BURKINA FASO

Blaise Compaoré vers un cinquième mandat : "Le peuple dit non au pouvoir à vie"

Le gouvernement burkinabé a indiqué mardi 21 octobre vouloir organiser un référendum constitutionnel en vue de permettre au président Blaise Compaoré – au pouvoir depuis 27 ans – de se représenter en 2015. Une décision qui a jeté des centaines de personnes dans les rues où elles dénoncent un "coup d’État constitutionnel ". Et le mécontentement dépasse les rangs de l’opposition.

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Des manifestants brûlent des pneus dans un quartier de Ouagadougou, jeudi 23 octobre 2014. Photo publiée par notre Observateur Al-hassane Barry sur Facebook, prise par des proches.

Le gouvernement burkinabé a indiqué mardi 21 octobre vouloir organiser un référendum constitutionnel en vue de permettre au président Blaise Compaoré – au pouvoir depuis 27 ans – de se représenter en 2015. Une décision qui a jeté des centaines de personnes dans les rues où elles dénoncent un "coup d’État constitutionnel ". Et le mécontentement dépasse les rangs de l’opposition.

La majorité et l’opposition s’affrontaient depuis des mois au sujet du maintien au pouvoir de Blaise Compaoré. En septembre, ce dernier avait tenté d’instaurer un dialogue avec les opposants, mais les discussions s’étaient soldées par un échec, en raison de l’intransigeance des deux camps.

Le gouvernement a donc tranché mardi, en annonçant vouloir soumettre un projet de loi à l’Assemblée nationale, afin de convoquer un référendum pour changer l’article 37 de la Constitution. Depuis la révision constitutionnelle de 2000, cet article limite à deux le nombre de mandats présidentiels, d’une durée de cinq ans. Théoriquement, Blaise Compaoré ne peut donc pas se représenter au scrutin de novembre 2015, à l’issue de son deuxième quinquennat.

Arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'État en 1987, Blaise Compaoré avait déjà effectué deux septennats entre 1992 et 2005.

Des manifestants à Ouagadougou, jeudi 23 octobre 2014, brandissent une banderole sur laquelle il est écrit : "Ce président, il faut qu’il parte et il partira ". Photo publiée par notre Observateur Al-hassane Barry sur Facebook, prise par des proches.

"Les jeunes en particulier, qui représentent 60 % de la population, sont très mobilisés"

Dès mardi soir, des rassemblements ont été organisés dans la capitale, notamment à l’appel de l’opposition, afin d’exiger le retrait du projet de loi gouvernemental. Al-hassane Barry, un activiste de la société civile, proche du Collectif anti-référendum et de l’ONG "Balai citoyen ", a participé aux manifestations à Ouagadougou.

Mardi soir, on s’est retrouvé dans la rue pour exprimer notre opposition au pouvoir à vie et à toute modification de l’article 37. On utilise les dispositions offertes par la Constitution afin d’exprimer notre mécontentement (ndlr : l’article 168 indique que "le peuple burkinabé proscrit toute idée de pouvoir personnel "). Il y a eu des rassemblements dans plusieurs quartiers. Les jeunes, en particulier, se sont mobilisés jusqu’à 3 ou 4h du matin. On a barré des routes, brûlé des pneus et crié des slogans comme "Non au pouvoir à vie ", "Non à la révision de l’article 37 ", "Non au coup d’État constitutionnel ".

Mercredi, de 8h à 11h environ, j’ai appris que des étudiants et des riverains avaient bloqué l’avenue Charles de Gaulle, qui mène au campus, même si je n’y étais pas. D’autres barrages ont été mis en place en fin de matinée, dans plusieurs quartiers. La majorité des gens restent écouter les slogans, même si certains ne sont pas contents que les routes soient bloquées. Les routes nationales n° 1, 4 et 5 ont été bloquées de 23h à 4h du matin. J’étais présent sur la route n°1, qui relie Ouagadougou à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays, avec 100 à 150 personnes. Les forces de l’ordre sont venues pour nous disperser avec du gaz lacrymogène vers 4h du matin. Mais ils sont plutôt courtois et on ne veut pas d’affrontements avec eux.

Tout le monde est révolté. Les jeunes représentent 60% de la population (ndlr : les moins de 25 ans) et l’immense majorité d’entre eux sont instruits. Ils sont nés après 1987, l’année de l’arrivée au pouvoir de Blaise Compaoré et ont envie d’une alternance politique.

Le président doit respecter sa parole, puisqu’il s’était engagé à respecter la Constitution en 2000 [année durant laquelle la Constitution de 1991 a été révisée, limitant à deux le nombre de mandats présidentiels, ndlr.].

Mercredi, lors d’une conférence de presse, l’opposition politique a indiqué lancer une campagne de "désobéissance civile "à partir du 28 octobre, en écho à l’article 167 de la Constitution, qui reconnaît le droit à la désobéissance civile à tous les citoyens. L’opposition n’a toutefois pas précisé ce qu’elle comptait faire exactement.

Le président burkinabé, âgé de 63 ans, avait accédé au pouvoir en 1987 lors d’un coup d’État sanglant au cours duquel Thomas Sankara, son prédécesseur, avait été assassiné. Il a joué un rôle de médiateur dans plusieurs conflits régionaux, notamment lors de la crise ivoirienne ayant opposé Laurent Gbagbo à Guillaume Soro. Vingt sept ans après son arrivée au pouvoir, le Burkina Faso reste l’un des pays les plus pauvres au monde. Son indice de développement humain (IDH) le classe au 181e rang sur 187 pays, selon le Programme des Nations unies pour le développement.

La route nationale n°1 de Ouagadougou, bloquée par des manifestants, mercredi soir. Photo publiée par notre observateur Al-hassane Barry sur Facebook.

"Je soutiens le président, mais je veux quand même un changement de régime"

Salif Moussa, informaticien, est favorable au président burkinabé. En 2011, il avait ainsi créé un groupe de soutien à Blaise Compaoré sur Facebook. Il estime pourtant qu’il est temps que le régime change.

Je soutiens Blaise Compaoré car il arrive à se faire respecter dans la sous-région et un peu partout dans le monde. Mais je suis sceptique par rapport à son bilan, je pense qu’il nous mène tous en bateau. C’est le même gouvernement qui est aux manettes depuis plus de vingt ans, alors je veux un nouveau régime, d’autant plus que le président avait promis de partir à l’issue de son mandat dans un discours en 2010. C’est pourquoi je suis opposé à la modification de l’article 37 de la Constitution.

Blaise Compaoré dispose néanmoins toujours de soutiens importants. Un fonctionnaire, ayant souhaité garder l’anonymat, estime ainsi qu’il doit rester au pouvoir, dans la mesure où "aucun opposant n’est capable de gouverner actuellement ".

Le vote du projet de loi sur le référendum à l’Assemblée nationale est prévu le 30 octobre. En cas de référendum, le résultat devrait être favorable au régime actuel, en raison d’une bonne implantation dans les campagnes, selon plusieurs politologues.

La route nationale n°1 de Ouagadougou, bloquée par des manifestants, mercredi soir. Photo publiée par notre observateur Al-hassane Barry sur Facebook.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à France 24.