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Raser sa maison pour lutter contre un incendie, une triste habitude à Bukavu

Pour éviter qu’un incendie ne se propage, des habitants du quartier de Mosala, à Bukavu, ont pris, fin juillet, la décision de raser leurs propres habitations. Ce sacrifice est loin d’être exceptionnel dans les quartiers pauvres de cette ville congolaise, assure notre Observateur.

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Maison en flamme dans le quartier de Mosala, à Bukavu, en République démocratique du Congo. Capture d'écran de la vidéo réalisée par notre Observateur Emmak Eli Bigosi et postée sur YouTube.

Pour éviter qu’un incendie ne se propage, des habitants du quartier de Mosala, à Bukavu, ont pris, fin juillet, la décision de raser leurs propres habitations. Ce sacrifice est loin d’être exceptionnel dans les quartiers pauvres de cette ville congolaise, assure notre Observateur.

L’électricité est une denrée rare dans les quartiers populaires de Bukavu. Le recours aux bougies, aux lampes à pétrole et au bois de chauffage, entre autres, provoquent chaque année de nombreux incendies qui font souvent plusieurs victimes.

Sur les images, les habitants détruisent les maisons voisines pour éviter que les flammes ne se propagent. Vidéo réalisée par notre Observateur Emmak Eli Bigosi et postée sur YouTube.

"C’est un mal nécessaire, personne ne se pose la question"

Emmak Eli Bigosi vit à quelques centaines de mètres de la maison qui a pris feu. C’est lui qui a filmé la scène.

Le jour où cet incendie s’est déclaré, je me rendais à la bibliothèque. Ce sont les cris des habitants et l’épaisse fumée noire qui se propageait dans le ciel qui ont attiré mon attention. Quand je suis arrivé sur place, mon premier réflexe a été d’aider les gens à sortir un maximum de choses de la maison. Mais cette opération s’est vite avérée risquée, alors j’ai décidé de m’éloigner et de sortir ma caméra pour filmer la scène.

Sans se concerter et de manière tout à fait spontanée, les voisins de la maison en feu ont entrepris de démolir leurs habitations pour éviter que les flammes ne se propagent et finissent par embraser tout le quartier. C’est le premier reflexe des habitants en cas d’incendie. C’est un mal nécessaire, personne ne se pose de questions. Trouver des bidons d’eau et des sacs de sables prend beaucoup plus de temps.

L’incendie a été éteint au bout d’une heure et n’a fait aucune victime. Seuls quelques blessés légers qui avaient inhalé de la fumée. Les personnes dont les maisons ont été détruites sont encore aujourd’hui hébergées par des proches en attendant que les habitants s’organisent pour procéder à la reconstruction. On fait appel à la solidarité et cela peut prendre du temps car nous devons faire avec nos propres moyens. Les autorités, elles, participent comme elles peuvent, en donnant des vivres ou des couvertures.

"Les maisons sont construites avec des planches recouvertes d’une peinture hautement inflammable"

À Kadutu, mais aussi dans d’autres communes de Bukavu qui comptent des quartiers populaires, les incendies sont fréquents. Il y a quelques jours, un feu s’est déclaré dans une maison non loin de là où j’ai filmé la scène. Le problème est que les gens vivent entassés comme des bêtes et les maisons sont presque collées les unes aux autres. Et puis la plupart des habitations sont situées sur des collines et il faut parfois marcher longtemps avant d’atteindre la route. Pour les véhicules anti-incendie que la Monusco [mission de maintien de la paix de l’ONU en République Démocratique du Congo] nous envoie, il est impossible de se frayer un chemin. Ce sont donc les habitants, pas du tout formés pour ça, qui se chargent d’éteindre les flammes.

De plus, les maisons sont construites avec des planches en bois, lesquelles sont recouvertes d’une peinture isolante et anti-insectes riche en produits chimiques hautement inflammables. Et puis, faute d’électricité – on y a accès en général quelques heures par semaine -, les gens ont recours à des systèmes d’un autre âge, comme les bougies et les lampes à pétrole.

Billet rédigé avec la collaboration de Grégoire Remund (@gregoireremund), journaliste à FRANCE 24.