TERRITOIRES PALESTINIENS

Ahmed à Gaza : "Je dois reconstruire ma maison pour la troisième fois"

C’est une version moderne du supplice de Sisyphe, ce personnage de la mythologie grecque contraint d’accomplir indéfiniment la même tache. Ahmed vit à Khuzaa, petite ville agricole du sud de Gaza, frontalière d’Israël et théâtre d’affrontements pendant l’opération "bordure protectrice" contre le Hamas. Une opération pendant laquelle sa maison a été détruite, comme en 2009.

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Ruines à Khuzaa. Photo : Shareef Sarhan.

C’est une version moderne du supplice de Sisyphe, ce personnage de la mythologie grecque contraint d’accomplir indéfiniment la même tache. Ahmed vit à Khuzaa, petite ville agricole du sud de Gaza, frontalière d’Israël et théâtre d’affrontements pendant l’opération "bordure protectrice" contre le Hamas. Une opération pendant laquelle sa maison a été détruite, comme en 2009.

Pendant la dernière opération israélienne, qui s’est déroulée entre juillet et août 2014, la ville de 10 000 habitants a été assiégée dix jours durant par l'armée. De nombreux habitants ont été tués et des centaines d'habitations ont été démolies dans les bombardements.

Des habitants dans les ruines de Khuzaa. Photo : Shareef Sarhan.

"Je me suis endetté pour la reconstruire"

Selon le centre Al-Mezan pour les droits de l'Homme, plus de 400 habitations ont été entièrement détruites et 800 partiellement. C'est près de cinq fois plus que lors de l'opération "plomb durci" en 2008-2009. La maison d’Ahmed Fatouh, père de six enfants, en fait partie. 

 

L'opération terrestre de l'armée israélienne à Khuzaa a commencé à l'aube le 23 juillet 2014. J’avais déjà quitté les lieux car ils avaient commencé à bombarder quelques jours plus tôt. Quand je suis revenu, j’ai pu constater que les raids aériens avaient tout réduit en ruines. Ma maison, quant à elle, avait été rasée par les bulldozers au moment de l’opération terrestre.

 

Ce n'est pas la première fois. En 2009 déjà, l'armée israélienne l'avait en partie détruite. Avec des bulldozers aussi. Je l'avais reconstruite après cela. Je n'avais pas reçu l'aide d'ONG, de l'UNRWA ou du Hamas. Moi, ma maison, je l'avais reconstruite seul, avec l'aide de mes amis et voisins. Je me suis endetté pour ça. C'était pas facile de trouver les matériaux. Je le faisais par petit bout. J'avais presque fini, maintenant je dois tout recommencer.

 

Les 51 jours d'opération militaire israélienne "bordure protectrice" ont transformé Gaza en vaste champ de ruines. Le bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha) dénombre 18 000 logements détruits et 37 650 rendus inhabitables. C'est quatre fois plus qu'à l'issue de l'opération "Plomb durci" en décembre 2008 - janvier 2009.

Les ruines de Khuzaa. Photo : Shareef Sarhan.

 

Grâce à un accord tripartite entre Israël, l'Autorité palestinienne et les Nations unies pour la reconstruction à Gaza, les premiers convois chargés de ciment et d'acier ont pu entrer le 14 octobre dernier. Cet accord prévoit des mécanismes de surveillance complexes pour le passage et la distribution des matériaux dans l’enclave palestinienne, un processus qui doit rassurer Israël, mais risque de ralentir la reconstruction. Selon l'ONG Oxfam, si les restrictions à l'entrée des matériaux n'étaient pas levées, la reconstruction à Gaza pourrait durer 50 ans.

 

 

Nous n'avons pas encore reçu d'aide depuis la fin de la guerre. Ça fait deux mois que l'on attend. Des voisins nous hébergent ma mère, ma sœur, ma femme, ma fille et mes cinq fils. Je ne sais pas pour combien de temps. L'hiver approche. J'espère cette fois bénéficier d'une aide pour reconstruire ma maison.

 

Deux milliards et demi de dollars sont nécessaires uniquement pour reconstruire les habitations détruites à Gaza selon l’Autorité palestinienne et remettre sur pied l’ensemble des infrastrucres détruites coûterait 7,8 milliards.

 

Le 12 octobre dernier, 50 États réunis au Caire ont promis une aide à hauteur de 5,3 milliards de dollars. Mais seule la moitié devrait être affectée à la reconstruction matérielle de Gaza. Le reste devrait renflouer les caisses de l'Autorité palestinienne.

 

"Mon enfant de 4 ans a déjà vécu trois guerres"

 

Ce qui m'inquiète le plus, c'est l'état psychologique de mes enfants. Le plus jeune a 4 ans. Il a déjà vécu trois guerres. Nous subissons le blocus depuis des années. C'est devenu trop dur pour tout le monde.

 

Djamel Misraoui, spécialiste des questions humanitaires dans le monde arabe,  regrette que les États donateurs privilégient une aide matérielle et cela "pour des raisons marketing. "La recontruction des personnes étant moins visible, elle est souvent négligée", indique t-il. Selon lui, il faut aussi investir dans le volet psychosocial, dans la réparation des personnes qui souffrent de troubles psychologiques causés par sept années de blocus et d'opérations militaires à répétition.

 

ll compare Gaza à une zone sismique comme Haïti où des projets d'habitations peu coûteux pourraient être développés, laissant ainsi la possibilité d'investir davantage dans le volet psychosocial où les besoins sont urgents. 

 

Billet écrit avec la collaboration de Dorothee Myriam Kellou, journaliste à FRANCE 24.