Maroc, expulsion

L’appel à l’aide de villageois marocains expulsés

Les dernières maisons des habitants du hameau de Ouled Dlim, au sud de Rabat, ont été détruites le 18 décembre pour pouvoir lancer un programme immobilier. Certains de ces villageois sont aujourd’hui à la rue et tentent de se faire entendre auprès des autorités pour obtenir un toit et une compensation décente.

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Photo prise par Fayrouz Yousfi, le 20 décembre à Ouled Dlim.

Les dernières maisons des habitants du hameau de Ouled Dlim, au sud de Rabat, ont été détruites le 18 décembre pour pouvoir lancer un programme immobilier. Certains de ces villageois sont aujourd’hui à la rue et tentent de se faire entendre auprès des autorités pour obtenir un toit et une compensation décente.

L’expropriation des habitants de Ouled Dlim a commencé en mars 2014. Une trentaine de familles avait alors été expulsée de leur village par les forces de l’ordre, soutenues par le service de sécurité de la société d’aménagement Ryad. C’est cette entreprise publique qui a racheté les terrains au ministère de l’Intérieur pour y construire de nouveaux immeubles d’habitation et de bureaux. Les derniers habitants ont dû quitter les lieux il y a deux semaines.

Un rassemblement de solidarité pour les habitants du douar Ouled Dlim le 28 décembre 2014.

Mais la tribu Guich Ouadaya revendique la propriété de ces terres, qui leur auraient été attribuées, selon eux, en 1838 par le sultan Moulay Abderrahmane pour les remercier de leur loyauté. "Un titre foncier le prouve", affirme Soraya El Kahlaoui, sociologue et membre du collectif Droit au Logement au Maroc, mais "l’État a profité d’un vide juridique pour les vendre".

Ce n’est pas la version des autorités. Pour Hassen Bensaïd, fonctionnaire à la direction des Affaires rurales au ministère de l’Intérieur, contacté par France 24, "C’est la loi. Les terres collectives sont toujours sous la tutelle du ministère de l’Intérieur".  Il ajoute que " ce titre foncier est bien au nom de la collectivité Guich Oudaya, mais pour intenter un quelconque procès, il faudrait l’accord de toutes les personnes qui bénéficient d’un droit sur ce titre et ce n’est pas le cas."

Vidéo de Soraya El Kahlaoui qui s’est rendue au douar Ouled Dlim le 19 décembre. La veille, les dernières maisons ont été rasées.

Certains villageois se retrouvent aujourd’hui sans abri et sans terre à cultiver. Dimanche 28 décembre, ils ont organisé un petit rassemblement de solidarité, soutenus par quelques militants des droits de l’Homme. Ils affirment ne pas avoir été indemnisés correctement pour la saisie de leurs biens. Une convention signée en 2003 par les ministères de l’Intérieur, des Finances et la Caisse de dépôt et de gestion, prévoyait en effet des logements pour chaque foyer expulsé ainsi que des dédommagements financiers conséquents.

Selon Soraya El Kahlaoui, militante au sein du collectif Droit au Logement au Maroc, ces promesses n’ont pas été tenues. Certains habitants se sont par exemple vu offrir un terrain non bâti  pour compenser la perte de leur maison. D'autres affirment n'avoir reçu aucune compensation.

"Nous vivons dehors avec des vieillards et des enfants"

Abdallah, 40 ans, vit dehors, devant le terrain de douar Ouled Dlim d’où il a été expulsé le 6 mars 2014.

Des policiers sont rentrés chez moi. Ils nous ont sorti de force, ma femme et moi, mes frères et leurs familles, puis ils ont jeté nos affaires avant de détruire nos maisons. Nous avions reçu un préavis d’un mois avant notre expulsion, mais on nous a dit qu’il n’y avait pas de logement de remplacement pour nous. Je sais pourtant qu’en 2006, des villageois ont reçu des terrains à Temara et que certains ont même obtenu en plus entre 20 et 40 mille dirhams [2 000 à 4 000 euros]. Mais nous sommes 126 familles à n'avoir rien eu. Quand on demande des compensations aux autorités locales, on nous répond qu’il n’y a plus rien à donner.

Photo prise par Fayrouz Yousfi, le 28 décembre à Ouled Dlim.

"Nous dormons par terre sur des couvertures."

J'avais seize vaches, je les ai vendues quand ils m'ont expulsé, je n’avais plus d’endroit où les garder. Je vivais avec ma femme dans une petite maison, près de mes sept frères qui ont chacun des femmes et des enfants. Aujourd’hui, nous vivons tous dehors dans la rue. Il y a des handicapés, des vieux de 90 ans. Nous n’avons rien pour nous protéger. Nos tentes, données par des associations, ont été brûlées par les forces de l’ordre il y deux jours. Ils ont même emporté nos matelas et les seuls meubles qui nous restaient. Nous dormons sur des couvertures à même le sol et pour nous réchauffer, chaque soir, nous allumons un feu. C’est grâce aux associations que nous arrivons à tenir. Les enfants ne vont même plus à l'école. Nous, tout ce que l’on demande, c’est un logement.

Cet article a été écrit en collaboration avec Amira Bouziri (@AmiraB22), journaliste à France 24.