UKRAINE

Un étudiant camerounais "prêt à défier les bombes pour continuer à étudier à Donetsk"

L’armée ukrainienne, qui poursuit depuis bientôt deux mois son offensive contre les séparatistes pro-russes dans l'est du pays, encercle actuellement la ville de Donetsk où de violents affrontements font rage depuis mardi. Si des milliers de civils ont pris la route, notre Observateur, un étudiant camerounais, a, lui, choisi de rester en dépit des risques.

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L’armée ukrainienne, qui poursuit depuis bientôt deux mois son offensive contre les séparatistes pro-russes dans l'est du pays, encercle actuellement la ville de Donetsk où de violents affrontements font rage depuis mardi. Si des milliers de civils ont pris la route, notre Observateur, un étudiant camerounais, a, lui, choisi de rester en dépit des risques.

Depuis deux jours, les combats font rage à l’extrémité ouest de Donetsk où comme nous le confirme notre Observateur, des explosions retentissent régulièrement. Mercredi, cette place forte des séparatistes pro-russes a subi une frappe aérienne non-loin du centre-ville, la première depuis les bombardements en mai de l'armée ukrainienne pour chasser les rebelles de l'aéroport international. L'explosion a soufflé les vitres de trois immeubles de bureaux à proximité. Jeudi, c’est un hôpital qui a été touché par un obus, faisant un mort et deux blessés, selon les autorités sanitaires régionales.

"Il est hors de question que je rentre au Cameroun car cela signifierait que mon projet d’étudier à l’étranger a été un échec"

Cédric S. est Camerounais. Il étudie l’économie à l’université nationale de Donetsk depuis trois ans.

Depuis deux jours maintenant, Donetsk vit au rythme des bombardements. Résultat, les habitants ont deux options : fuir ou rester terré chez eux le temps que les combats cessent. La ville s’était déjà beaucoup vidée de sa population lors des premiers affrontements en mai [ces heurts avaient lieu autour de l’aéroport et avaient fait plusieurs dizaines de morts]. Aujourd’hui, les rues sont complètement désertes et ceux qui osent encore sortir vont uniquement au supermarché du coin où les produits sont de plus en plus rares et de plus en plus chers. Heureusement, mes parents m’envoient régulièrement de l’argent, ce qui me permet d’acheter l’essentiel.

Je partage un appartement du centre-ville avec trois autres étudiants africains. Mais ils sont partis il y a quelques jours en direction de la capitale Kiev, où la situation est un peu plus calme. Si je suis resté c’est parce que je suis dans l’attente de mon renouvellement de titre de séjour qui arrive bientôt à expiration et qui doit être validé par mon université. Pour que ce titre me soit délivré, je dois régulièrement me rendre au département en charge des étrangers pour remplir des formulaires et suivre l’évolution de mon dossier. Je suis bloqué en quelque sorte.

J’habite à quinze minutes de l’université et j’ai conscience des risques que j’encoure. Mais je suis prêt à tout pour rester ici. Il me reste deux ans d’études à faire pour obtenir mon diplôme, il est donc hors de question que je rentre au Cameroun car cela signifierait que mon projet d’étudier à l’étranger a été un échec.

Concernant la situation sur place, je suis sûr que l’horizon va s’éclaircir. Si les séparatistes contrôlent encore la région à l’heure où je parle, l’armée ukrainienne progresse. Il y a un mois, elle est parvenue à reprendre la ville de Sloviansk aux rebelles [ces derniers contrôlaient cette ville de l’est depuis avril et en avaient fait leur principal bastion dans la région], pourquoi n’arriverait-elle pas à reconquérir Donetsk ?

Immeubles de Donetsk endommagés par des obus. Vidéo postée le 7 août sur YouTube.

Un hôpital a également été bombardé ce jeudi 7 août à Donetsk. Photo postée sur Instagram par Olyaulanenko.

Une autre de nos Observatrices, Anja, nous dit qu’elle avait quitté Donetsk pour quelques jours fin juillet, et qu’elle est à nouveau partie mardi avec sa famille. D’après elle, les bombardements sont imprévisibles si bien que la population n’a pas toujours le temps de se réfugier dans des abris anti-aériens. Selon elle, "le train est le moyen le plus sûr car les autoroutes sont situées à proximité de zones de combats intenses où des obus explosent régulièrement."

Conséquence de ce climat de tension permanent, au moins 285 000 personnes ont fui l’est de l’Ukraine ces deux derniers mois, en majorité (168 000) en direction de la Russie, si l’on se réfère aux chiffres publiés mardi par l’ONU. Le mouvement ne ferait d’ailleurs que s’intensifier, atteignant 1 200 personnes par jour depuis deux semaines.

Ce billet a été rédigé en collaboration avec Grégoire Remund (@gregoireremund), journaliste à France 24.