OUGANDA

Les pasteurs ougandais prêchent désormais jusque dans la rue

Depuis le mois de décembre, des pasteurs prêchent dans les rues de Kampala, la capitale ougandaise. Leur objectif : annoncer au plus grand nombre que la fin du monde approche. Mais ces sermons publics irritent une partie des habitants.

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Photos et vidéo de notre observateur Al-hadji Kudra Maliro, prises en décembre 2014 à Kampala (Ouganda).

Depuis le mois de décembre, des pasteurs prêchent dans les rues de Kampala, la capitale ougandaise. Leur objectif : annoncer au plus grand nombre que la fin du monde approche. Mais ces sermons publics irritent une partie des habitants.

"Les gens se plaignent car ces prêches sont bruyants"

Al-hadji Kudra Maliro est un journaliste congolais, régulièrement présent en Ouganda.

J’ai vu des pasteurs prêcher dans les rues de Kampala pour la première fois début décembre. Et depuis, j’ai l’impression que leur nombre a augmenté. Quand certains ont commencé à descendre dans les rues, d’autres les ont imités, peut-être pour les "concurrencer".

Un pasteur m’a expliqué que beaucoup de gens ne vont plus à la messe. Il se retrouve parfois à l’église avec quelques dizaines de fidèles seulement. C’est sûrement vrai car les gens travaillent beaucoup à Kampala, même le dimanche, donc ils ont peu de temps pour se rendre dans les églises. Aller prêcher dans la rue permet donc à ce pasteur de toucher davantage de monde et de faire passer ses messages. Par ailleurs, plusieurs pasteurs disent qu’ils ont eu une révélation divine. Ils croient que la fin du monde approche et ils disent qu’ils sont envoyés par Dieu pour en informer la population.

 

Les pasteurs se placent à des endroits stratégiques, là où il y a beaucoup de monde, par exemple devant les supermarchés. Ils sont particulièrement présents le long des grosses artères, le matin et le soir, c’est-à-dire lorsque les gens vont au travail et rentrent chez eux, lorsqu’ils sont coincés dans les embouteillages. Je crois que les pasteurs font ça uniquement à Kampala, car je me déplace régulièrement dans d’autres villes et je n’ai pas vu ça ailleurs.

Les pasteurs font beaucoup de bruit : certains utilisent des mégaphones, des micros, des enceintes, même si ce n’est pas le cas de tous. Je pense qu’environ 80 % d’entre eux prêchent en kiganda, et 20 % en anglais.

 

Ce pasteur cherche à se faire mieux entendre, en utilisant un micro.

Certains passants les écoutent avec attention. Mais en général, ces prêches gênent les gens. Ils s’en plaignent car c’est bruyant. Et ils disent qu’ils peuvent aller à l’église pour entendre ça…

Le gouvernement ougandais et les autorités de la ville ne se sont pas prononcés pour l’instant. Les policiers ne disent rien non plus, car il est un peu compliqué de réprimander une personne prêchant la parole de Dieu en Afrique.

Selon le bureau des statistiques ougandais, le pays compte environ 35 % de protestants. La présence de cette religion en Ouganda remonte à la seconde moitié du XIXe siècle, avec l’arrivée de missionnaires protestants. Au sein du protestantisme, les évangéliques pratiquent aujourd’hui un prosélytisme très virulent dans le pays. De nombreux missionnaires venus des États-Unis y affluent. Ils sont notamment accusés de tenir des propos homophobes et d’être les principaux soutiens d’un projet de loi qui menace les homosexuels de prison à vie.

Ce billet a été écrit en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à FRANCE 24.