SOUDAN

Des obus transformés en outils agricoles

Depuis plus de trois ans, le gouvernement soudanais mène une intense campagne de bombardements sur les monts Nouba, dans la région du Kordofan du Sud. Une zone privée de tout, où les villageois sont désormais contraints de recycler les bombes pour pouvoir cultiver leurs terres.

Publicité

Depuis plus de trois ans, le gouvernement soudanais mène une intense campagne de bombardements sur les monts Nouba, dans la région du Kordofan du Sud. Une zone privée de tout, où les villageois sont désormais contraints de recycler les bombes pour pouvoir cultiver leurs terres.

Depuis juin 2011, les combats se poursuivent entre l'armée soudanaise et les rebelles du mouvement populaire soudanais de libération du Nord (SPLM-N) pour le contrôle cette région, frontalière du Soudan du Sud riche en pétrole.

Et dans la zone montagneuse des monts Nouba, le gouvernement de Khartoum mène des bombardements aveugles qui ont fait des dizaines de victimes parmi la population civile et ont gravement perturbé la vie des villageois.

"Ces obus sont ensuite transportés chez un forgeron qui fait fondre la partie extérieure puis la transforme"

Azhari fait partie d’un réseau de journalistes citoyens qui couvrent, pour le site Nouba Reports, les exactions du gouvernement soudanais dans cette région. Il est l’auteur de la vidéo ci-dessous qui décrit le recyclage des obus.

Depuis le début du conflit, on a compté que plus de 1 920 bombes se sont abattues sur les villages des monts Nouba. Par ailleurs, les autorités de Khartoum bloquent l’accès à l’aide humanitaire et le passage des marchandises.

Au fil du temps, les fermiers - ceux qui n’ont pas fui la région - se sont rendus compte qu’ils n’avaient plus de quoi faire fonctionner leurs tracteurs en raison du manque de pièces de rechange et de carburant. Peu à peu, ils ont donc collecté les obus pour les transformer en bêches afin de pouvoir labourer manuellement la terre et faire pousser notamment du maïs.

Légende : Azhari nous explique que le souffleur qu’on voit sur la vidéo à côté du forgeron est mort il y a quelques semaines dans le bombardement d’un village appelé Um Sardaba.

Les villageois ne recyclent que les obus qui ont déjà explosé, et ils sont maniés avec précaution avec des bouts de tissus car ils contiennent parfois des produits toxiques. Ces obus sont ensuite transportés chez un forgeron qui fait fondre la partie extérieure puis la transforme. Quant aux obus qui n’ont pas explosé, on évite de les manipuler car ils peuvent se déclencher à tout moment.

Ces bombes sont nombreuses surtout dans les villages proches de la ligne de front, comme les districts de Tongoli, Abbsyya et Rashad. Mais il y a très peu de forgerons dans ces zones, parfois il n’y en a qu’un seul par district comme à Um Dorain. Les villageois doivent donc parcourir des dizaines de kilomètres pour les trouver.

Malheureusement, ce n’est pas ce matériel de fortune qui va régler le problème de la nourriture dans les monts Nouba, qui sont actuellement menacé par la famine. Nous sommes en pleine période de sécheresse et beaucoup de paysans ont fui et laissé leurs champs à l’abandon. Il est indispensable que le gouvernement de Khartoum accepte de laisser passer l’aide humanitaire.