VENEZUELA

La contestation reprend à San Cristobal, ville rebelle du Venezuela

Après avoir été l’épicentre d’un vaste mouvement de contestation contre la vie chère, en février dernier, la ville de San Cristobal, dans l’ouest du Venezuela, s’est à nouveau embrasée lundi. Notre Observatrice a filmé depuis sa fenêtre les violents affrontements qui ont opposé manifestants et forces de l’ordre.

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Capture d'écran d'une vidéo postée par notre Observtrice sur Instagram.

Après avoir été en février dernier l’épicentre d’un vaste mouvement de contestation contre la vie chère, la ville de San Cristobal, dans l’ouest du Venezuela, s’est à nouveau embrasée, lundi. Notre Observatrice a filmé depuis sa fenêtre les violents affrontements qui ont opposé manifestants et forces de l’ordre.

L’augmentation des prix dans les transports, l'insécurité et la pénurie des produits alimentaires de base sont autant de motifs de colère pour les manifestants. Un cercle de mécontents qui s’est récemment agrandi puisqu’il compte désormais les chauffeurs routiers, premières victimes de la décision du gouvernement de fermer ses frontières avec la Colombie la nuit. Une mesure en vigueur depuis le 12 août, destinée à lutter contre la contrebande qui fait sortir du pays essence et produits de première nécessité.

Un autre sujet de discorde, toujours en lien avec la contrebande, concerne la mise en place d’ici la fin de l’année de lecteurs d’empreintes digitales afin de contrôler les achats de chacun. "Un système biométrique que l’on retrouvera dans tous les établissements et réseaux de chaînes de distribution du pays", a déclaré le président Nicolas Maduro, assurant que ce programme était une "bénédiction antifraude".

Ce système de relevé d’empreintes vise à empêcher qu’une personne achète le même produit dans des quantités ou à une fréquence dépassant son simple usage personnel. Car la contrebande peut s’avérer juteuse compte tenu des énormes différences de prix entre la Colombie et le Venezuela. À Caracas, un plein d’essence, produit subventionné, coûte moins cher qu’une bouteille d’eau.

Selon les autorités vénézuéliennes, les activités de contrebande représentent d’importantes pertes économiques pour le pays : 40 % des produits de première nécessité et l’équivalent de 100 000 barils de pétrole par jour, soit 2,7 milliards d’euros par an.

Un véhicule blindé de l'armée enfonce le portail d'une résidence privée à l'intérieur de laquelle se trouvent des manifestants. Vidéo postée sur Instagram par Nathaly Sinamaica.

Les forces de l'ordre ont été accueillies dans le quartier de Las Pilas, à San Cristobal, par des cocktails Molotov. Vidéo postée par Nathaly Sinamaica sur Instagram.

"San Cristobal est la seule ville vénézuélienne quadrillée depuis des mois jour et nuit par l’armée"

Nathaly Sinamaica vit dans le quartier de Las Pilas, à San Cristobal, où ont eu lieu les principaux heurts entre manifestants et la Garde nationale bolivarienne (GNB), une composante de l’armée vénézuélienne chargée de la sécurité intérieure. Depuis sa fenêtre et à l’aide de son téléphone portable, elle a réalisé plusieurs vidéos montrant ces scènes de violence.

La rue a commencé à s’animer sur les coups de 4h du matin [lundi] mais j’ai commencé à filmer environ une heure plus tard, quand la Garde nationale a fait irruption dans le quartier avec des véhicules blindés de l’armée. Un peu plus tôt, les manifestants avaient érigé des barricades avec des ordures en plein milieu de la route et accueilli les forces de l’ordre par des jets de cocktails Molotov, lesquelles ont répondu par des tirs de gaz lacrymogènes et de chevrotines, des munitions abondamment utilisées en février lors des dernières grosses contestations.

Dans l’une des vidéos, on peut voir un des engins blindés enfoncer le portail d’un complexe résidentiel à l’intérieur duquel s’étaient réfugiés plusieurs protestataires. Comme le montre une autre séquence que j’ai filmée, les échanges de projectiles se sont poursuivis pendant plusieurs heures de chaque côté du portail.

Vers 10h, l’arrivée de renforts policiers ont permis de disperser la foule et de rétablir l’ordre. Plusieurs personnes ont été blessées. Hier, il a beaucoup plu dans la région, ce qui peut expliquer le fait qu’il n’y ait pas eu de débordements mais c’est un calme précaire.

Entre la forte inflation, les pénuries alimentaires et plus récemment la fermeture de la frontière avec la Colombie durant la nuit et le projet de lecteurs d’empreintes digitales pour lutter contre la contrebande, la contestation gronde au Venezuela. À San Cristobal, qui est située à seulement 25 kilomètres de la Colombie et donc particulièrement concernée par les mesures gouvernementales anti-fraude, la population est également agacée de voir la ville quadrillée jour et nuit par l’armée. Cela fait des mois que cela dure car cette ville est dans le collimateur du gouvernement après les évènements de février. Cela crée un climat de tension permanent.

Certaines voix dans l'opposition s’élèvent contre le système de relevé d’empreintes qui équivaut selon elles au livret de rationnement en vigueur à Cuba, un système qui oblige non seulement la population à limiter ses dépenses mais qui coûte aussi très cher au gouvernement [760 millions d’euros chaque année, NDLR]. Est-ce vraiment le bon modèle à adopter ? On a le droit d’en douter.

En février, le Venezuela avait été secoué par une vague de contestation menée par des étudiants et des opposants au pouvoir qui protestaient alors contre la mauvaise gestion du pays, les difficultés d'accès aux biens de première nécessité et l’insécurité. Parallèlement à ces manifestations, des rassemblements en soutien au gouvernement s’étaient également formés et les heurts entre pro et anti-Nicolas Maduro, qui préside aux destinées du pays depuis avril 2013, avaient été particulièrement violents, notamment à San Cristobal. Une grogne qui aura laissé un lourd bilan derrière elle : 43 morts, près de 800 blessés et environ 3 000 personnes interpellées.

Billet rédigé avec la collaboration de Grégoire Remund (@gregoireremund), journaliste à France 24.