TUNISIE

Inquiétudes sur le sort de deux journalistes tunisiens kidnappés en Libye

Cela fait plus d'un mois et demi que Sofiene Chourabi, journaliste tunisien et Observateur de France 24 lors de la révolution tunisienne, a disparu avec un collègue photographe alors qu’ils réalisaient un reportage en Libye. Très inquiets, ses proches redoutent que les élections tunisiennes et le chaos qui prévaut en Libye ne viennent entraver les recherches. Lire la suite...

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Dernière photo prise par Sofiene Chourabi (à droite) et Nadhir Ktari (à gauche) lors de leur passage en Libye le 3 septembre. Depuis, ces derniers sont portés disparus en Libye. 

Cela fait plus d'un mois et demi que Sofiene Chourabi, journaliste tunisien et Observateur de France 24 lors de la révolution tunisienne, a disparu avec un collègue photographe alors qu’ils réalisaient un reportage en Libye. Très inquiets, ses proches redoutent que les élections tunisiennes et le chaos qui prévaut en Libye ne viennent entraver les recherches.

Sofiene Chourabi était parti avec un photographe, Nadhir Ktari, réaliser un reportage dans la région d’Ajdabiya, dans l’est de la Libye, sur les conséquences de la crise libyenne sur la Tunisie pour la chaîne privée First TV. La zone est sous le feu de combats entre soldats appartenant aux factions loyales au général Haftar et les milices jihadistes qui contrôlent notamment Benghazi.

Début septembre, une milice proche du général Haftar dans la ville de Brega avait brièvement détenu les deux journalistes avant de les relâcher en leur accordant 12 heures pour quitter le territoire. Mais les journalistes n’ont pas pu être rapatriés à temps. Capturés une deuxième fois par des ravisseurs inconnus, les deux journalistes n’ont depuis plus donné signe de vie.

Les deux journalistes, Sofiene Chourabi et Nadhir Ktari ont disparu depuis plus d'un mois et demi. Photo publiée sur leur groupe de soutien.

"On a le sentiment que les élections en Tunisie relèguent le sort de nos amis au second plan"

Depuis le début du mois d’octobre, la famille, mais aussi différents comités de soutien manifestent devant l’ambassade de Libye et le ministère des Affaires étrangères pour réclamer la libération des deux journalistes. Alaa Talbi, militant des droits de l’Homme, a participé à ces manifestations.

La seule nouvelle que nous avons de Sofiene et Nadhir depuis le 18 septembre se résume en une phrase dans un communiqué du ministère tunisien des Affaires étrangères : "Ils se portent bien". Et c’est tout. On ne sait toujours pas qui les a kidnappés, et pour quelle raison ils n’ont pas pu être exfiltrés après l’ultimatum de la milice de Brega.

Sofiene savait que la zone était dangereuse : il enquêtait sur les conséquences de la crise libyenne sur la Tunisie, et notamment sur les raisons qui poussent des millions de Libyens à fuir les combats entre milices rivales pour se réfugier en Tunisie. Ils cherchaient également des informations sur le trafic d’armes qui s’est renforcé dans la région. Le problème principal est que du côté libyen, il n’y a pas d’État et donc nous n’avons pas d’interlocuteur fiable : les uniformes officiels se mêlent à ceux des milices [qui se disputent le contrôle des checkpoints, NDLR] et la donne change en permanence en fonction d’intérêts ponctuels.

"Impossible d’imaginer qu’on devra attendre la fin des élections pour que quelque chose bouge"

L’autre point, qui nous inquiète encore plus, c’est l’arrivée des élections législatives [le week-end du 25 octobre] puis présidentielle [en novembre] en Tunisie. Nous avons l’impression que cela relègue au second plan la situation de Sofiene et Nadhir car tout le monde est concentré sur le processus politique, les campagnes... mais il est impossible pour nous d’imaginer qu’on devra attendre deux mois avant que quelque chose ne bouge.

On sait que les choses peuvent aller vite : en juin dernier, un diplomate tunisien enlevé depuis trois mois à Tripoli avait recouvré la liberté [ses ravisseurs avaient revendiqué son kidnapping dans une vidéo publiée sur YouTube, NDLR] Même si aucune vidéo ou indice n’a pour l’instant filtré concernant nos amis, on espère que les autorités vont accélérer sur ce dossier. Ma peur, c’est que des milices libyennes kidnappent encore d’autres ressortissants tunisiens dans l’indifférence générale.

Des membres du comité de soutien de Sofiene Chourabi et Nadhir Ktari manifestent le 13 octobre devant l'ambassade de Libye en Tunisie. Photo publiée sur le groupe de soutien aux journalistes.

Un "observateur" au cœur de la révolution tunisienne

Au moment de la révolution tunisienne, Sofiene Chourabi a collaboré a plusieurs reprises avec les Observateurs de France 24. Ancien journaliste pour un journal d’opposition sous Ben Ali, il est devenu l’un des blogueurs les plus influents en Tunisie grâce à sa couverture des manifestations à Tunis, lui permettant notamment de remporter un prestigieux prix algérien pour la liberté de la presse 2011.

Vous pouvez retrouver ci-dessous des articles écrits avec les témoignages de Sofiene sur le site des Observateurs :