HAÏTI

Durcissement des manifestations à Port-au-Prince sur fond de chaos politique

Ces derniers jours, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues de Port-au-Prince, à Haïti, pour réclamer le départ du président Michel Martelly, au pouvoir depuis 2011. Si ces mouvements de protestation ne sont pas nouveaux, ils prennent aujourd’hui une toute autre envergure, les manifestants dénonçant un accaparement inquiétant du pouvoir par le président.

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Manifestation à Port-au-Prince, le 11 janvier 2015. Toutes les photos ont été prises par notre observateur Daniel Tercier.

Ces derniers jours, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues de Port-au-Prince, à Haïti, pour réclamer le départ du président Michel Martelly, au pouvoir depuis 2011. Si ces mouvements de protestation ne sont pas nouveaux, ils prennent aujourd’hui une toute autre envergure, les manifestants dénonçant un accaparement inquiétant du pouvoir par le président.

Manifestation à Port-au-Prince, le 12 janvier 2015.

Depuis plus de trois ans, de nombreuses manifestations anti-gouvernementales secouent Haïti régulièrement. Au cœur des mécontentements : le chômage endémique, la corruption qui gangrène l’administration, mais surtout la grave crise politique que connaît le pays, cinq ans après le tremblement de terre ayant fait plus de 230 000 morts.

Manifestation à Port-au-Prince, le 8 janvier 2015.

Aucune élection n’a été organisée depuis l’arrivée au pouvoir de Michel Martelly en mai 2011. Le pays n’a donc plus de maires. Ces derniers ont été remplacés par des agents exécutifs intérimaires, des personnes choisies par le pouvoir et non pas élues. En outre, les mandats de l’ensemble des députés et des deux tiers des sénateurs sont arrivés à leur terme hier. Théoriquement, Haïti ne compte donc plus de Parlement, aucun compromis politique n’ayant été trouvé à la dernière minute. Par ailleurs, le pays n’a plus de Premier ministre depuis la démission de Laurent Lamothe en décembre dernier, en raison d’un blocage entre l’exécutif et le Parlement qui empêche l’entrée en fonction de son successeur, Evans Paul.

Dimanche, le président a néanmoins signé un accord avec plusieurs partis, qui devrait permettre une sortie de l’impasse politique. Cet accord prévoit notamment la tenue de nouvelles élections avant fin 2015.

Manifestation à Port-au-Prince, le 8 janvier 2015.

"Les gens protestent car aucune élection n’est organisée"

Daniel Tercier est étudiant et journaliste à "Haïti Liberté". Il était présent lors des manifestations des 8, 11 et 12 janvier à Port-au-Prince.

Le 8 janvier, les manifestants étaient très nombreux. Ils venaient de plusieurs quartiers populaires de la capitale. Il y a eu des affrontements importants avec la police, comme lors des derniers rassemblements. Les manifestants ont lancé des pierres et des bouteilles en verre en direction des forces de l’ordre, qui ont répliqué en utilisant du gaz lacrymogène, en tirant avec des balles en caoutchouc et en lançant des pierres. François Guaumete, un jeune journaliste, a perdu connaissance en raison du gaz lacrymogène et a dû être transféré à l’hôpital. Heureusement, il va bien désormais.

 

Le journaliste François Guaumete à terre, avant d'être transféré à l'hôpital, lors de la manifestation à Port-au-Prince du 8 janvier 2015.

Les premières manifestations contre Michel Martelly se sont déroulées en octobre 2011, cinq mois seulement après son investiture. Mais les rassemblements sont désormais de plus en plus violents, en raison de la crise politique. Il n’y a plus de Parlement ni de Premier ministre. Les gens protestent car aucune élection n’est organisée et ils ne veulent pas être dirigés par décrets. [Faute de Parlement, le président pourrait en effet gouverner par décret, NDLR.]

 

Un véhicule des forces de l'ordre en marge de la manifestation à Port-au-Prince du 8 janvier 2015.

Le 11 janvier, plusieurs personnes ont été blessées lors d'affrontements avec les forces de l'ordre.

 

Cet article a été rédigé en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à FRANCE 24.