Des réfugiés kurdes à la frontière turque, près de Kobané. Toutes les photos ont été transmises par Zara Misto, rédacteur pour la site Welatî.

À Kobané, ville syrienne située près de la frontière turque, les combats de rues font rage entre les jihadistes de l’organisation de l'État islamique (EI) et les combattants kurdes. À quelques centaines de mètres de là, plus de 2 000 réfugiés kurdes s’entassent à la frontière turque, sur un terrain parsemé de mines anti-personnel. Témoignage…

Ces réfugiés kurdes, essentiellement des familles de fermiers, campent depuis une vingtaine de jours dans un no man’s land à la frontière entre les deux pays. Ils sont pris entre deux feux : les autorités turques qui refusent de les laisser traverser la frontière avec leurs engins et leurs bétails, et les combattants de l’EI qui se rapprochent dangereusement.

Les réfugiés sont installés à Tel al-Chair, à environ deux kilomètres à l’ouest, et à Kikane, à quatre kilomètres à l’est de Kobané. Des zones sont truffées de mines anti-personnel plantées par les autorités turques dans les années 80 et qui ont déjà fait plusieurs blessés parmi les réfugiés ces dernières semaines.

Les barbelés délimitant la frontière turco-syrienne. L'armée turque a déployé ses chars et les réfuigiés syriens ne désespérent pas de pouvoir emmener leurs biens en Turquie.

"Plusieurs enfants ont été blessés et certains ont même dû être amputés"

Idris a fui il y a quelques jours son village, près de Kobané, et se trouve à Tel al-Chair, à un kilomètre de la zone de combats.

Nous sommes confrontés à un choix très compliqué. Passer la frontière turque et laisser nos biens derrière nous, au risque qu’ils soient volés, ou rester à Kobane et mourir dans les combats.

Des centaines de familles sont parquées ici. Nous sommes contraints de dormir à même le sol et nous ne recevons qu’un seul repas par jour de la part d’ONG, comme le Croissant-rouge turc. Ankara a autorisé ceux qui le souhaitent à traverser la frontière, mais elles refusent toujours catégoriquement de laisser passer les cheptels, les véhicules et autres engins agricoles. Une fois passée la frontière, il ne sera plus permis aux réfugiés de revenir en Syrie. Ils sont donc obligés d’abandonner leurs biens et de recommencer leur vie de zéro. Certains habitants de Kobané ont réussi à faire passer leurs bétail de l’autre côté de la frontière, en douce, mais la plupart des réfugiés ne peuvent pas le faire car la surveillance a été renforcée.

 
  
Les autorités turques ont mis un garage à disposition des réfugiés. Mais la plupart refusent de laisser leurs voitures à cet endroit, car ils craignent les vols. D’autant plus que les Turcs ont demandé aux réfugiés de signer un document stipulant que les autorités ne seraient pas responsables en cas de vol ou de dommages sur leurs véhicules.
 
"Les Turcs ont les moyens d’éviter de tels drames en ouvrant la frontière"

Comme il y a des mines disséminées sous terre, plusieurs enfants ont été blessés et certains ont même dû être amputés [au moins trois enfant ont été touchés]. Certes, les autorités turques interviennent rapidement pour les transporter à l’hôpital, mais ils ont les moyens d’éviter de tels drames en ouvrant la frontière et ils ne le font pas. 
 

  
Les conditions d’hygiène sont catastrophiques ici. Il y a une pénurie d’eau, nous n’en avons pas assez pour nous laver. Et comme il n’y a pas de toilettes, les gens sont contraints de faire leurs besoins pratiquement en public. De temps à autre, les soldats turcs laissent passer de l’avoine pour nourrir les animaux, mais à cause du manque d’eau, plusieurs vaches sont mortes de déshydratation ces derniers jours, ce qui a provoqué des odeurs pestilentielles. Nous avons peur surtout que les enfants attrapent des maladies.

Je ne veux plus rester à Kobané, d'autant plus que mes enfants vivent dans une autre ville syrienne très éloignée. Je vais donc laisser ma voiture et passer la frontière pour chercher du travail.