Des "Okada riders' à Freetown, la capitale de la Sierra Leone. Photo prise et envoyée à France 24 par Ibrahim Shaid.

En Sierra Leone, les "Okada riders" ne sont pas tout à fait des chauffeurs de motos-taxis comme les autres. Beaucoup d’entre eux sont d’anciens rebelles qui ont pris part à la guerre civile achevée en 2002. Aujourd'hui, ils se retrouvent désœuvrés : comme l’ensemble de l’économie du pays, leur business est mis à mal par l’épidémie et par les mesures des autorités pour limiter la propagation du virus. Lire la suite…

L’idée de créer les "Okada riders" a germé au lendemain de la guerre, alors que des milliers de Sierra Léonais, notamment des jeunes sans emploi, cherchaient une source de revenu. Mais depuis que les autorités ont décidé de réduire les horaires autorisés de service et de restreindre le nombre de passagers par course, leur situation économique se dégrade : beaucoup ne gagnent plus que 25% des revenus qu’ils percevaient avant que l’épidémie ne se déclare en mai dernier.

 
Des "Okada riders' à Freetown, la capitale de la Sierra Leone. Photo prise et envoyée à France 24 par Ibrahim Shaid.

 

“Ces gens pourraient basculer à nouveau dans le crime pour pouvoir joindre les deux bouts”

Samuel Lavely est un représentant de l’Union nationale des conducteurs de moto, l’organisme qui supervise les activités des Okada riders en Sierra Leone.
 
"Les Okada riders ont été depuis des années un élément de base de l’économie du pays. Nous comptons 147 000 membres en Sierra Leone. Mais l’explosion d’Ebola est une vraie épreuve pour notre business, car jusqu’ici nous travaillions 24 heures sur 24. Or, désormais, le gouvernement ne nous autorise plus à travailler entre 19 heures à 7 heures. Le prix à payer pour les chauffeurs est lourd. Par ailleurs, beaucoup de gens se retrouvent sans moyen de transport accessible.

En temps normal, le pic d’activité pour les Okada riders est autour de 21 heures, au moment où les gens quittent le travail. Heure à laquelle nous ne pouvons plus travailler. Ça met une énorme pression sur les jeunes conducteurs car ils ne se font plus assez d’argent pour se payer, par exemple, leurs frais d’université. Si un Okada rider se fait attraper par la police dans les rues après 19 heures, il peut se faire arrêter et être jugé pour ça. Du coup, passé cette heure, la plupart des gens se déplacent à pied.

Des "Okada riders' à Freetown, la capitale de la Sierra Leone. Photo prise et envoyée à France 24 par Ibrahim Shaid.

Les motos-taxis sont le moyen de transport principal en Sierra Leone. Le mauvais état des routes fait qu’il est souvent difficile pour des véhicules de se rendre dans les quartiers les plus pauvres. Ils restent dans les rues principales. Les Okada riders sont donc les seuls à pouvoir transporter les gens dans les quartiers défavorisés. C’est un moyen de déplacement très populaire car ils accèdent à 90% des villages.

"Les mesures prises ont permis de limiter la propagation d’Ebola, mais c’est à nos dépens"

Une des raisons pour lesquelles le gouvernement a décrété ces restrictions est que la plupart des gens se déplacent entre les quartiers pauvres et le centre des villes. Et, comme Ebola a commencé à se répandre dans les quartiers ruraux défavorisés, les autorités craignaient que transporter les gens de et vers ces zones n’accroisse encore plus la propagation de l’épidémie [l’explosion actuelle d’Ebola a commencé dans des zones rurales avant de s’étendre vers des villes comme la capitale Freetown, ou Conakry, capitale de la Guinée voisine]. Dans un sens, les mesures prises ont permis de limiter l’a propagation d’Ebola, mais c’est à nos dépens.

Des "Okada riders' à Freetown, la capitale de la Sierra Leone. Photo prise et envoyée à France 24 par Ibrahim Shaid.

Le virus a coûté la vie à treize de nos chauffeurs de moto. Simplement parce qu’ils ont transporté des gens malades, sans savoir qu’ils avaient le virus. Dans les premiers temps où l’épidémie est apparue, beaucoup de gens pensaient que ce n’était pas vrai, et du coup, ne prenaient aucune précaution.

Après la guerre, il n’y avait pas de travail et le chômage des jeunes était très élevé. L’insécurité était galopante. Il y avait régulièrement des vols à main armée. Mais avec le développement des motos-taxis, le nombre de ces vols avait drastiquement diminué. Ça a été la meilleure opportunité de travail pour beaucoup de jeunes. Ce qui nous fait peur, c’est que ces gens basculent à nouveau dans le crime pour pouvoir joindre les deux bouts. "

L’épidémie Ebola a fait au moins 4 000 morts, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la plupart dans trois pays, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Le Fonds Monétaire international a estimé en conséquence que la croissance 2014 de la Sierra Leone serait 3,5 points inférieure à ses prévisions.

Article écrit en collaboration avec Andrew Hilliar (@andyhilliar), journaliste à France 24.