envoyée par un de nos Observateurs.
 
On a marché jusqu’au Niger, puis on est redescendus jusqu’à Damaturu et on nous a emmenés jusqu’à Maiduguri. C’était très pénible, la route était extrêmement longue. On a mis une journée et demie. Ici, je vis dans une maison que j’ai louée pour ma famille. J’ai de la chance, beaucoup de gens sont arrivés sans rien et doivent aller dans les campements installés par le gouvernement local. On vit dans la peur que les assaillants attaquent la ville, d’autant plus que les élections approchent. Nous devons prier.
 
Distribution de nourriture dans un campement bondé installé dans une école pour filles.Photo envoyée par un de nos Observateurs.
J’ai beaucoup d’amis, voisins, mêmes des proches de Baga que je n’ai pas réussi à contacter depuis l’attaque. Je ne sais pas s’ils sont vivants ou morts. J’espère vraiment les voir à Maiduguri bientôt. Le plus terrible c’est qu’à Baga, il y a énormément de morts, des cadavres jonchent le sol et aucune opération n’a été organisée pour aller chercher les blessés ou pour retirer les cadavres.   

"Les locaux ont peur que les réfugiés ne soient de Boko Haram"

 
Mustapha Zannah est avocat et fondateur de l’école islamique de Maiduguri, une structure qui prend en charge les orphelins de ce conflit.
 
Depuis l’attaque, des gens arrivent chaque jour. Il y a une demi-douzaine de centres pour réfugiés installés dans des collèges. [Menacées par la secte islamiste, les écoles publiques sont fermées jusqu’à nouvel ordre] Mais on manque de places. Des refugiés dorment dans la rue, alors qu’il fait 7 ou 8 degrés la nuit, et mendient argent et nourriture.
 
Les réfugiés tentent de vivre en vendant de la nourriture sur les bords de route à Maiduguri.Photo envoyée par un de nos Observateurs.
Les gens viennent ici parce que des groupes d’autodéfense protègent la ville. Dans les quartiers résidentiels des hommes et des garçons vérifient qui entre et qui les visiteurs viennent voir. Mais ils ne sont pas partout.  C’est compliqué pour les nouveaux arrivants de circuler. Les locaux ont peur qu’ils soient de Boko Haram.
 
Des femmes font la queue pour la distribution de riz. Photo envoyée par un de nos Observateurs.

Les attaques de la secte islamiste ont fait plus de 10 000 morts en 2014. Plus d’un million d’habitants ont été déplacés au Nigeria et des centaines de milliers ont trouvé refuge dans les pays frontaliers.
 
 
Billet écrit avec la collaboration de Gaelle Faure (@gjfaure).