Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, des migrants afghans sont forcés de pratiquer des exercices militaires et humiliés par un présumé officier de police iranien. Des images extrêmes, mais qui symbolisent bien les discriminations dont souffrent les Afghans en Iran, selon notre Observateur.

Dans la vidéo de trois minutes, un homme hors du champ insulte un groupe de migrants afghans. Ces derniers effectuent des exercices militaires dans un parking.


En persan, l’homme les traite de "vaches ", puis s’adresse individuellement à l'un d'entre eux en leur demandant "Est-ce que je suis une bonne personne ? Est-ce que tu m’aimes bien ?". Un des migrants lui répond "Oui, je t’aime bien", visiblement sous pression, avant que l’officier ne le questionne :

- Moi aussi je t’aime bien… tu es un bon garçon… quel âge as-tu ?
- 18 ans.
- Depuis combien de temps es-tu ici en Iran ?
- Je suis là depuis peu. C'est la première fois que je viens ici.
- Où as tu été arrêté ?
- (réponse inaudible)

Puis l’officier passe à une personne différente et repose des questions similaires, avant de demander à l’ensemble du groupe de clamer "Je t’aime, sergent !". Il leur répond qu'il les aime aussi. Il leur fait enfin reprendre les exercices physiques en leur demandant de répéter de plus en plus fort la même phrase.

La vidéo a commencé à circuler sur Facebook il y a quelques jours, mais il est impossible de savoir exactement quand elle a été filmée. Les uniformes de police d'hommes qui passent au second plan à la fin de la vidéo laissent supposer qu’elle a bien été filmée en Iran. Dans le fond, on aperçoit sur des véhicules garés des plaques d’immatriculation vertes, généralement présentes sur des véhicules de police en Iran. L’endroit pourrait ressembler à une station de police ou à un camp de détention de migrants.

Plusieurs médias iraniens, et notamment un média proche des gardiens de la Révolution, ont rédigé des articles à propos de cette vidéo condamnant ces abus et demandant que les coupables soient identifiés et punis.

"Avec ce genre de vidéos, le sentiment anti-iranien se développe en Afghanistan"

Mossadegh Parsa est un Afghan qui habite à Kaboul, où il est étudiant. Plus jeune, il a vécu en Iran et a encore beaucoup d’amis qui vivent là-bas.

Les enfants d’Afghans entrés légalement en Iran ont le droit d’aller à l’école. Cependant, certaines écoles refusent tout de même de les accueillir. Par ailleurs, si l’enfant est né en Iran de deux parents afghans qui sont rentrés illégalement dans le pays, l’enfant est considéré comme apatride et ne peut pas non plus aller à l’école.

Les abus de la part de la police sont particulièrement fréquents, en particulier dans les camps où les migrants afghans sont détenus avant d’être expulsés. De nombreux cas de violences et de scènes d’humiliation avaient déjà été rapportés auparavant [notamment par Human Rights Watch, NDLR ]. La discrimination envers les Afghans ne vient pas seulement des policiers, mais aussi du sommet de l’État. L’ancien président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a un jour décrit les Afghans comme "des invités qui veulent dégager leur hôtes de leur propre maison".

L’Iran exécute chaque année énormément d’Afghans, principalement pour des accusations de trafic de drogue [ces sanctions concernent également les enfants âgés au minimum de 15 ans, NDLR]. La sentence est souvent complètement disproportionnée par rapport aux charges retenues. En Iran, même les Afghans qui n’ont rien à voir avec le trafic de drogue sont souvent considérés comme des dealers.

Moi qui ai vécu dans les deux pays, Afghanistan et Iran, ça me rend triste de voir les relations entre nos deux peuples se détériorer, car ce sont deux pays qui ont une histoire et une culture très proche.
 

Les autorités iraniennes estiment que 1,4 million d’Afghans vivent actuellement en Iran et ont récemment annoncé vouloir expulser 760 000 d’entre eux.


Cet article a été rédigé en collaboration avec Ershad Alijani (@ErshadAlijani), journaliste à FRANCE 24. Traduit en français par Alexandre Capron (@alexcapron).