LIBAN

Fuite de Tripoli livrée aux combats : "On a laissé toutes nos affaires derrière nous"

Des milliers de civils ont fui dimanche un quartier de Tripoli, au nord du Liban, en proie depuis trois jours à de violents affrontements entre l’armée libanaise et des islamistes armés. Un réfugié décrit de véritables scènes de panique.

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Photo de Bab el-Tebbaneh postée sur Twitter par @Mohamadjaber_lb.

Des milliers de civils ont fui dimanche un quartier de Tripoli, au nord du Liban, en proie depuis trois jours à de violents affrontements entre l’armée libanaise et des islamistes armés. Un réfugié décrit de véritables scènes de panique.

Dans l’après-midi, dimanche 26 octobre, une trêve humanitaire a été conclue entre l’armée libanaise et des islamistes retranchés dans le quartier populaire à majorité sunnite Bab el-Tebbaneh, où vivent quelques 100 000 personnes. Ces hommes armés sont soupçonnés de liens avec le Front al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda. La trêve a permis à l’armée d’évacuer des centaines de familles, prises au piège des combats.

Embouteillages à la sortie de Bab el-Tebbaneh, dimanche soir. Photo posté sur Twitter par @Racha93halabi.

Les affrontements avaient éclaté vendredi soir dans le centre-ville. Le lendemain, les islamistes s’étaient retranchés dans Bab el-Tebbaneh, où ils ont notamment enlevé un soldat. Pour les chasser, l'armée a lourdement bombardé le quartier dimanche et plusieurs maisons ont été incendiées.

Scènes de destruction dans le quartier de Bab el-Tebbaneh. Photo postée sur Facebook.

Cinq civils ont été tués dans les violences, dont trois pour la seule journée de dimanche. Par ailleurs, six soldats de l’armée libanaise sont morts dans les combats.

Tripoli, deuxième ville du Liban, subit les contrecoups du conflit syrien depuis mai 2012. Elle est régulièrement le théâtre d’affrontements entre des milices de Bab el-Tebbaneh, quartier populaire acquis à la cause de la révolution syrienne, et des miliciens alaouites du quartier de Baal Mohsen, acquis à la cause de Bachar al-Assad.

"Des centaines de personnes sont parties à pied, ce qui a provoqué des bousculades et plusieurs blessés"

Adel (pseudonyme) a fui Bab el-Tebbaneh dimanche en début de soirée avec son épouse. Il est réfugié dans une école du quartier d’Al-Tel.

C’étaient des scènes de chaos. Les femmes, les enfants, les personnes âgées quittaient les quartiers ravagés dans la précipitation. Chacun faisait ce qu’il pouvait pour fuir au plus vite. Des centaines de personnes sont parties en voitures, provoquant de longs embouteillages vers les sorties du quartier, tenues par les militaires. Ils ne laissaient passer personne sans les avoir minutieusement fouillés. D’autres ont été évacués en dehors du quartier par les ambulances de la Croix rouge libanaise. Par ailleurs, des centaines de personnes sont parties à pied, ce qui a provoqué des bousculades et plusieurs blessés. J’ai vu des hommes courir pieds nus et des enfants qui avaient perdu leurs parents.

Evacuation d’un civil blessé après la chute d’un obus à Bab el-Tebbaneh.

Comme je n’ai pas de voiture, j’ai dû quitter le quartier à pied. Quand l’opération d’évacuation a commencé, j’ai emmené ma femme chez des amis dans une zone moins dangereuse, car les combats les plus violents avaient lieu à Al-Barraniya, là où j’habite. Je voulais revenir chez moi pour prendre quelques vivres avant de partir. Mais j’y ai finalement renoncé car les tirs n’avaient pas totalement cessé.

Des volontaires transportent des matelas vers une école de Tripoli, où plusieurs familles ont trouvé refuge. Photo transmise par notre Observateur Omar Akram Khodor.

Nous sommes en tout cas heureux d’être sains et saufs, même si on a laissé toutes nos affaires derrière nous. Nous comptons maintenant sur les bonnes âmes pour nous aider notamment avec des vivres, en attendant que l’armée sécurise le secteur et nous autorise à nouveau à rentrer chez nous.

"Deux écoles ont ouvert leurs portes aux réfugiés"

Omar Akram Khodor habite à Tripoli. Il est activiste au sein de plusieurs ONG humanitaires locales. Il essaye actuellement de venir en aide à des familles réfugiées dans une école de la ville.

Certaines familles ont dû traverser le quartier de Baal Mohsen à l’est [bastion de la communauté alaouite, où des miliciens se battent régulièrement contre les milices sunnites du quartier de Bab el-Tabbaneh, NDLR] pour se rendre plus loin dans le quartier sunnite de Machrou al-Hariri. Des gens de Baal Mohsen leur ont toutefois fourni un bus pour qu’ils puissent s’y rendre. D’autres familles ont quitté la zone par l’ouest du quartier. La plupart des civils ont trouvé refuge chez des proches dans d’autres quartiers.

Cette école située dans le quartier Al-Tel à Tripoli accueille des dizaines de réfugiés depuis vendredi. Photo transmis par notre Observateur Omar Akram Khodor.

Quant à ceux qui n’ont pas de famille, ils se sont réfugiés dans deux écoles en dehors de Bab el-Tebbaneh. Environ 200 personnes sont à l’école du quartier Al-Tel, où je me trouve actuellement, et 150 sont réfugiés dans une école d’Al-Mina. Ces deux zones situées aux nord de la ville ont été épargnées par les combats. Nous avons multiplié les appels aux dons depuis vendredi pour fournir de l’aide à ces familles. Jusqu’ici, nous avons pu leur procurer des vivres et des matelas.