CÔTE D’IVOIRE

Ex-combattants, une urgence ivoirienne – DE FAIBLES PROGRÈS

Moustapha Touré nous avait contactés un an après la crise post-électorale de 2010-2011 pour nous faire part de sa situation d’ancien combattant blessé. Ex-caporal de la rébellion pro-Ouattara, il a été amputé après avoir reçu une balle dans la jambe à Bloléquin (ouest) au plus fort des combats contre les forces de Laurent Gbagbo. En 2013, quand nous sommes allés enquêter avec lui en Côte d’Ivoire, il ne bénéficiait d’aucune prise en charge et peinait à payer le traitement de ses blessures.

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Nous avons lancé l’an dernier une émission, la Ligne directe des Observateurs, pour donner la possibilité aux téléspectateurs de France 24 de nous alerter sur une injustice dont ils sont victimes, eux ou certains membres de leur communauté. Nos journalistes se sont rendus dans 13 pays pour y enquêter, avec nos Observateurs, sur des problèmes très variés : esclavagisme moderne au Liban, désastre écologique en Guinée, conditions de travail au Cambodge, etc. Nous avons ensuite tenté de faire réagir les autorités locales sur les conclusions de notre enquête et sur les requêtes exprimées par nos Observateurs. Un an plus tard, nous avons demandé à nos Observateurs ce qui avait changé - ou non - après notre passage chez eux.

FAIBLES PROGRÈS - "Moi, je m’en sors, pas mes camarades"

 

Moustapha Touré nous avait contactés un an après la crise post-électorale de 2010-2011 pour nous faire part de sa situation d’ancien combattant blessé. Ex-caporal de la rébellion pro-Ouattara, il a été amputé après avoir reçu une balle dans la jambe à Bloléquin (ouest) au plus fort des combats contre les forces de Laurent Gbagbo. En 2013, quand nous sommes allés enquêter avec lui en Côte d’Ivoire, il ne bénéficiait d’aucune prise en charge et peinait à payer le traitement de ses blessures.

 

En ce qui me concerne, les choses se sont arrangées depuis le reportage. Juste après, j’ai été contacté par les autorités de l’ADDR qui m’ont renvoyé vers le ministère de la Défense. Ça a pris un certain temps avant que je puisse obtenir un rendez-vous. J’ai fait plusieurs aller-retour à l’ouest, où se trouve ma base d’arrêt. Et puis, un jour, à Abidjan, les autorités m’ont fait savoir que j’avais été intégré officiellement à l’effectif militaire ivoirien. Ce qui signifie pour moi que mes soins sont désormais pris en charge et que j’ai une paie de 150 000 francs CFA par mois [230 euros]. Ce n’est pas énorme mais ça me permet de vivre. Je suis maintenant de retour à Odienné où se trouve une partie de ma famille.

 

Le reportage a eu un impact pour moi, mais je regrette vraiment d’être une exception. Mes amis Moussa Touré et Jean Luc, deux blessés de guerre qui se sont aussi exprimés devant la camera, sont toujours en train de galérer et n’ont rien obtenu. Quatre ans après la crise, beaucoup n’ont pas été pris en charge alors que certains ont profité de ces programmes sans même avoir combattu. Avec les prochaines élections qui approchent [septembre 2015], c’est inquiétant. Ils me disent souvent vouloir se révolter.

 

Au 30 septembre 2014, 27 241 combattants avaient été réintégrés selon les chiffres de l’ADDR sur un objectif de 30 000 avant la fin de l’année.

Reportable visionnable ici.