LIBYE

À Tripoli, les étudiants reconstruisent ce que les combats détruisent

La rentrée universitaire à Tripoli, la capitale libyenne, a été retardée par les combats entre milices qui ont transformé la ville en champs de bataille. Mais plutôt que d’attendre les bras croisés la reprise des cours, un groupe d’étudiants s’est mis à retaper les maisons détruites durant le conflit.

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Un étudiant répare une maison incendiée à Tripoli. Toutes les photos ont été publiées par cette page Facebook.

La rentrée universitaire à Tripoli, la capitale libyenne, a été retardée par les combats entre milices qui ont transformé la ville en champs de bataille. Mais plutôt que d’attendre les bras croisés la reprise des cours, un groupe d’étudiants s’est mis à retaper les maisons détruites durant le conflit.

L’ONG "Comité de coordination des étudiants de l’université de Tripoli" a tout juste un mois. Elle a été créée alors que les balles des miliciens sifflaient encore dans la capitale.  Les bénévoles ont commencé en rassemblant des dons pour les familles dont les maisons avaient été pillées et en louant des bus pour que les personnels hospitaliers puissent se rendre au travail alors que la capitale connaissait une pénurie d’essence.

Le mois dernier, une alliance de milices islamistes, principalement originaires de Misrata, a pris le contrôle de la capitale et a mis en déroute un groupe rival, de la ville de Zintan, aux termes de combats acharnés. Et si les affrontements se poursuivent à l’extérieur de Tripoli, la ville a retrouvé depuis un calme relatif. L’université devrait rouvrir ses portes d’ici une semaine.

Des bénévoles dans une maison de Tripoli.

"Des gens nous appellent de toute la ville. La liste ne cesse de s’allonger"

Muad Majdub est le directeur de cette ONG. Il est, depuis peu, diplômé de l’université de Tripoli en ingénierie électrique.

J'ai passé des semaines cloîtré chez moi à regarder les affrontements à la télévision [la plupart ont eu lieu à la périphérie de la ville, notamment près de l’aéroport]. Et je me demandais ce que je pourrais faire pour aider.

Quand j'ai découvert l'existence de cette ONG, qui a lancé une page Facebook pour répertorier les besoins des habitants, je l'ai rejoint sans hésiter.

Rapidement, on a reçu des coups de téléphone de personnes aisées de Tripoli, mais aussi d’autres villes, qui nous ont proposé leur aide. Nous avons même été contactés par des hommes d’affaires installés au Maroc ou au Royaume Uni. Ils nous ont transféré des dons via des proches qui vivent ici. Enfin, on a récupéré un peu d’argent en installant à la mosquée une boîte pour les dons.

La semaine dernière, on a commencé à retaper une première maison très endommagée car elle avait pris feu pendant le conflit. Une quinzaine de volontaires y travaillent. D’après ce que nous ont dit la famille et les voisins, les combats ont provoqué des tensions entre des habitants qui supportaient différents camps et c’est par des habitants malveillants que cette maison aurait été incendiée. 

D’autres maisons ont été saccagées parce que les familles avaient laissé des snipers y entrer. Mais juste après le départ des miliciens, d’autres personnes sont venues se venger. Mais nous tenons à rester en dehors de la politique. En fait, nos bénévoles sont de bords différents, mais on met tout ça de côté car notre but commun, c’est de soulager les souffrances des habitants.

Certains d’entre nous ont des compétences spécifiques comme par exemple les étudiants en génie civil. Et pour chaque tâche, que nous ne sommes pas capable d’assumer, soit nous payons des professionnels soit nous faisons appel à leur solidarité.

Des gens nous appellent de toute la ville. La liste ne cesse de s’allonger. Certaines maisons ont été détruites par des tirs de rocket, notamment celles qui sont sur la route de l’aéroport et dans l’ouest de la ville où les miliciens se battaient encore il y a deux semaines. Certaines habitations ont aussi été pillées et saccagées. On va s’en occuper, une par une, en rassemblant le maximum de fonds et de bras.

Tout ça reste une goutte d’eau dans l’océan. C’est le gouvernement qui devrait aider ces personnes dans le besoin, mais ce n’est pas leur priorité. [La Libye a actuellement deux parlements. L’un, nouvellement élu, siège actuellement à Tobrouk, à des centaines de kilomètres de la capitale. L’ancien, dominé par les islamistes, continue de siéger à Tripoli et a voté la dissolution du premier]. Nous avons contacté des conseils de quartiers, envoyé des photos de maisons endommagées, mais cet appel à l’aide est resté sans réponse.

Dans cette vidéo, des bénévoles emballent et livrent un réfrigérateur pour une famulle dont la maison a été pillée.