Alors que tous les regards sont tournés vers la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, où des manifestants ont incendié plusieurs bâtiments et réclamé le départ du président Blaise Compaoré, la deuxième ville du pays, Bobo-Dioulasso, n’a pas échappé à ce déchaînement de violences. Dans la ligne de mire des manifestants : les bâtiments officiels, mais aussi les résidences privées.

Des manifestants ont mis le feu à la mairie de Bobo-Dioulasso. Photo Bassératou Kindo.

Des vitres ont été brisées et le mobilier détruit. 

"On ne s’attendait pas à ce que ça dégénère comme ça ici"

Bassératou Kindo est journaliste et bloggeuse à Bobo-Dioulasso. Elle couvrait les manifestations pour lefaso.net et "L’Express du Faso".

Depuis hier soir, l’atmosphère était très tendue car une vingtaine de membres de plusieurs mouvements citoyens d’opposition à Blaise Compaoré, dont deux leaders du "Balai citoyen", avaient été arrêtés par la gendarmerie pour avoir incité la population à manifester jeudi. La nuit avait été longue et marquée par des affrontements à coups de gaz lacrymogènes et de jets pierres.

Ce matin, les rassemblements contre le projet de révision de la Constitution ont commencé dans le calme, mais en milieu de journée, des manifestants ont réussi à prendre d’assaut la gendarmerie pour libérer leurs camarades emprisonnés la veille. La gendarmerie a été dépassée et les a laissés faire.


Des leaders de mouvements citoyens opposés à Blaise Compaoré ont été libérés ce matin par des manifestants de Bobo-Dioulasso.

À partir de là, les manifestants se sont dirigés vers des bâtiments officiels, comme la mairie ou le siège du parti présidentiel qu’ils ont saccagé, mais aussi des domiciles privés, comme celui d'un maire d'arrondissement réputé proche du Congrès pour la démocratie et le progrès, le parti de Blaise Compaoré. Les propriétaires des lieux avaient déserté leurs maisons.

Il n’y a pas eu d’ordre donné par des leaders des manifestations, ça a été un mouvement de foule spontané. On ne s’attendait pas à ce que ça dégénère ainsi.

Des manifestants au domicile du maire de Bobo-Dioulasso saccagent sa cour. Photo Bassératou Kindo.

"J’ai été prise à partie par des manifestants qui voulaient que j’arrête de prendre des photos"

J’ai moi-même été prise à partie par des manifestants qui voulaient que j’arrête de prendre des photos. Ils m’ont frappée, tirée par les cheveux, m’ont aspergée d’eau et ont coupé les lanières de mon sac pour me voler mon appareil photo. Ils ne m’ont pas clairement dit pourquoi mais je pense qu’ils avaient peur que je les transmette à la police ou peut-être de montrer une mauvaise image de la mobilisation."
 
La résidence du maire adjoint de Bobo-Dioulasso incendiée par des manifestants. Photo de notre Observateur Abdou.

Selon plusieurs médias burkinabè, une dizaine de domicile auraient été saccagés, parmi lesquels les résidences du président de l’Assemblée, Soungalo Ouattara, du ministre des Enseignements secondaire et supérieur, Moussa Ouattara, celle du maire et du marie-adjoint de Bobo-Dioulasso ainsi que la villa d’une fille de Blaise Compaoré.

Notre Observatrice précise que trois personnes seraient mortes et deux autres auraient été blessées dans les affrontements, mais aucun bilan officiel n’a été pour l’heure rendu public. Les manifestations continuaient toujours en fin d’après-midi.


 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à France 24.