SYRIE

"Foodporn" pour les combattants de l'EI, soupe populaire pour les autres

Confrontés à une flambée des prix depuis le début des frappes de la coalition, les habitants de la ville syrienne de Raqqa ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts et la soupe populaire locale tourne à plein régime. Pendant ce temps, les jihadistes qui continuent de contrôler la zone postent les photos de leur ripaille sur les réseaux.

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Capture d'écran de la vidéo de la cantine de Raqqa transmise par Abu Ibrahim Raqqawi.

Confrontés à une flambée des prix depuis le début des frappes de la coalition, les habitants de la ville syrienne de Raqqa ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts et la soupe populaire locale tourne à plein régime. Pendant ce temps, les jihadistes qui continuent de contrôler la zone postent les photos de leur ripaille sur les réseaux.

Cette vidéo de la cantine populaire de Raqqa a été tournée samedi 1er novembre par un activiste de la campagne "Raqqa est massacrée en silence". Au menu ce jour-là, du riz. "Ces récipients vont être distribués aux habitants du village Al-Samra [non loin de Raqqa] ", indique l’activiste. À 0’44’’, un habitant amène un mouton donné par un bienfaiteur de la ville.

Le riz est cuisiné dans un récipient géant. À 1’10’’, munis des bidons, des hommes et des femmes font la queue séparément devant le guichet. "Comme vous pouvez le voir, leur nombre ne cesse d’augmenter", commente l’activiste. "Nous comptons donc sur les âmes charitables pour nous venir en aide".

La vidéo nous a été transmise par Abu Ibrahim Raqqawi, un membre de la campagne "Raqqa est massacrée en silence" qui s’est réfugié il y a trois semaines en Turquie.

"L’EI brasse beaucoup d’argent mais ne participe pas au financement de la cantine"

Depuis que les forces de la coalition ont frappé des raffineries tenues par l’EI à Raqqa, le prix du carburant a sensiblement augmenté. Et les prix notamment des produits alimentaires ont doublé et parfois même triplé. Par exemple, le panier de pain coûte aujourd’hui 250 livres contre 150 livres avant de début des frappes. Celui de la bombonne de gaz est passé de 5 000 livres à 10 000 livres. En outre, les commerçants sont obligés de payer une taxe à l’EI de 1 500 livres par mois, ce qui se répercute sur les clients. Et certains sont au chômage forcé comme les instituteurs depuis la fermeture des écoles, les avocats qui ne peuvent plus exercer au motif que leur métier n’est pas permis par la religion.

Sur cette vidéo postée par Abu Ibrahim Raqqawi dimanche 2 novembre, des enfants se disputent des galettes de pain devant la cantine populaire.

Les habitants sont donc chaque jour plus nombreux à se rendre dans cette cantine populaire pour chercher un repas. La cantine, qui a ouvert initialement ses portes pour aider les familles réfugiées à Raqqa fuyant les combats entre l’armée syrienne et les combattants de l’Armée libre en 2011, est entièrement financée par des bienfaiteurs aisés de la région et des Syriens installés à l’étranger. Le lieu est ouvert tous les jours sauf les vendredis, ou quand les dons viennent à manquer. On y fait souvent des plats basiques, du riz, de la soupe, des pâtes, etc.

L’organisation jihadiste qui brasse pourtant beaucoup d’argent, notamment grâce à la vente de pétrole et aux taxes qu’elle impose au commerçants, ne participe pas à son financement.

Face à la misère des habitants, les jihadistes mènent grand train car ils sont bien rémunérés. Ils mangent dans les bons restaurants et achètent des produits de luxe. Et parfois, ils n’hésitent pas à s’en vanter.

Ce jihadiste de Raqqa, par exemple, Abu Abbas Allubnani, ne cesse de poster des photos de repas copieux sur son compte Twitter.

" Je suis en train de dîner avec des frères, rejoignez-nous." 

"L’État vient de me donner ainsi qu’à mes amis nos salaires. Alhamdulillah, que Allah bénisse notre État islamique."

"Du poisson de l’Euphrate, délicieux !"

Les habitants de Raqqa en ont bien évidemment assez des voir les jihadistes rouler des mécaniques alors qu’ils éprouvent les plus grandes peines du monde à remplir leurs assiettes. Mais ils n’osent pas se plaindre car ils ont peur.