Photo du sit-in des habitants d'Imider, postée sur Facebook.

Des dizaines de villageois campent depuis plus de trois ans sur une colline du massif du Haut Atlas, au Maroc, pour protester contre une entreprise minière qui pollue leur région.

Les habitants de la commune berbère d’Imider dénoncent depuis plusieurs années les rejets polluants de la Société Métallurgique d’Imider (SMI) qui exploite une mine d’argent parmi les plus importantes d’Afrique. Ces villageois, qui vivent principalement de l’agriculture, exigent de l’entreprise qu’elle cesse d’inonder leurs cours d’eau de produits toxiques et qu’elle offre davantage de travail aux locaux.

Après plusieurs mois de négociations infructueuses avec l’entreprise, ils ont décidé en août 2011 de fermer le robinet du principal réservoir d’eau qui approvisionnait la mine, situé sur le mont Alebban. Et depuis, ils campent sur place, de manière tournante, dans l’espoir que leurs revendications soient un jour entendues par les autorités.

Le 30 novembre 2014, des dizaines d’habitants ont organisé une marche pour protester contre la répression de leur mouvement. Ils réclamaient notamment la libération de plusieurs activistes arrêtés au cours de manifestations ces dernier mois.

Vidéo de la marche organisée le 30 novembre 2014.

"Cette entreprise rejette des produits hautement toxiques, comme le mercure et le cyanure"

Moha est un habitant d’Imider qui participe au sit-in.

Depuis que nous avons fermé le robinet d’eau, nous n’avons jamais quitté le mont Alebban. Les habitants se relaient jour et nuit pour occuper le site et nous y avons même construit des baraques pour pouvoir être ici en permanence.

Le réservoir [bloqué par les manifestants] d’une capacité de 1600 mètres cube servait à stocker l’eau d’un puits creusé par cette entreprise en 2004. Pour assurer sa production, la mine pompait 24 litres par seconde. Ce qui a provoqué au fil du temps l’assèchement de la source dont se servait les agriculteurs. Devant le manque d’eau, ces derniers ont donc été obligés d’abandonner leur activité et des familles se sont retrouvées au chômage.


Sur ce panneau, on peut lire :"Sit-in d'Imider". Photo transmise par Brahim Oummad. Photo postée sur la page Facebook du mouvement.

Depuis que nous avons fermé ce réservoir, l’entreprise a creusé des puits dans d’autres zones, mais a dû réduire sa consommation d’eau. Sa productivité a donc baissé d’environ de 40 %. Notre action a porté ses fruits, d’autant que les puits des habitants commencent de nouveau à se remplir.


Les habitants ont organisé une marche fin novembre 2014 pour protester contre l'entreprise minière. Photo postée sur la page Facebook du mouvement.

Nous exigeons que cette entreprise prenne aussi des mesures sérieuses pour réduire la pollution, car elle rejette des produits hautement toxiques, comme le cyanure et le mercure. Ces produits s’infiltrent dans la nappe phréatique et polluent l’eau potable des villageois. La mine utilise aussi une cheminée pour rejeter un gaz que les habitants respirent en permanence.


Vidéo montrant le gaz rejeté par la mine.


Nous craignons que ces déchets provoquent des maladies respiratoires chroniques, des cancers, des maladies de la peau. Malheureusement, nous n’avons pas les moyens pour faire une étude sur l’impact de la mine sur notre santé.

Et puis les villageois exigent de l’entreprise qu’elle emploie davantage de locaux. En vertu d’un accord signé avec le syndicat local en 1994, elle doit recruter prioritairement les enfants de ses mineurs. Mais elle n’a aucune obligation d’employer des jeunes de la région. De 2004 à 2013, l’entreprise n’a donc octroyé aucun poste aux habitants d’Imider. En 2013, elle a donné 40 postes à des locaux, mais cela s’est fait après des négociations avec des élus, sans que les habitants soient impliqués. À ce jour, 14 % seulement des travailleurs de cette entreprise, qui emploie environ 10 000 personnes, sont originaires d’Imider.
L’entreprise SMI affirme de son côté que 40 % de ses employés proviennent des villages avoisinants. Les habitants d’Imider contestent ce chiffre en expliquant qu’il inclut des villes lointaines comme Ouarzazate, située à 140 kilomètres. SMI soutient également avoir réalisé des études qui indiquent que la mine ne nuit pas à l’environnement. Selon les activistes locaux, ils n'ont jamais eu connaissance de telles études.