BANGLADESH

À Chittagong, "le réchauffement climatique c'est du concret"

Chaque année, les zones inondées sont plus nombreuses autour de la ville côtière de Chittatong, au sud du Bangladesh. Un phénomène imputé à la montée des eaux provoquée par le réchauffement climatique, dans un des pays les plus exposés au phénomène. En photos, notre Observateur a voulu alerter sur les conséquences désastreuses sur le quotidien des habitants.

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Photo extraite de la série Water world 2 de Jashim Salam. Crédit : Jashim Salam.

Chaque année, les zones inondées sont plus nombreuses autour de la ville côtière de Chittatong, au sud du Bangladesh. Un phénomène imputé à la montée des eaux provoquée par le réchauffement climatique, dans l'un des pays les plus exposés au phénomène. En photos, notre Observateur a voulu alerter sur les conséquences désastreuses sur le quotidien des habitants.

Les séries photographiques Water world et Water world II de Jashim Salam consistent essentiellement en des portraits de personnes récemment victimes des inondations. Elles habitent des zones de Chittagong qui ne sont touchées que depuis quelques années.

Photos extraites des séries Water world et Water world 2 de Jashim Salam. Crédit : Jashim Salam.

Le Bangladesh est considéré comme l'un des pays les plus vulnérables au réchauffement climatique. Dans une étude de 2013, la Banque mondiale a estimé que le pays était de plus en plus sujet à "des débordements extrêmes de rivières, des cyclones tropicaux plus intenses, la hausse du niveau de la mer et des températures très élevées". Avec deux tiers de ses terres culminant à moins de 5 mètres au dessus du niveau de la mer, le pays est directement menacé par la montée des mers, provoquée notamment par la fonte des glaces. Les rivières devraient par ailleurs voir leur débit s’intensifier avec la fonte des neiges dans l’Himalaya, tandis que les moussons semblent être de plus en plus denses. Des îles comme Sagar ou Kutubdia ont déjà vu leurs cultures de riz détruites après avoir été rongées par la salinité.

Inondations à Chittagong en 2012. Photo publiée sur le compte Facebook du Secours catholique Meurthe et Moselle.

Inondations à Chittagong en juillet 204. Photo publiée sur Twitter par Kazi Mohoshi Ahmed.

"La rivière qui passe près de chez moi déborde chaque année un peu plus"

Jashim Salam, 35 ans, est photographe documentariste à Chittagong, une ville de 3,5 millions d’habitants située à seulement une trentaine de mètres d’altitude. Touché pour la première fois par des inondations chez lui en 2009, et soumis au phénomène chaque année depuis, il est convaincu que le réchauffement climatique a déjà commencé à affecter son quotidien.

"Chaque année, de juin à septembre, une partie de Chittagong subit des inondations à cause de la mousson. La ville ne dispose pas d’infrastructures d’évacuation suffisamment développées, on manque de canaux d’évacuation et d’égouts, et l’eau a vite fait de stagner. Depuis 2009, les inondations touchent de plus en plus de quartiers et de maisons, comme la mienne. Alors que je n’avais jamais eu d’eau chez moi auparavant, j’en ai désormais chaque année, toujours un peu plus. J’ai donc entrepris le projet documentaire Water world pour en témoigner.

Localisation de la maison de notre Observateur à Chittagong, à proximité immédiate de la rivière Karnaphuli.

Il est vrai que la mousson provoque des chutes de pluies importantes chaque année. Mais le facteur principal me semble être la montée des eaux de la mer. La rivière qui passe près de chez moi et se jette dans l’océan déborde chaque année un peu plus, au point que ma maison est désormais systématiquement touchée. Je ne peux pas dire si l’eau qui rentre est salée : elle est boueuse et assez dégoutante, je n’ai pas essayé de la goûter. Mais tout concorde pour que l’accroissement des inondations résulte de la montée des eaux et du réchauffement climatique en général.

Cette année, pour la première fois, les marchés de Chaktai et Khatungong, très courus à Chittagong, ont été inondés. Des échoppes ont été gravement endommagées par l’eau. Les conséquences économiques sont donc perceptibles. À long terme, la survie de Chittagong est menacée.

"Les pays occidentaux sont responsables du réchauffement, c’est leur devoir de nous aider"

Ma démarche consiste à montrer des personnes de différentes générations dans les inondations pour souligner leur différence de perception. Les personnes plus âgées sont ahuries d’être désormais chaque année les pieds dans l’eau alors que cela ne leur était jamais arrivé auparavant. Les personnes de ma génération doivent comprendre qu’elles connaîtront ces inondations chaque année et sensibiliser leurs enfants en conséquence. Des enfants qui apprendront à vivre avec cette montée des eaux, la trouvant presque normale, car ils n’ont pas connu l’époque où ça n’existait pas.

Bien que la menace que fait peser le réchauffement climatique soit désormais clairement perceptible au Bangladesh, le sujet ne suscite pas vraiment de débats dans la sphère politique et très peu de mesures conséquentes ont été prises pour lutter conte la montée des eaux [en 2009, un plan d’action de 141 millions d’euros a été adopté, comprenant notamment le développement de systèmes d’alerte aux cyclones]. Le pays est très pauvre, il y a des problèmes urgents et le réchauffement est perçu comme un problème de long terme. Peut-être que nous comprendrons dans dix ans… Je constate dans mon travail que la population, souvent très pauvre et peu éduquée, est très peu au fait de ce qu’est le changement climatique et du risque que cela fait peser sur le pays. Je tente donc de leur expliquer et de les sensibiliser. Mais c’est aux pays occidentaux de nous aider. Ils sont en grande partie responsables de ce phénomène, c’est donc leur devoir d’en traiter les conséquences.

Article écrit en collaboration avec Corentin Bainier (@cbainier), journaliste à France 24.