LIBYE

Benghazi, une ville qui part en fumée

Berceau de la révolution contre Mouammar Kadhafi et capitale libyenne de la culture en 2013, Benghazi, dans l’est de la Libye, s’est transformé depuis la mi-octobre en vaste champ de bataille entre les milices islamistes et l’armée libyenne qui tente de les déloger. Impact d’obus, rues désertées, notre Observateur ne reconnaît plus sa ville.

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Une rue du quartier Salmani. Photo postée sur Facebook.

Berceau de la révolution contre Mouammar Kadhafi et capitale libyenne de la culture en 2013, Benghazi, dans l’est de la Libye, s’est transformé depuis la mi-octobre en vaste champ de bataille entre les milices islamistes et l’armée libyenne qui tente de les déloger. Impact d’obus, rues désertées, notre Observateur ne reconnaît plus sa ville.

Le 15 octobre, les forces spéciales du général à la retraite Khalifa Haftar, alliées à l'armée libyenne, ont lancé une offensive contre les milices islamistes qui administraient Benghazi, ainsi que plusieurs groupes jihadistes satellitaires. Un bilan établi par le centre médical de Benghazi en début de semaine dernière fait état de 32 personnes décédées dont plusieurs civils, dans les violences.

Une rue du quartier Salmani. Photo postée sur Facebook.

Mustapha A. (pseudonyme) est médecin et habite Benghazi.

Les combats se poursuivent à Benghazi mais la situation est relativement calme depuis environ trois jours. C’est dans le quartier al-Sabri et le marché aux poissons près du port que les affrontements sont les plus violents, car l’armée y encercle les milices islamistes depuis plusieurs jours.

La ville tourne au ralenti. À partir de 5 heures de l’après-midi, Benghazi se transforme en ville fantôme. Tous les magasins ferment et les habitants se cloîtrent chez eux. Il ne reste que les jeunes des comités de quartier qui installent des check-points pour surveiller les allées et venues, armes à la main. En revanche, écoles, usines, universités, administration, tout cela est fermé à Benghazi.

Ces combats ont des conséquences désastreuses non seulement sur la population mais aussi sur le patrimoine architectural qui part en fumée. La rue de Venise, la plus prestigieuse artère de Benghazi qui compte les restaurants les plus huppés et les magasins les plus luxueux de la ville, est le théâtre de combats entre les forces de la brigade "204 tanks" affiliées à l’armée et la brigade islamiste du 17 février qui a son QG non loin. Cette rue, autrefois prisée par les habitants est aujourd’hui un paysage de désolation. Pratiquement tous les habitants ont été évacués par le Croissant rouge libyen.

La rue de Venise avant les affrontements. Photo postée sur Twitter.

La rue de Venise, en novembre 2014. Photo postée sur Twitter.

L’hôpital al-Joumhourya, le plus vieil hôpital de Benghazi qui était une caserne militaire durant la Seconde Guerre mondiale, a été touché par des tirs de balles car il est situé dans le quartier al-Sabri où les combats sont les plus violents. L’hôpital a été évacué il y a une semaine mais on a peur que le bâtiment subisse des dommages plus sérieux encore.

Le phare Akhribiche [plus vieil édifice de la ville dont la construction remonte à l’époque ottomane, NDLR], principal monument historique de Benghazi n’a pas non plus été épargné par les violences. L’une des façades a été endommagée par un tir d’obus vendredi dernier.

Phare de Akhribiche touché par un obus.

L’université de Benghazi est un véritable symbole pour les Libyens car c’est la plus ancienne université de Libye. Elle a ouvert ses portes dans les années 50 et la plupart des hommes politiques et intellectuels libyens en sont issus. Malheureusement, les membres de la brigade "Saeqa" (éclair) affiliées à l’armée et les milices du 17 février se sont battus à l’intérieur du campus provoquant un l’incendie et la destruction de l’édifice principal de l’université qui abritait l’administration. Heureusement, le personnel avait anticipé et transféré les archives dans un endroit sûr avant les combats.

La façade de l’Hôtel Tibissi, le plus important de la ville, partiellement détruit dans les accrochages.

Sur le plan politique, la Libye s’enfonce un peu plus dans la crise depuis que le 6 novembre la Cour suprême a invalidé les élections de juin dernier et remis en cause l'existence du Parlement, reconnu par la communauté internationale. Cette assemblée représentative, élue à Tobrouk en juin dernier, est dominé par les anti-islamistes et a d’emblée annoncé qu’elle considérait à son tour cette décision comme "invalide".