Photo prise par notre Observateur, Alfred Dah.

À Ouagadougou, les manifestations contre la modification de la Constitution ont dégénéré dans la matinée. Au moins un manifestant est mort, dans le quartier de Boins Yare, à proximité de la maison de François Compaoré, le frère du président burkinabé. Notre Observateur s’est rendu sur place.

 "Il y avait deux balles à côté de son corps sans vie et il avait visiblement été touché à la gorge"

Souleymane Ouedraogo, artiste musicien, est membre du mouvement Balai citoyen. Il participe aux manifestations depuis ce matin.

Nous sommes allés ce matin à l’Assemblée nationale (NDLR : le bâtiment officiel a été pris d’assaut par les manifestants, saccagé et incendié). Pour y arriver, nous avons dû franchir des barrages de CRS, de la gendarmerie et du corps d’élite de l’armée, qui a tiré en l’air. Depuis ce matin, on n’entend que ça… Quand les manifestants arrivent, on entend des tirs.

Nous nous sommes ensuite dirigés vers les maisons de plusieurs dignitaires du régime et de députés du CDP (NDLR : Congrès pour la démocratie et le progrès, le parti de Blaise Compaoré). Mais ils avaient tous fui. Vers 11h30, je suis allé au domicile de François Compaoré, le petit frère du président, qui était encerclé par sa garde personnelle. Quand je suis arrivé, j’ai pu constater qu’un manifestant avait été tué par balles. Il y avait deux balles à côté de son corps sans vie et il avait visiblement été touché à la gorge.

Photo prise par notre Observateur, Souleymane Ouedraogo et floutée par France 24.

Je ne peux pas affirmer avec certitude que c’est la garde personnelle de François Compaoré qui lui a tiré dessus, mais c’est fort probable, dans la mesure où il s’agit des seuls éléments armés de la zone. J’ai donc pris une photo avec mon caméscope.

On se regroupe actuellement pour aller vers la résidence présidentielle, afin de la prendre d’assaut. Mais on ne sait pas si Blaise Compaoré se trouve sur place.

Il n’y a plus aucune coordination sur le terrain, car les sms et Internet sont coupés, même si les appels téléphoniques fonctionnent toujours.

Un ami m’a appelé pour me dire qu’il y avait deux morts et des blessés dans d’autres quartiers.

Le corps sans vie du manifestant a été photographié par plusieurs autres personnes. Des morts ont par ailleurs été signalés à plusieurs endroits dans la ville, des informations qui n'ont pour l'heure pas pu être confirmées.

Alors que les députés burkinabè devaient discuter aujourd’hui du projet de loi visant à modifier l’article 37 de la Constitution, le gouvernement a indiqué avoir annulé l’examen de ce projet de loi.

La mobilisation de ce matin à Ouagadougou. Vidéo prise par notre Observateur, Souleymane Ouedraogo.