Colombie

Le suicide d’un lycéen gay rouvre le débat sur l’homophobie

Le 5 août 2014, Sergio Urrego, un Colombien de 16 ans, s'est suicidé dans un centre commercial de Bogotá, après avoir été victime de harcèlement moral au sein de son école, en raison de son homosexualité. Révélé par sa famille un mois plus tard, son acte désespéré a rouvert le débat sur la persistance de l’homophobie dans la société colombienne.

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"Ils ne souilleront pas le nom de Sergio", "Sergio, tu vivras toujours". Des banderoles ont été déployées devant l’établissement où Sergio Urrego étudiait, près de Bogotá, lors d'un rassemblement de 300 personnes organisé par l’ONG Colombia Diversa, le 12 septembre 2014. Photo de Diego Quintero (@DiegoQuintero).

Le 5 août 2014, Sergio Urrego, un Colombien de 16 ans, s'est suicidé dans un centre commercial de Bogotá, après avoir été victime de harcèlement moral au sein de son école, en raison de son homosexualité. Révélé par sa famille un mois plus tard, son acte désespéré a rouvert le débat sur la persistance de l’homophobie dans la société colombienne.

La direction de son établissement scolaire – une institution catholique – lui avait interdit de venir en classe en raison de son orientation sexuelle. Elle avait ensuite réclamé une certification de suivi psychologique à sa famille, afin que le lycéen puisse retourner en cours.

Une femme dénonce les pressions subies par Sergio Urrego dans l’établissement où il étudiait, le 12 septembre 2014. Photo de Diego Quintero (@DiegoQuintero).

"La ministre de l'Éducation a fait son coming-out et révélé sa relation avec la ministre de l'Industrie"

Selon Thibault Butcher (son nom a été modifié à sa demande), membre de Colombia Diversa, une ONG colombienne défendant les droits des personnes LGBT (Lesbiennes, gays, bi et transexuels), le drame a ému l’ensemble du pays.

Il y a eu beaucoup de sujets consacrés à Sergio Urrego dans la presse nationale, à la télévision et la radio. Des rassemblements ont été organisés à Bogotá, à l’appel de notre organisation par exemple, et à Medellín. Plusieurs responsables politiques ont réagi. La ministre de l’Éducation nationale, Gina Parody, a condamné l’attitude de la direction de l’école. Elle vient aussi de faire son coming-out et a révélé sa relation avec la ministre de l’Industrie. Il y a aussi eu des réactions en province, comme à Neiva (sud), où des établissements scolaires ont lancé des programmes de sensibilisation au sujet des LGBT.

Le 24 septembre, le tribunal administratif de Cundinamarca (département de Bogotá) a reconnu la discrimination dont Sergio Urrego avait été victime au sein de son établissement, le Gimnasio Castillo Campestre. Une professeure a également révélé, sous couvert d’anonymat, avoir été soumise à des pressions afin qu’elle donne de mauvaises notes au lycéen, en raison de son homosexualité.

Rassemblement devant le Gimnasio Castillo Campestre pour rendre hommage à Sergio Urrego, le 12 septembre 2014. Photo de Diego Quintero (@DiegoQuintero).

"87 personnes sont mortes en raison de leur orientation sexuelle en Colombie en 2012"

Si la lutte contre l’homophobie progresse en Colombie, Thibault Butcher estime qu’il reste toutefois du chemin à faire.

Selon Colombia Diversa, 87 personnes sont mortes en raison de leur orientation sexuelle dans le pays en 2012. Une vingtaine d’actions policières violentes ont été menées contre des personnes LGBT au cours la même année. La situation reste donc critique. Encore tout récemment, la prestation de Géronimo Ángel, le fils d'un footballeur connu [Juan Pablo Ángel, joueur de l’Atlético Nacional, NDLR], lors de l'émission "The Voz Kids" a généré de nombreux commentaires homophobes et violents sur les réseaux sociaux, en raison du caractère prétendument "efféminé" de l'adolescent.

En 2010, une étude du Secrétariat de la Planification avait déjà mis en lumière la persistance de l’homophobie dans la société colombienne. Selon elle, 98 % des lesbiennes, gays, bi et trans résidant à Bogotá indiquent avoir subi des discriminations ou vu leurs droits bafoués. Parmi les jeunes ayant arrêté leurs études, 12 % l’ont fait en raison de leur orientation sexuelle.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à France 24.