MEXIQUE

Une communauté indigène du Mexique en lutte pour protéger sa forêt

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Une manifestation de la communauté indigène de San Francisco Xochicuautla, à une cinquantaine de kilomètres de Mexico, a été violemment réprimée par la police, lundi 3 novembre. Les habitants refusent la construction d'une autoroute qui menacerait leur forêt. Mais les promoteurs, soutenus par l'État, sortent aujourd'hui la matraque pour faire avancer leur projet.

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Lundi 3 octobre 2014, les forces de l'ordre face aux habitants de San Francisco Xochicuautla.

Une manifestation de la communauté indigène de San Francisco Xochicuautla, à une cinquantaine de kilomètres de Mexico, a été violemment réprimée par la police, lundi 3 novembre. Les habitants refusent la construction d'une autoroute qui menacerait leur forêt. Mais les promoteurs, soutenus par l'État, sortent aujourd'hui la matraque pour faire avancer leur projet.

Les travaux de construction de l’autoroute ont commencé en 2007, sans consultation préalable des communautés vivant dans la zone. Porté par l’entreprise Autovan SA de CV, le projet vise à relier la riche ville de Naucalpan de Juarez à Toluca, où se trouve un aéroport. Les activistes locaux rappellent que cette entreprise est une filiale de la société Teya, appartenant à un ami personnel du président Enrique Peña Nieto.

Les habitants se sont très vite opposés à ce projet, qui pourrait détruire 3 000 hectares de forêt au total. En 2011, un Front des peuples indigènes en défense de la Terre mère s'est constitué afin d’organiser la résistance face à la construction de l’autoroute. Depuis cette date, ses membres sont régulièrement victimes de la répression des forces de l’ordre, postées dans la zone pour s'assurer de l'avancée des travaux et empêcher toute protestation.

Huit personnes issues de la communauté indigène San Francisco Xochicuautla ont été arrêtées lundi, avant d'être libérées sous caution deux jours plus tard. Vidéo du Front des peuples indigènes en défense de la Terre mère.

"La construction de l’autoroute n’est théoriquement plus possible depuis un jugement rendu en mai"

José Luis Fernandez est membre du Conseil du Front des peuples indigènes en défense de la Terre mère. Il explique pourquoi la communauté indigène de San Francisco Xochicuautla s’oppose à la construction de l’autoroute dans la zone.

En mai 2014, un tribunal a rendu un jugement protégeant notre communauté contre le projet de construction de l’autoroute. Depuis, l’entreprise Autovan ne peut théoriquement plus continuer ses travaux sur nos terres. Mais ses travailleurs continuent quand même à venir régulièrement, ce qui est illégal.

Le 8 octobre, les travaux ont repris, après avoir été interrompus temporairement. On a dit aux travailleurs d’Autovan qu’on était protégé par le jugement rendu en mai. On a exigé qu’ils nous montrent des documents attestant qu’ils étaient autorisés à travailler ici. Mais ils n’ont rien pu nous montrer. Alors ils sont partis.

Ils sont ensuite revenus ce lundi. Des habitants sont allés leur parler, pour faire respecter nos droits. Une machine de l’entreprise Autovan s’est alors avancée vers eux. Des centaines de CRS sont également arrivés, armés. Ils ont commencé à les agresser et ont arrêté huit compagnons, dont l’un des représentants de la communauté de San Francisco Xochicuautla, de façon totalement arbitraire.

Ils ont été libérés mercredi. Mais seulement sous caution car les autorités disent qu’ils ont agressé les CRS, ce qui est totalement faux, comme on peut le voir dans l’une des vidéos. Depuis leur libération, ils doivent se présenter chaque jour au ministère public à Toluca.

Ce n’est pas la première fois que des compagnons sont arrêtés de cette manière. C’était déjà arrivé l’an passé par exemple.

 

 Photo des huit personnes arrêtées lundi par les forces de l'ordre, à San Francisco Xochicuautla.

 

"Le projet de construction de l’autoroute a créé des divisions au sein de notre communauté"

On s’oppose à la construction de l’autoroute car elle est censée traverser des forêts faisant partie du parc national Otomí-Mexica, une réserve protégée abritant une faune et une flore extrêmement riches. La construction de la route pourrait donc entraîner la disparition de centaines de plantes et d’animaux, dont beaucoup sont en voie d’extinction. Cette zone joue un rôle très important dans l’approvisionnement en eau de la capitale fédérale. L'autoroute risque de couper l'approvisionnement à moyen terme. Les forêts sont aussi sacrées pour nos communautés. Et puis on s’alimente en grande partie grâce aux végétaux et aux herbes que l’on y trouve, il y a également des plantes médicinales.

L’entreprise Autovan a proposé de nous donner 230 pesos [14 euros environ, NDLR] par mètre carré de terre acheté. C’est ridicule quand on pense à tous les bénéfices dont ils vont tirer de ce projet. En plus de l’autoroute, des maisons, des usines ou encore un golf vont peut être être construits dans les environs. Et surtout, la terre n’a pas de prix.

Depuis 2007, le projet de construction de l’autoroute divise les communautés locales. Les autorités ont leur part de responsabilité, puisqu’elles ont dit que le projet allait bénéficier à tout le monde. Les tensions au sein de la communauté sont encore plus fortes aujourd’hui qu’à l’origine, d’autant plus que des terres ont été vendues illégalement à Autovan.

Les habitants de San Francisco Xochicuautla, lundi 3 octobre 2014. Photo du Front des peuples indigènes en défense de la Terre mère.

La communauté indigène de San Francisco Xochicuautla estime également que le projet de construction de l’autoroute viole un certain nombre de lois nationales et de traités internationaux, tels que la convention n°169 de l’Organisation internationale du travail, qui protège les droits des peuples indigènes, pourtant ratifiée par le Mexique.

Le gouvernement régional rétorque que le tracé de l'autoroute ne passe pas dans une zone protégée et que le projet n'a donc rien d'illégal. Il affirme ensuite avoir reçu l'accord des représentants des communes concernées, ce que réfutent les activistes.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à France 24.