LIBAN

Au Liban, les réfugiés syriens pris au piège par la tempête Zeina

Depuis une semaine, le Liban est en partie paralysé par de fortes intempéries. Parqués dans des camps de fortune, les réfugiés syriens de la région montagneuse d’Ersal, près de la frontière syrienne, sont parmi les plus vulnérables devant cette tempête meurtrière.

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Un membre de l'ONG de notre Observateur tente d'accéder à une tente.

Depuis une semaine, le Liban est en partie paralysé par de fortes intempéries. Parqués dans des camps de fortune, les réfugiés syriens de la région montagneuse d’Ersal, près de la frontière syrienne, sont parmi les plus vulnérables devant cette tempête meurtrière.

Pour aider les réfugiés à affronter cette vague de froid, le Haut Commissariat pour les Réfugiés de l’ONU (UNHCR) a annoncé avoir notamment distribué à plus de 80 000 familles de l’aide sous la forme d’argent liquide ou de fuel. Mais les fortes chutes de neige ayant bloqué plusieurs routes, des centaines de familles vivant dans des campements isolés n’ont pu bénéficier de ces distributions.

Vendredi l’AFP a annoncé la mort de deux Syriens, dont un enfant de six ans, par hypothermie dans la zone montagneuse de Chebaa au sud-est du pays. Un bilan qui s’est alourdi ces deux derniers jours expliquent les ONG, sans pouvoir pour l’heure avancer de chiffres.

"En l’absence d’eau potable, les familles sont obligées de faire fondre la neige pour la boire"

Abdelkarim Zerzour travaille pour une Ong humanitaire à Ersal, situé dans le gouvernorat de la Bekaa.

La situation est très préoccupante dans les camps de réfugiés à Ersal, dont beaucoup sont toujours inaccessibles par la route. La municipalité a déployé quelques chasse-neige mais n’a clairement pas les moyens de dégager toutes les routes. Rien que dans la région d’Ersal, il y a plus de 80 000 réfugiés. Et sur les 80 camps répartis dans cette région, une trentaine sont toujours inaccessibles. Toutefois, la météo étant un peu meilleure depuis deux jours, les ONG ont pu multiplier le nombre de visites dans les camps auquel nous avions réussi à avoir accès.

Un homme courant avec son bébé dans la neige, à Ersal.

 

On a dû utiliser des 4x4 pour pouvoir visiter cinq camps ce week-end [samedi 10 et dimanche 11 janvier]. On s’est notamment rendu aux camps d’al-Aman, al-Wafa et al-Salam. Certaines familles étaient encore coincées dans leurs tentes à cause de la neige qui s’est accumulée sur un mètre et demi. Pendant la nuit, la température peut chuter jusqu’à -4° dehors.

Les humanitaires prennent contact avec les réfugiés.

 

"Le vent a partiellement arraché les tentes"

On était accompagné de médecins qui ont pu distribuer quelques dizaines de médicaments, notamment des vaccins contre la grippe et prodiguer des conseils aux réfugiés. Mais bien évidemment, nous n’avons pu couvrir qu’une faible partie des besoins.

À l’aide de cordes, nous avons aussi essayé de réparer des tentes que le vent a partiellement arrachées. Il y a également une inquiétante pénurie d’eau. Six réservoirs qui devaient être acheminés de Beyrouth en camions sont toujours bloqués à des dizaines de kilomètres de la zone. Même le Haut comité des réfugiés des Nations Unies, qui dispose d’une logistique plus importante, n’a pas pu acheminer l’eau vers ces camps. En l’absence d’eau potable, les familles sont obligées de faire fondre la neige pour la boire.

On outre, nous n’avons aucune nouvelle des réfugiés qui sont dans le Jurd de Ersal, [zone de la plaine de la Bekaa où des affrontements entre l’armée libanaise et des jihadistes ont eu lieu la semaine dernière]. L’armée ne nous autorise pas à accéder à cette zone et nous n’arrivons pas à avoir les réfugiés sur place au téléphone.

En fin de semaine dernière nous avons pu distribuer du fuel à cinq mille tentes environ, à raison de 10 litres par famille. Mais nous n’avons pas pu le faire depuis car les pompes de la ville d’Ersal sont à sec, le carburant venant habituellement de Beyrouth. Les réfugiés grelotent de froid. Dans la zone d’Ersal, on nous a signalé la mort de quatre enfants par hypothermie ces deux derniers jours. Nous sommes parvenus à nous procurer des boîtes de lait pour les bébés qui sont les plus vulnérables. Cette aide est bien évidemment très insuffisante. Si la communauté internationale ne se mobilise pas rapidement, je crains qu’on se dirige vers une crise humanitaire.

Toutes les photos non siglées ont été postées ici.

Au Liban, les réfugiés syriens sont principalement pris en charge par les organisations internationales comme l'UNHCR et l'UNICEF et survivent aujourd’hui grâce aux aides internationales. Après cette tempête, le ministre libanais de la santé Wael Abou Faour, a toutefois accusé les ONG d’avoir "disparu " alors que les intempéries frappaient.

 

Le Liban fait toujours face à un afflux de réfugiés syriens sans précédent depuis mars 2011. Leur nombre est évalué à prés d'un million et demi.