LIBYE

Les côtes libyennes en pleine guerre du pétrole

Depuis la mi-décembre, les milices islamistes et l’armée libyenne se livrent une guerre sans merci pour le contrôle des terminaux pétroliers situés dans l’est de la Libye, et qui constituent la colonne vertébrale de l’économie du pays.

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Des pompiers en train d’éteindre l’incendie du terminal pétrolier de Al-Sedra, à l’est de la Libye. Photo postée le 29 décembre 2013 sur Twitter.

Depuis la mi-décembre, les milices islamistes et l’armée libyenne se livrent une guerre sans merci pour le contrôle des terminaux pétroliers situés dans l’est de la Libye, et qui constituent la colonne vertébrale de l’économie du pays.

État riche en pétrole, la Libye est dirigée par deux gouvernements qui s’affrontent pour le contrôle des ressources économiques. L’un, proche des milices de "Fajr Libya"(Aube de la Libye), est une coalition armée constituée essentiellement de groupes islamistes, et l’autre est reconnu par la communauté internationale et siège à Tobrouk, dans l’est du pays.

Les milices de "Fajr Libya" tentent depuis mi-décembre de prendre le contrôle des principaux terminaux de la région dite du Croissant pétrolier à l’est du pays, à savoir les ports d’Al-Sedra, Ras Lanouf et Brega. Elles font aussi face à l’opposition farouche de l’armée libyenne.

Le 25 décembre, Aube de la Libye a lancé une attaque à la roquette contre le terminal pétrolier d’Al-Sedra, provoquant un impressionnant incendie. Il aura fallu 70 pompiers et neuf jours de travail pour parvenir à maitriser les flammes.

Lundi, les combats se sont étendues à la ville côtière de Derna, un des fiefs des islamistes à l’est du pays. Les forces aériennes libyennes ont bombardé un tanker qui se rendait au port depuis Brega avec 1 600 tonnes de pétrole.

La joie des pompiers après l’extinction de l’incendie.

"On estime la quantité de pétrole partie en fumée dans cet incendie à 2 millions de barils"

Moussa el Magherbi travaille pour une entreprise qui s’occupe du traitement du pétrole à Brega.

Le terminal pétrolier d’Al-Sedra qui a été attaqué est le poumon de l’économie libyenne. Il dispose d’une capacité totale de stockage de 6,2 millions de barils. Et en temps normal, il écoule la plus grosse quantité de pétrole en Libye, avec une production allant de 600 000 à 800 000 barils par jour. Mais depuis le début des troubles à la mi-décembre elle était tombée à 300 000 barils par jour. Et sa production va encore dégringoler car le feu a endommagé sept des 19 réservoirs du terminal.

On estime la quantité de pétrole partie en fumée dans cet incendie à 2 millions de barils. Cela représente une perte énorme pour l’économie libyenne surtout qu’il s’agit du Brent qui est un pétrole de qualité supérieure et bien coté sur le marché international.

Mais le plus dramatique, c’est que l’État libyen ne peut plus jouir des revenus du pétrole à cause de la crise politique. Après avoir pris le contrôle de Tripoli en août dernier, les milices de "Fajr Libya "[originaires de Misrata] ont aussi pris le contrôle du site de la compagnie pétrolière nationale NOC à Tripoli et nommé leur propre ministre du Pétrole, Machallah al Zaoui. Mais surtout, ils ont mis la main sur la banque centrale libyenne où sont habituellement transférés les revenus du pétrole.

Le Premier ministre reconnu par la communauté internationale, Abdullah al-Thinni, actuellement réfugié à Tobrouk a répliqué en limogeant le gouverneur de la banque centrale, Al-Seddik Omar al-Kebir. Il a nommé à la place un nouveau gouverneur, Ali al-Hibri qui n’est pas sur place. Bien évidemment, le gouvernement soutenu par les milices islamistes a rejeté cette nomination et maintenu al-Kebir à son poste.

De toute façon, l’argent du pétrole est aujourd’hui en quelque sorte gelé car les deux gouvernements ont un accord tacite pour ne l’utiliser que pour le versement des salaires des fonctionnaires et la subvention de certains aliments.

Ali al-Hibri vient toutefois d’annoncer qu’il envisageait de mettre en place une banque centrale alternative à al Bayda à l’est du pays, où seront versés les revenus du pétrole.

Ce dernier a récemment indiqué qu’il serait "très facile "de transférer les revenus du pétrole vers des comptes que son gouvernement contrôle. Il a toutefois affirmé préférer parvenir à un "accord "sur la question avec les autorités de Tripoli soutenues par les islamistes. "Si on prend le contrôle de ces comptes, les milices pourraient réagir très violemment, et une guerre pourrait éclater", a-t-il confié au Financial Times.

L'ONU a annoncé le report lundi d’une réunion de dialogue entre les deux parties, prévue initialement lundi 5 janvier, sans qu’une nouvelle date soit fixée. Ce report est notamment dû au fait qu’il était difficile de trouver "un lieu qui réponde à tous les impératifs de sécurité ", a expliqué un porte-parole de l’ONU. Une première phase de dialogue avait eu lieu en septembre, sans donner de résultats.