IRAN

Nasrin Sotoudeh, l’avocate iranienne qui n’avait pas le droit d’exercer

Nasrin Sotoudeh, célèbre avocate iranienne des droits de l’Homme, et quelques-uns de ses amis ont organisé un rassemblement mardi à Téhéran après qu’un tribunal administratif de la profession lui a interdit d’exercer son métier pendant trois ans. Une mobilisation qu’elle compte organiser chaque jour jusqu’à ce qu’on lui rende sa licence.

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Nasrin Sotoudeh (deuxième en partant de la gauche) a protesté devant l’association du barreau iranien mardi. Toutes les photos ont été prises par son mari, Reza Khandan.

Nasrin Sotoudeh, célèbre avocate iranienne des droits de l’Homme, et quelques-uns de ses amis ont organisé un rassemblement mardi à Téhéran après qu’un tribunal administratif de la profession lui a interdit d’exercer son métier pendant trois ans. Une mobilisation qu’elle compte organiser chaque jour jusqu’à ce qu’on lui rende sa licence.

L’avocate, qui a défendu des journalistes et des activistes des droits de l’Homme, dont la lauréate du prix Nobel de la Paix Shirin Ebadi, avait été emprisonnée en 2011. Après avoir purgé la moitié de sa peine, elle a été libérée l’an dernier, comme de nombreux prisonniers politiques, à la suite de l’élection du candidat modéré Hassan Rohani, une semaine avant son premier discours aux Nations-Unies. Mais la semaine dernière, l’association des avocats – une organisation indépendante – lui a interdit d’exercer son métier pendant trois ans, pour avoir fait de la "propagande contre le régime islamique", une décision qui semble liée à ses fréquentes interviews accordées aux médias étrangers.

Nasrin Sotoudeh porte une pancarte sur laquelle est écrit : "Tout le monde devrait avoir le droit de travailler, même ceux avec qui vous n’êtes pas d’accord".

"Ils commencent à assigner des avocats aux prévenus sans leur accord !"

Depuis que j’ai été libérée l’an dernier, les autorités ont tenté de faire pression sur l’association des avocats pour qu’elle m’interdise de travailler. Le procureur de la prison d’Evin [où elle a été détenue, NDLR], les services de renseignement et les forces de sécurité ont travaillé ensemble dans ce but, selon des sources dont je dispose au sein de l’association. Le procureur d’Evin a demandé à voir quatre membres du conseil des directeurs de l’association et les a menacés de les accuser de plusieurs délits. Cela n’a pas fonctionné et le tribunal interne du barreau m’a innocentée il y a six mois. J’ai donc été autorisée à continuer d’exercer.

Mais les autorités sont parvenues à ce qu’un deuxième tribunal de l’association des avocats réexamine mon cas. Les juges de ce tribunal étaient alliés avec les autorités. Ils m’ont donc déclarée coupable.

Je n’ai pas fait appel du verdict car je ne voulais pas poursuivre mes collègues et porter cette affaire devant la justice iranienne qui, selon moi, est défectueuse et ne sert qu’à opprimer les gens. J’ai donc décidé de recourir à un autre droit civique garanti par la Constitution : le droit de manifester pacifiquement.

J’exige que l’association des avocats me laisse travailler. Mais je veux également qu’elle se débarrasse de ses juges qui coopèrent avec les autorités. Enfin, je veux que tous mes collègues qui se trouvent en prison pour avoir défendu des activistes, des journalistes ou des figures politiques soient libérés immédiatement.

Je suis très inquiète concernant la situation des avocats en Iran. Notre profession est attaquée. Durant plusieurs années, le système judiciaire a fait pression sur les prévenus, afin qu’ils ne choisissent pas des avocats connus pour défendre les droits de l’Homme. Mais récemment, ils sont allés encore plus loin, en commençant à assigner des avocats aux prévenus. C’est ce qui s’est produit avec Ghoncheh Ghavami [qui a été emprisonnée pour avoir voulu assister à un match de volley-ball masculin, NDLR]. Elle a commencé une grève de la faim en guise de protestation.

Nasrim Sodouteh et ses amis, devant le bâtiment de l’association des avocats.