GAZA

À Gaza : "On vit dans le noir et les décombres"

L’opération Bordure protectrice de cet été a fait de Gaza un champ de ruines. Un mois et demi après la fin des combats, un Observateur gazaoui explique à quel point la vie est rendue difficile après les destructions d’écoles, d’immeubles et d’infrastructures.

Publicité

Des maisons détruites par les frappes israéliennes à Gaza. 

L’opération Bordure protectrice de juillet et août dernier a fait de Gaza un champ de ruines. Un mois et demi après la fin des combats, un Observateur gazaoui explique à quel point la vie est rendue difficile après les destructions d’écoles, d’immeubles et d’infrastructures.

Selon l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, environ 80 000 domiciles ont été détruits au cours des 50 jours qu’ont duré les hostilités. Et au total, 188 écoles ont été touchées, dont 22 ont été totalement détruites.

L’accès à l’eau est aussi beaucoup plus compliqué depuis l’opération. Le bombardement de l’unique centrale électrique de la ville a provoqué une véritable pénurie de courant.

Selon les experts des Nations Unies, il faudra 20 ans pour reconstruire Gaza, si le blocus israélien continue.

Une vue aérienne prise fin août montrant l'ampleur des dégâts sur le quartier d'Al-Shejaiya à Gaza City. Vidéo : Media Town.

"On reste assis à la maison dans l’obscurité sans télévision, sans rien"

Mohammed Salam est étudiant en journalisme à Gaza.  

 

La plus grosse différence depuis la fin des bombardements est l’alimentation en électricité. Avant on avait huit heures avec, puis huit heures sans et ainsi de suite. Maintenant, on a plus que six heures toutes les 24 heures. Nous sommes très peu à Gaza à pouvoir nous payer un générateur et le fuel qui l’alimente. La plupart des foyers utilisent des batteries de secours de type ASI mais ce n’est pas suffisant.

Pour les étudiants comme moi, c’est difficile. On a de l’électricité à des moments différents selon les quartiers donc je vais chez des amis pour réviser. Moralement aussi c’est dur. Souvent, on reste assis à la maison dans l’obscurité sans télévision, sans rien.

 

On a toujours connu des problèmes d’accès à l’eau, mais maintenant, dans mon quartier de Nasser, on y a droit seulement quelques heures tous les quatre jours, tandis que dans d’autres zones, c’est seulement une fois par semaine. Sans électricité les pompes ne fonctionnent pas donc l’alimentation est bloquée.

 

"Si une pièce tient encore debout, ce sont les femmes et les filles qui s’y installent"

Ma famille a eu de la chance. Notre maison n’a pas été touchée. La plupart de ceux qui ont perdu leur maison sont partis vivre dans des abris, notamment dans d’anciennes écoles. Mais ils sont les uns sur les autres et les conditions sanitaires sont catastrophiques si bien que beaucoup reviennent s’installer dans des tentes sur les ruines de leur maison. Si une pièce tient encore debout, ce sont les femmes et les filles qui s’y installent et les hommes de la famille restent dehors.

Dans un quartier, une ONG a installé 50 mobiles homes pour les familles. C’est le seul projet positif que j’ai vu. Aucune maison n’a été reconstruite.  Et ce n’est pas une question d’argent : les matériaux de base comme le ciment ne sont simplement pas disponibles. Depuis la révolution égyptienne, beaucoup des tunnels entre Gaza et l’Égypte ont été fermés et les matériaux n’entrent plus.

 

“Les classes qui étaient déjà bondées comptent maintenant jusqu’à 65 élèves”

Le système éducatif aussi a été sérieusement touché. Beaucoup d’écoles sont en ruines et les élèves ont dû être envoyés ailleurs. Les classes, dans lesquelles s'entassaient déjà 40 à 50 élèves avant, en comptent maintenant jusqu’à 65. Et le nombre d’heures de cours est beaucoup moins important car les équipes professorales font des roulements. C’est très inquiétant sur le long terme.

 

Ici, les gens n’ont pas d’espoir. Ils ne comptent sur personne pour les aider à reconstruire Gaza - ni le gouvernement, ni les pays arabes, ni même les organisations internationales. Les jeunes comme moi, qui ne sont affiliés ni au Hamas, ni au Fatah, veulent juste partir, légalement ou pas.

Vidéo de UNRWA. Yasin, neuf ans, montre les dégats dans son école à Khuza’a.