À Nairobi (Kenya), ces femmes sont descendues dans les rues lundi pour revendiquer leur droit de s'habiller comme elles le désirent. Photo publiée sur Twitter par @MissMandii.

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté lundi 17 novembre dans les rues de Nairobi, au Kenya, pour dénoncer les violences sexuelles à l’encontre des femmes. Récemment, trois d’entre elles ont été agressées et déshabillées en pleine rue par des hommes qui estimaient qu’elles étaient vêtues de façon indécente.

Organisé à l’appel du groupe Kilimany Mums, le défilé a rassemblé des femmes portant mini-jupes, robes, pantalons ou encore hijabs. Le but ? Rappeler que les femmes devraient pouvoir s’habiller comme elles le souhaitent, sans craindre d’être jugées, insultées ou agressées dans la rue. De nombreux hommes ont également participé à la manifestation, en robe et en jupe pour certains d’entre eux, afin d’afficher leur soutien aux victimes de ces agressions.

Le photojournaliste et activiste Boniface Mwangi (@bonifacemwangi) a décidé de porter une robe ce lundi, afin de soutenir les revendications des femmes. Photo publiée sur Twitter par @ElijahKanyi.

"Des femmes kenyanes courageuses ont marché aujourd'hui et clamé "Ma robe, mon choix". On est à leurs côtés." Photo publiée sur Twitter par @bonifacemwangi.

"Qu'elles portent un boubou ou une mini-jupe, faisons en sorte que nos femmes se sentent en sécurité". Photo publiée sur Twitter par @WillisRaburu.

Le 7 novembre, une première femme avait été violemment déshabillée par plusieurs hommes à côté d’un arrêt de bus, à Nairobi. Postée sur Internet la semaine dernière, la vidéo de l’agression avait choqué et provoqué une cascade de réactions indignées sur les réseaux sociaux, via le hashtag #MyDressMyChoice (Ma robe, mon choix). Une enquête est en cours afin de faire la lumière sur cette agression. Des scènes similaires se sont produites vendredi, à Mombasa (sud), et durant le week-end dans la capitale.

Capture d'écran de la vidéo de l'agression d'une femme à Mombasa, vendredi dernier.

"Considérer que la tenue d'une femme est 'décente' ou non, c'est très subjectif"

Miss Mandii (pseudonyme), une présentatrice de radio se décrivant comme "féministe", a participé à la manifestation lundi.

Avant de me rendre au rassemblement, j’ai demandé à quelques amies comment elles comptaient s’habiller. J’ai finalement décidé de mettre une jupe, comme un certain nombre de femmes, tandis que d’autres portaient un pantalon. On voulait faire passer le message suivant : les femmes doivent pouvoir s’habiller comme elles le souhaitent, sans avoir peur d’être agressées. Les hommes doivent nous respecter, car nous sommes des êtres humains, et non des objets. On vit dans une société encore très patriarcale. Certains estiment que les femmes doivent s’habiller de manière "décente". Mais cette notion est très subjective.

Il y avait quasiment autant d’hommes que de femmes dans la manifestation. En marge du défilé, quelques hommes ont proféré des insultes à notre égard. Certains ont essayé de nous toucher. Heureusement, des manifestants nous ont protégées et aucune d’entre nous n’a été attaquée.

#MyDressMyChoice

Une vidéo publiée par Miss Mandi (@missmandii) le

Vidéo de la manifestation à Nairobi, publiée par Miss Mandii sur
Instagram.

Il y avait peut-être déjà eu des cas de femmes déshabillées comme ça dans la rue, mais c’est la première fois qu’une vidéo de ce genre est diffusée et commentée à une telle échelle, grâce à Internet.

J’ai moi-même déjà été harcelée à plusieurs reprises, notamment dans un marché de Nairobi. Je me suis fais siffler par des jeunes hommes sur le parking. Ça arrive à beaucoup de femmes, mais les autorités prennent souvent ces problèmes de harcèlement à la légère.

Le gouvernement n’a pas vraiment réagi à la suite des récentes agressions donc on voulait aussi lui adresser un message. On veut que la protection et la sécurité des femmes soient renforcées, et que les responsables de ces violences soient arrêtés et poursuivis. Aujourd’hui, on a défilé pour l’ensemble des femmes, pas uniquement pour celles vivant à Nairobi.

Au Zimbabwe voisin, une manifestation similaire avait été organisée début octobre, pour défendre le droit des femmes de s’habiller comme elles le souhaitent.

Manifestation à Nairobi, ce lundi. Photo publiée sur Twitter par
@wambuiwaithaka.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Chloé Lauvergnier, journaliste à France 24 (@clauvergnier).