PAKISTAN

Des Pakistanais exigent qu’un chef de mosquée dénonce le massacre d’écoliers

Cent-trente-deux enfants ont été tués par des Taliban pakistanais lors de l’attaque d’une école à Peshawar en début de semaine. Mais ce n’était pas suffisant pour convaincre le responsable de la Mosquée rouge d’Islamabad, l’une des plus grandes mosquées publiques du pays, de dénoncer les Taliban. Des centaines d’habitants de la capitale ont alors décidé qu’ils ne pouvaient pas laisser passer ça, et ont manifesté devant la mosquée jeudi 18 décembre au soir pour exiger qu’il dénonce le massacre.

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Photo publiée par Shahid Khan sur la page Facebook de la manifestation. 

Cent-trente-deux enfants ont été tués par des Taliban pakistanais lors de l’attaque d’une école à Peshawar en début de semaine. Mais ce n’était pas suffisant pour convaincre le responsable de la Mosquée rouge d’Islamabad, l’une des plus grandes mosquées publiques du pays, de dénoncer les Taliban. Des centaines d’habitants de la capitale ont alors décidé qu’ils ne pouvaient pas laisser passer ça, et ont manifesté devant la mosquée jeudi 18 décembre au soir pour exiger qu’il dénonce le massacre.

Le responsable de la Mosquée rouge, Maulana Abdul Aziz – responsable d’une mosquée publique payée par l’État – est un personnage hautement controversé. En 2007, il s’est fait connaître quand ses disciples ont voulu imposer la charia par la force dans les rues de la capitale. Cela s’est soldé par deux jours de siège de la mosquée, avec Aziz et ses disciples armés enfermés à l’intérieur, et les forces de l’ordre donnant l’assaut. Il a tenté de fuir en portant une burqa, mais s’est fait intercepter. Plus de 100 personnes sont mortes dans l’assaut.

Malgré tout cela, Aziz a été relâché sous caution en 2009 et a vite repris son ancien poste. La plupart des charges retenues contre lui ont été abandonnées. Depuis, il a continué à susciter la controverse. Au mois d’avril dernier, il a baptisé l’une des bibliothèques appartenant à la mosquée la "bibliothèque Oussama Ben Laden", et a affirmé qu’il avait rencontré le terroriste avant sa mort. La semaine dernière, il a exprimé son admiration pour les objectifs de l’organisation de l’État Islamique. Et cette semaine, dans une interview télévisée, il a refusé de condamner l’attaque de Peshawar.

Video filmée par notre Observateur.

"Il est enfin venu le temps où les Pakistanais ne peuvent plus rester silencieux devant une telle haine"

Safeer Ullah Khan est un directeur de théâtre qui a pris part aux manifestations à la Mosquée rouge jeudi soir.

Je suis allé à de nombreuses manifestations à Islamabad, et il n’y a généralement pas plus de quinze ou vingt personnes… Quand il y a en a 50 ou 60, ici, c’est une grande réussite. Mais la nuit dernière, nous étions des centaines ! Je ne m’y attendais pas du tout, et ca m’a donné beaucoup d’espoir. Il me semble qu’il est enfin venu le temps où les Pakistanais ne peuvent plus rester silencieux devant une telle haine. Et qui plus est de la part du responsable d’une mosquée publique, qui est payé avec nos impôts ! C’est insensé qu’il soit toujours à son poste, mais il est évident qu’il a des amis haut placés…

Les manifestants devant les grillages de la mosquée. Photo publiée par Shahid Khan sur la page Facebook de la manifestation.

Pendant la manifestation, la police a fait tampon entre les étudiants de la mosquée et les manifestants. À un moment donné, un mollah est venu nous voir. Mais il ne voulait pas dialoguer : il voulait juste donner un sermon, comme à son habitude à la mosquée… Comme si on allait tous l’écouter sagement. Au lieu de ça, nous avons scandé nos slogans.

Nos avons deux revendications : d’abord, nous voulons qu’Aziz s’excuse et dénonce les terroristes qui ont tué nos enfants. Deuxièmement, nous voulons que les autorités l’arrêtent pour trahison, puisqu’il dit ouvertement qu’il est du côté des terroristes et contre la Constitution de notre nation.

Plutôt que de l’appeler Maulana (ou Mulana) Abdul Aziz, certains l’appellent Mulana Burqa pour se moquer de lui, en référence à la burqa qu’il a portée pour tenter de fuir le siège de sa mosquée en 2007. Photo publiée par Shahid Khan sur la page Facebook de la manifestation.

 

"Nous manifesterons tous les soirs jusqu'à ce que l'on obtienne une réaction"

Évidemment, vu le personnage, je ne pense pas qu’il va changer d’avis. Mais nous avons espoir que notre mobilisation montre aux hommes religieux à travers le pays que le peuple ne restera pas silencieux. Ils devront y penser à deux fois avant d’excuser les actes terroristes. Aziz n’est pas le seul responsable de mosquée qui se comporte comme ça – il en existe à travers le Pakistan qui défendent les terroristes. Certains les cachent même dans leurs mosquées.

Les manifestants allument des bougies en honneur des victimes de Peshawar. Photo publiée par Shahid Khan sur la page Facebook de la manifestation.

Nous comptons continuer à manifester tous les soirs jusqu’à ce que l’on obtienne une réaction, et j’espère que cette mobilisation s’étendra à d’autres villes du pays. Ce sera intéressant de voir comment les autorités vont réagir, s’ils vont tenter de réprimer les manifestations – ils ont déjà annoncé qu’ils poursuivaient plusieurs manifestants pour trouble à l’ordre public…

Article écrit en collaboration avec Gaelle Faure (@gjfaure), journaliste à France 24.