GRÈCE

Réfugiés syriens en Grèce : "Des conditions de vie décentes, ou laissez-nous partir !"

 Environ 200 réfugiés syriens manifestent nuit et jour depuis presque une semaine devant le Parlement grec à Athènes pour réclamer des conditions d’accueil décentes. La plupart d’entre eux ne reçoivent aucune aide du gouvernement grec pour se nourrir, se loger, ou couvrir les frais liés à la santé. Depuis lundi matin, ils ont entamé une grève de la faim, espérant ainsi mieux se faire entendre.

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Environ 200 réfugiés syriens manifestent nuit et jour depuis presque une semaine devant le Parlement grec à Athènes pour réclamer des conditions d’accueil décentes. La plupart d’entre eux ne reçoivent aucune aide du gouvernement pour se nourrir, se loger, ou couvrir les frais liés à la santé. Depuis lundi matin, ils ont entamé une grève de la faim, espérant ainsi mieux se faire entendre.

Des réfugiés syriens en grève devant le Parlement grec. Source: Yannis Baboulias. Precarious Europe.

La Grèce est, comme l’Italie et l’Espagne, un point d’entrée pour les réfugiés syriens dans l’Union européenne. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), le nombre de réfugiés en Grèce a augmenté de 223 % début 2014 par rapport au début 2013. Ils étaient environ 8 000 à pénétrer sur le territoire grec en 2013 et près de 29 000 lors des dix premiers mois de 2014. La majorité d’entre eux sont syriens. Un fardeau pour des pays en grave crise économique comme la Grèce, qui souhaiterait se soulager avec l'aide d’autres pays européens.

Jusqu’en juin 2013, les dysfonctionnements du système d’asile grec étaient tels que quasi aucun requérant n’obtenait l’asile. Le système a depuis été réformé, et le taux de réponses positives aux demandes d’asile des Syriens s’élève maintenant à 99,3 %, selon les chiffres officiels. Mais ils sont peu nombreux à demander l’asile en Grèce. Car s’ils y obtenaient l’asile, ils ne pourraient ensuite résider dans aucun un autre pays européen – à moins d’y avoir de la famille proche et de demander le regroupement familial.

De jeunes filles syriennes en grève devant le Parlement grec. Source: Yannis Baboulias. Precarious Europe.

Aussi, nombre de manifestants présents devant le Parlement ne demandent pas à accéder à l’asile en Grèce, mais de vivre dans des conditions décentes et d’obtenir des documents qui leur permettraient d’accéder à d’autres pays européens prêts à les accueillir. C’est le cas de notre Observateur, Jalal, 19 ans, Syro-Palestinien de Damas.

"Je n’ai plus beaucoup d’argent ; je risque de me retrouver à la rue"

Je suis arrivé de Turquie en bateau. Ma sœur, mon frère et moi avions payé 1 250 euros à un passeur pour rejoindre la Grèce. Je suis ici depuis trois mois maintenant. Ma sœur et mon frère sont maintenant en Norvège. Ils ont payé 9 000 euros à eux deux pour rejoindre la Norvège. Je n’ai pas pu y aller. Le passeur, un Syrien rencontré dans un café en Grèce, réclamait trop d’argent. Je suis resté seul à Athènes. Je vis dans un hôtel avec d’autres réfugiés syriens. Mais je n’ai plus beaucoup d’argent. Je risque de me retrouver à la rue comme beaucoup d’autres Syriens.

Un enfant joue au milieu des manifestants syriens devant le Parlement grec. Source: Yannis Baboulias. Precarious Europe.

Certains Syriens ont fait une demande d’asile depuis deux ans. Ils ont accès à un petit quelque chose. Certaines familles ont pu avoir un logement, une assistante médicale, mais une fois qu’ils accèdent au statut officiel de réfugié, ils perdront ces droits. Et il n’y a pas de travail en Grèce. Comment feront-ils ensuite ? Moi, je ne veux pas être réfugié en Grèce. Je veux rejoindre la Norvège et faire une demande depuis là-bas. Cela fait aussi partie de nos demandes. Nous permettre de rejoindre d’autres pays de l’Union européenne, où nous aurons la possibilité d’avoir de meilleures conditions de vie. Moi, j’ai un baccalauréat en poche. Je veux pouvoir étudier puis travailler. Je n’ai pas quitté un pays en guerre pour vivre dans la misère.

Nous espérons que le gouvernement grec nous écoutera. Au début, nous avions peur de manifester. Mais nous avons bravé la peur. Nous sommes chaque jour plus nombreux. Des citoyens grecs nous apportent des couvertures et de la nourriture. Nous sommes en grève de la faim depuis lundi matin. Alors seuls les enfants mangent. Nous, nous nous contentons de boire de l’eau dans laquelle nous avons dilué du sucre si nous nous sentons mal. Quatre personnes ont été hospitalisées, lundi. C’est dur mais nous resterons là. Et je crois que nous commençons à nous faire entendre. Des organisations comme UNHCR sont venues s’informer de nos demandes. Des membres de l’opposition en Grèce, notamment du parti de gauche Syriza, nous ont apporté leur soutien. C’est bon signe !

Cet article a été écrit en collaboration avec Dorothée Myriam KELLOU(@dorakellou), journaliste à France 24.