HONGRIE

Une taxe sur la consommation d’Internet : "La Hongrie est en marche arrière !"

C’est un peu comme revenir à l’époque des modems : les internautes hongrois pourraient bientôt avoir à s’acquitter d’une taxe indexée sur leur consommation Internet. Ce projet de loi déposé au parlement hongrois viserait à réduire les déficits, expliquent ses défenseurs, mais la population y est farouchement opposée. Elle l’a fait savoir en battant le pavé par milliers dimanche à Budapest.

Publicité

Une mer de téléphones portables. Des manifestants à Budapest brandissent leur smartphone pour protester contre la taxe sur Internet. Capture d’écran de la vidéo ci-dessous.

C’est un peu comme revenir à l’époque des modems : les internautes hongrois pourraient bientôt avoir à s’acquitter d’une taxe indexée sur leur consommation Internet. Ce projet de loi déposé au parlement hongrois viserait à réduire les déficits, expliquent ses défenseurs, mais la population y est farouchement opposée. Elle l’a fait savoir en battant le pavé par milliers dimanche 26 octobre, à Budapest.

D’après la première version du projet de loi actuellement à l’étude, les internautes devront payer 150 forints, soit environ 50 centimes d'euro pour chaque gigaoctet (Go) consommé. À titre de comparaison, pour atteindre 1 Go, il vous suffit de charger une heure de vidéo sur YouTube avec une connexion standard de type ADSL. Immédiatement décrié, le texte de loi, s’il est voté, fera l’objet d’un amendement, a finalement expliqué le Fidesz, parti actuellement au pouvoir : la taxe ne pourra pas dépasser 700 forints mensuels (2.30 euros) pour les particuliers et 1 500 forints (5 euros) pour les entreprises. Mais ce rétropédalage n’a pas suffit à calmer la colère des internautes.

Le gouvernement a expliqué que la nouvelle taxe devrait permettre de combler une partie du déficit public, mais les opposants au premier ministre Viktor Orban y voient une énième dérive vers une pratique autoritaire du pouvoir. Les manifestants ont donné au gouvernement jusqu’à mardi 18 h pour enterrer ce texte. Si ce n’était pas le cas, une nouvelle mobilisation est prévue.

Des manifestants à Budapest dimanche soir. Video : Csaba Szabo.

"Les entreprises aussi vont être touchées par cette taxe"

Csaba Szabó est ingénieur et vit à Budapest.

"C’est la première fois de ma vie que je manifeste ! Tout le monde était dans les rues : les jeunes, les vieux, la gauche, la droite, et même des gens comme moi qui ne sont pas intéressés par la politique. Je dois utiliser Internet pour mon travail d’ingénieur, c’est ridicule d’imaginer qu’on devra payer une taxe sur ça ! C’est comme si le pays était en marche arrière !

Ce n’est pas beaucoup d’argent, mais c’est une taxe qui va toucher tout le monde : beaucoup de Hongrois ne sont pas très riches et ils devront y penser à deux fois avant de se connecter à Internet [selon la Banque mondiale, 72,6 % de la population hongroise avait un accès internet en 2013, NDLR]. Ça va forcément affecter les entreprises et donc l’économie du pays. Je travaille pour une compagnie étrangère qui est concernée comme tout le monde par cette taxe. Si elle décide de quitter la Hongrie, que vais-je faire ?

Autre vidéo des manifestations prise dimanche soir par notre Observateur.

"Cette taxe fait peur aux gens : cela veut-il dire que le parti au pouvoir peut maintenant faire ce qu’il veut ?"

János Kiralyfi est journaliste pour une radio communautaire de Budapest. Il a participé aux manifestations.

Pour moi, c’est clair que le gouvernement est engagé dans une répression globale des outils de communication. L’État a retiré toutes les subventions qu’il accordait à ma radio et c’est également le cas pour la plupart des stations indépendantes du pays. Beaucoup ont d’ailleurs fermé ces dernières années à cause de ça.

Des taxes supplémentaires sur les médias privés ont aussi été créées et la semaine dernière, l'une des radios indépendantes les plus célèbres du pays, radio Tilos, n’a pas réussi a renouveler sa licence à cause d’un détail technique [La radio a envoyé un dossier incomplet selon l’office de contrôle des médias hongrois, certaines pages étant vides. Un problème dû à une erreur lors du scannage du dossier, selon les membres de la radio, NDLR]. La direction va faire appel, mais si la radio échoue, elle ne pourra pas émettre pendant les sept prochaines années, ce qui serait très inquiétant [Radio Tilos est l’une des radios pirates historiques en Hongrie, NDLR].

 

"Certaines personnes pensent que le gouvernement fait cette proposition pour détourner l’attention"

Les sources d’information deviennent de moins en moins nombreuses, aller sur Internet est important pour avoir d’autres sons de cloche. Même si la taxe n’est pas très élevée, nous allons y penser à chaque fois qu’on va se connecter pour regarder une vidéo. Psychologiquement, c’est un frein à la consommation d’Internet.

Les élections locales viennent juste d’avoir lieu, et le parti au pouvoir, Fidesz, les a largement remportées. Cette taxe fait très peur aux gens : cela veut il dire que Fidesz peut maintenant faire ce qu’il veut ? Quelle est la prochaine étape ? Encore plus de restrictions ?

Même si on ne connait pas encore les détails et ce qui nous attend, des négociations concernant des coupes dans le budget de la protection sociale et des réductions du nombre de fonctionnaires sont en cours. Certaines personnes pensent que le gouvernement fait cette proposition pour détourner l’attention afin que les manifestants dépensent toute leur énergie pour sauver Internet et n’en aient plus assez pour défendre les autres restrictions à venir. Je pense sincèrement que c’est une bonne analyse. Le cynisme nous gagne ici en Hongrie.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Gaëlle Faure (@gjfaure), journaliste  à FRANCE 24.